À la tête de Cartouches Sologne depuis 2006, Thibaut Vuillemey dirige une entreprise française spécialisée dans les munitions pour armes rayées. Connue notamment pour sa balle sans plomb GPA, développée dès la fin des années 1990, la société propose aujourd’hui près de 500 références, des calibres les plus courants aux plus difficiles à trouver. Pour So Chasse, son dirigeant revient sur l’histoire de l’entreprise, les particularités de ses projectiles, les habitudes des chasseurs et les défis que représente la transition vers les munitions sans plomb.
LS : Pouvez-vous nous raconter l’histoire de Cartouches Sologne et nous expliquer ce qui fait aujourd’hui la particularité de votre entreprise ?
Thibaut Vuillemey : L’entreprise est née en 1997, à l’initiative d’un armurier installé à Lamotte-Beuvron. À l’époque, il rencontrait des difficultés pour s’approvisionner en munitions destinées à ses clients. Il a donc commencé à recharger les douilles que ces derniers lui rapportaient, en utilisant des projectiles disponibles dans le commerce, notamment chez Norma et RWS. Puis il s’est retrouvé confronté à des problèmes d’approvisionnement en composants. Il a alors décidé de développer son propre projectile pour être moins dépendant de ses fournisseurs. C’est ainsi qu’est née la balle GPA. L’activité s’est progressivement développée et, en 2003, il a vendu son armurerie pour se consacrer entièrement à la fabrication de munitions. Je suis arrivé en 2006, après mon diplôme d’ingénieur en génie industriel, et j’ai pris la direction de l’entreprise. Aujourd’hui, nous chargeons près de 150 calibres différents, pour environ 500 références. Nous proposons notre gamme GPA, mais aussi la gamme Sologne Classic, qui utilise d’autres projectiles, ainsi que des munitions destinées notamment à la chasse en Afrique ou au tir western.
LS : La balle GPA est devenue l’une des signatures de Cartouches Sologne. Qu’est-ce qui la distingue des autres projectiles présents sur le marché ?
TV : Nous travaillons sur des projectiles sans plomb depuis 1997. La particularité de la GPA est d’être une balle monométallique en cuivre, usinée par tournage, avec une fragmentation programmée. Sa partie avant comporte des prédécoupes. Lors de l’impact, le liquide qui pénètre dans sa cavité frontale provoque une pression hydraulique qui entraîne la séparation des pétales. L’objectif est de créer plusieurs trajets lésionnels, tout en conservant une partie centrale du projectile. Nous avons aussi fait le choix de faire fabriquer ces projectiles en France. Le cuivre que nous utilisons est relativement dur, notamment parce que notre procédé repose sur l’enlèvement de matière, contrairement à d’autres balles monométalliques fabriquées par déformation du métal. C’est un savoir-faire particulier que nous avons développé au fil des années.

LS : Vous avez également développé la GPA 2. Qu’apporte-t-elle par rapport à la première génération ?
TV : Le principal reproche adressé à la première GPA concernait son aérodynamisme. Nous avons donc retravaillé le profil du projectile, ajouté une coiffe balistique et légèrement réduit son poids. Cela nous a permis d’améliorer son coefficient balistique, tout en conservant le même principe de fragmentation à l’impact. Par exemple, dans certains calibres, nous proposons une balle de 168 grains là où le poids habituel est plutôt de 180 grains. La GPA 2 est commercialisée depuis trois ou quatre ans et les retours de nos clients sont très positifs. Certains restent néanmoins attachés à la première version. Un client m’a même raconté au Game Fair qu’il retirait les pointes de ses GPA 2 avec une pince ! Cela montre à quel point les habitudes des chasseurs peuvent être difficiles à changer.

