À Genas, dans le Rhône, une poignée de passionnés perpétuent l’une des formes de chasse les plus anciennes au monde : la chasse au vol. Ici, pas de fusil. Le chasseur avance avec ses chiens et son rapace, dans une discipline aussi exigeante que spectaculaire, où la réussite repose sur l’entraînement, la patience et une relation très particulière entre l’homme et l’oiseau.
Une chasse vieille de plusieurs millénaires
La scène pourrait presque sembler hors du temps. Au petit matin, Cali repose sur le gant épais de Sandrine. Cette femelle autour des palombes, âgée de deux mues, soit environ deux ans, est son partenaire de chasse. La chasse au vol figure parmi les plus anciennes techniques cynégétiques connues. La fauconnerie se pratique depuis plusieurs millénaires et fait aujourd’hui partie du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. D’un continent à l’autre, elle a pris des formes très différentes. En Asie centrale, l’aigle royal accompagne encore certains chasseurs à cheval. En Europe, faucons, autours et éperviers furent longtemps utilisés par les cours royales et la noblesse. En France, cette chasse demeure aujourd’hui extrêmement confidentielle. Moins de 400 fauconniers chasseurs la pratiqueraient encore.
Chiens devant, rapace prêt à partir
À Genas, dans le Rhône, Sandrine entame sa saison avec Cali. Le principe est simple sur le papier, beaucoup moins dans la pratique. Les chiens prospectent le terrain et tentent de faire lever un faisan, une perdrix ou un lapin de garenne. Lorsque le gibier démarre, le rapace peut alors être lancé. Mais avant d’arriver à ce moment-là, des semaines de préparation sont nécessaires. « On essaie de faire voler nos oiseaux trois fois par semaine, pour les entraîner, les muscler. Il nous faut au moins un mois de pratique pour qu’ils soient prêts à chasser. » explique la chasseresse à nos confrères de France 3 Auvergne Rhône-Alpes. Les fortes chaleurs estivales ont d’ailleurs compliqué cette remise en condition cette année, les oiseaux ne pouvant pas être sortis normalement. Une chasse au vol se prépare donc bien avant l’ouverture.
Beaucoup de vols, peu de prises
Contrairement à l’image spectaculaire que l’on pourrait s’en faire, une sortie de chasse au vol ne se transforme pas systématiquement en succession de captures. Bien au contraire. Ce matin-là, Cali prend trois fois son envol et réalise deux belles poursuites sans parvenir à saisir sa proie. Une situation parfaitement normale pour Sandrine. « C’est dommage pour elle parce que c’est sa récompense ultime. ». Car lorsque le rapace capture son gibier, la logique est différente de celle d’une chasse conventionnelle : sa récompense est directement alimentaire. « Le gibier qu’elle prend, elle le mange. Pas tout d’un coup évidemment ! ». La chasse au vol conserve ainsi quelque chose de profondément naturel. Le prédateur poursuit une proie qui conserve toutes ses chances de lui échapper.
Du fusil au rapace
Xavier, lui aussi présent lors de cette sortie, pratique la chasse au vol depuis une trentaine d’années. Son partenaire s’appelle Tchoupi, une buse de Harris mâle au plumage sombre. Avant de découvrir cette discipline, Xavier chassait de manière beaucoup plus classique. « Au départ, je chassais au fusil, avec un bon chien d’arrêt. ». C’est son beau-père qui lui fait découvrir la chasse avec un rapace. « Mon beau-père, lui, chassait au rapace et il m’a fait découvrir cette pratique. J’ai été séduit et depuis 30 ans, je ne m’en suis jamais lassé. ». Une conversion qui illustre assez bien ce que recherchent nombre de passionnés de chasse au vol : davantage qu’un simple prélèvement, c’est tout le travail autour de l’oiseau qui constitue l’essentiel de la pratique.
« Les oiseaux sauvages ne font pas de câlin »
Reste une question presque inévitable : quelle relation peut réellement unir un fauconnier à son rapace ? La réponse de Xavier ne laisse guère de place à l’anthropomorphisme. « Le rapace reconnaît son maître. Mais il n’y a pas de rapport affectif, ce sont des oiseaux sauvages qui n’aiment pas être caressés, qui ne font jamais de câlin. Leur seule motivation pour la chasse, c’est la nourriture ! ». Une réalité parfois difficile à comprendre pour ceux qui imaginent une relation comparable à celle d’un chasseur avec son chien. Le rapace reste un animal sauvage, avec ses propres codes, son comportement et ses motivations. C’est précisément ce qui fait aussi toute la difficulté et toute la beauté de cette chasse.
La chasse avant le tableau
Pour Xavier, la réussite d’une journée ne se mesure d’ailleurs pas nécessairement au nombre de pièces prélevées. « Pour moi, une belle journée de chasse, c’est une journée de soleil, avec peu de vent, mon chien qui s’éclate et mon oiseau qui vole un maximum. » confie le chasseur. Ce dimanche-là, Tchoupi parvient finalement à saisir un coq faisan. L’oiseau lui échappe pourtant. Pas de tableau spectaculaire donc, mais peu importe. Dans la chasse au vol, comme dans beaucoup de formes de chasse traditionnelles, le plaisir ne se résume pas au prélèvement. Il tient dans le travail du chien, dans le vol du rapace, dans l’observation du terrain et dans cette longue attente qui précède parfois quelques secondes d’action. Une chasse exigeante, discrète et profondément ancienne, où l’homme ne remplace pas le prédateur : il chasse avec lui.











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