Dordogne: So Chasse en palombière à 18 mètres du sol !

Palombière de 18 mètres au cœur de la Double, Dordogne

Au cœur de la forêt de la Double, à Saint-Barthélemy-de-Bellegarde, une équipe de passionnés perpétue la tradition de la chasse à la palombe. Entre vols prometteurs, poses difficiles, beaux coups de fusil et convivialité autour d’une table généreuse, So Chasse a partagé une journée mémorable dans la palombière de Guillaume Terrien.

Une palombière perchée à 18 mètres de hauteur

Il est 7 h 45, ce jeudi 29 octobre, lorsque nous arrivons sur les terres de Guillaume Terrien, à Saint-Barthélemy-de-Bellegarde, en Dordogne. Notre véhicule trouve sa place sous un abri camouflé, avant que nous prenions la direction de la palombière, nichée au milieu d’une propriété forestière d’une quinzaine d’hectares, en plein cœur de la Double. L’installation impressionne d’emblée. Le plancher se trouve à quelque 18 mètres du sol et il faut gravir six paliers d’échelle pour atteindre le poste de chasse. Là-haut, une véritable petite équipe s’organise autour de Guillaume, le maître des lieux et « paloumayre » en chef. À ses côtés, sa compagne Caroline, Arthur, le fils de cette dernière, Éric, notre ami et chef de ligne à la chasse au grand gibier, Michel et Manu, deux chasseurs d’une soixantaine d’années, ainsi que Cédric, quadragénaire aussi habile derrière un fusil que devant les fourneaux. Sébastien, jeune agriculteur du secteur, viendra grossir les rangs à l’heure du déjeuner. Une équipe soudée, où chacun connaît son rôle et où la bonne humeur n’empêche jamais la concentration lorsque les premiers vols se dessinent à l’horizon.

Vue plein nord depuis le poste de Guillaume au sommet de la palombière

55 appelants et 320 pigeons volants pour séduire les belles bleues

Guillaume Terrien n’a pas lésiné sur les moyens pour équiper sa palombière, construite par ses soins, il y a près d’une vingtaine d’années. Pas moins de 39 appelants fixes installés sur rouleaux et 16 autres montés sur balanciers composent un dispositif particulièrement impressionnant. À cela s’ajoutent huit caisses abritant chacune une quarantaine de pigeons volants, soit quelque 320 oiseaux. Le rôle de ces derniers est essentiel : lorsqu’un vol de palombes est repéré, les pigeons volants sont lâchés pour aller l’« arrocher », selon l’expression consacrée, et tenter de l’entraîner vers la palombière. Guillaume prend alors le relais avec ses appelants qui battent des ailes sur commande pour inciter les belles bleues à descendre et à se poser dans les arbres environnants. Si le maître des lieux est bien celui qui « tire les ficelles », l’expression est aujourd’hui presque symbolique puisque l’ensemble du dispositif d’appelants est commandé électriquement. Une installation moderne au service d’une chasse profondément traditionnelle. Ce jeudi, le vent de nord accompagne un passage plutôt encourageant. Les vols se succèdent dans la matinée, certains comptant une cinquantaine d’oiseaux, d’autres approchant les 200 palombes. Mais voir des oiseaux et parvenir à les faire poser sont deux choses bien différentes ! Malgré les pigeons volants, le ballet des appelants et le savoir-faire de Guillaume, les grandes volées se montrent particulièrement méfiantes. Sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de palombes, seules une, deux ou trois consentent parfois à décrocher pour venir se poser à portée des chasseurs. C’est toute la difficulté, mais aussi toute la beauté de cette chasse : rien n’est jamais acquis, même avec une installation aussi élaborée et une parfaite maitrise de cette pratique cynégétique.

Guillaume aux manettes pour accrocher un vol

Une trentaine de palombes au tableau

Heureusement, les occasions ne manquent pas. Au fil de la matinée, les poses se succèdent et les chasseurs peuvent régulièrement épauler leurs fusils. La cartouche fait d’ailleurs l’unanimité dans cette palombière : tous utilisent de la Winchester ZZ chargée en plomb numéro 5. Parmi les beaux coups de fusil de la journée, celui de Cédric mérite une mention particulière. Avec son vieux juxtaposé stéphanois de calibre 12, il réussit un remarquable tir sur une palombe à 46 mètres. De quoi rappeler qu’un fusil ancien, entre les mains d’un chasseur qui le connaît parfaitement, n’a pas grand-chose à envier aux armes les plus modernes. Au terme de la journée, le tableau avoisine la trentaine de palombes. Une belle réussite collective, à laquelle notre envoyé spécial aura modestement contribué avec trois oiseaux prélevés.

Winchester ZZ Pigeon calibre 12/70

Cuissot de sanglier au four et haricots couennes : la convivialité avant tout

Mais une journée en palombière ne se résume jamais au nombre d’oiseaux prélevés. Il y a aussi ces moments de partage qui font tout le charme de la chasse dans le Sud-Ouest. La matinée avait commencé avec un casse-croûte apporté par notre rédaction : charcuterie et fromage, de quoi entretenir les forces des chasseurs. À midi, Sébastien rejoint la petite troupe avec un cuissot de sanglier ayant cuit au four depuis le matin 5h. Pendant ce temps, Cédric s’affaire à préparer les haricots couennes, plat typique du Périgord et généreux accompagnement qui achève de mettre tout le monde d’accord. Autour de la table, les conversations vont bon train. On commente les vols du matin, les poses réussies, celles qui ont échoué, les beaux tirs et les occasions manquées. On plaisante, on échange quelques souvenirs et, surtout, on prend le temps de vivre. Car c’est aussi cela, la palombière : un lieu de chasse, certes, mais également un formidable espace de convivialité où les générations se retrouvent autour d’une même passion.

Cuissot de sanglier au four et haricots couennes

Une belle journée dans la forêt de la Double

L’après-midi se révèle un peu plus calme. Les vols se font moins nombreux, même si quelques palombes viennent encore récompenser la patience des chasseurs. Au moment de quitter les lieux, le sentiment est unanime : la journée aura été particulièrement réussie. Une trentaine de palombes prélevées, de beaux passages malgré des oiseaux difficiles à poser, un repas digne des meilleures tables de chasse et, surtout, le plaisir d’avoir partagé quelques heures avec une équipe aussi accueillante que passionnée. Un grand merci à Guillaume Terrien, Caroline, Éric, Michel, Manu, Arthur, Cédric et Sébastien pour leur accueil. À 18 mètres au-dessus du sol, dans les chênes et les pins de la Double, la tradition de la palombe a décidément encore de très beaux jours devant elle.

L’équipe de la palombière de Guillaume Terrien à Saint-Barthélemy-de-Bellegarde

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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