LS : Avec près de 150 calibres au catalogue, vous proposez également des munitions devenues difficiles à trouver. Est-ce un marché important pour vous ?
TV : C’est une véritable particularité de notre entreprise. Certains calibres ne représentent que quelques dizaines de boîtes vendues chaque année. Les grands fabricants ne peuvent pas toujours maintenir une production régulière pour des volumes aussi faibles. Nous, grâce à notre organisation, nous pouvons continuer à alimenter des armes qui sont parfois encore fabriquées, mais dont les munitions deviennent difficiles à trouver. C’est notamment le cas de certains calibres peu diffusés ou anciens. Nous proposons également des munitions pour armes à verrou, armes basculantes et armes à levier de sous-garde. Cette diversité fait partie de notre identité. Nous exportons aussi environ 10 % de notre chiffre d’affaires, principalement vers l’Europe de l’Ouest, notamment l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique et la Suisse.
LS : Qu’attendent aujourd’hui les chasseurs lorsqu’ils choisissent leurs munitions ? Le prix reste-t-il un critère déterminant ?
TV : Le prix compte évidemment, mais je pense que les chasseurs devraient accorder davantage d’importance au choix de leurs munitions. En France, la consommation moyenne est relativement faible, autour de deux boîtes par an et par chasseur selon mon estimation. Pourtant, certains sont prêts à investir des sommes importantes dans une carabine ou une lunette et cherchent ensuite à économiser sur les cartouches. Nos munitions se situent dans une gamme de prix comparable à celles de marques comme Norma, RWS, Federal ou Sako. Nous défendons une fabrication française et nous essayons de nous approvisionner au maximum auprès de fournisseurs français, notamment pour les projectiles et les emballages. En revanche, il n’existe pas de fabricant français de douilles auprès duquel nous puissions nous fournir. Nous devons donc acheter ces composants à l’étranger. Notre métier consiste à sélectionner les différents éléments, assembler les cartouches, contrôler leur qualité et les distribuer principalement auprès des armuriers français.
LS : Quel conseil donneriez-vous à un chasseur pour choisir une munition adaptée à son arme et à son mode de chasse ?
TV : Je lui conseillerais d’abord de privilégier une munition qui fonctionne bien dans son arme et de ne pas changer de référence sans raison. Lorsqu’on utilise régulièrement une munition, il peut être intéressant d’acheter deux ou trois boîtes du même lot. Cela permet de conserver des caractéristiques de fabrication aussi constantes que possible, ce qui est particulièrement important pour le tir à l’approche, mais aussi avec certaines armes comme les express. Je conseille également de ne pas consacrer tout son budget à la carabine. On trouve aujourd’hui des armes modernes très bien fabriquées à des tarifs accessibles. Il vaut parfois mieux investir davantage dans une bonne optique et dans des munitions de qualité que de chercher absolument l’arme la plus chère.
LS : Quels sont aujourd’hui les calibres les plus demandés ? Observez-vous une évolution des préférences des chasseurs ?
TV : En réalité, une poignée de calibres représente l’essentiel du marché. On retrouve notamment le 7 × 64, le .280 Remington, le 7 mm Remington Magnum, le .30-06 Springfield, le .308 Winchester, le .300 Winchester Magnum, le 8 × 57 ou encore le 9,3 × 62. À eux seuls, les calibres les plus courants représentent, selon moi, environ 80 % des munitions utilisées. Il existe régulièrement de nouvelles références, mais je ne suis pas convaincu que nous ayons révolutionné les performances des munitions au cours des dernières décennies. Certains calibres récents présentent des caractéristiques assez proches de références beaucoup plus anciennes. Pour les chasseurs qui voyagent à l’étranger, je recommande d’ailleurs de privilégier un calibre courant. Il m’est déjà arrivé que mes munitions soient perdues pendant un voyage. Dans ce genre de situation, on est bien content de pouvoir retrouver une boîte sur place. Avec un calibre très rare, cela peut devenir un véritable problème.

LS : Le remplacement du plomb occupe une place importante dans les débats européens. Comment abordez-vous cette évolution, alors que vous développez des projectiles sans plomb depuis près de trente ans ?
TV : Nous avons effectivement pris de l’avance sur ce sujet puisque la GPA a été développée dès 1997. Les chasseurs qui l’utilisent depuis longtemps connaissent son fonctionnement et beaucoup nous font part de leur satisfaction. Mais il ne faut pas croire que le passage au sans-plomb sera aussi simple pour tous les calibres. Le cuivre est moins dense que le plomb. Pour obtenir un projectile de même poids, il faut donc une balle plus longue, ce qui peut poser des problèmes de stabilisation dans certaines armes, notamment celles dont le pas de rayure n’a pas été conçu pour ce type de projectile. Certains calibres anciens ou particuliers ne pourront donc pas forcément être chargés avec une balle sans plomb de manière satisfaisante. C’est une difficulté technique qu’il faut prendre en compte dans les discussions sur cette transition.












Laisser un commentaire