Les bourres plastiques pourraient progressivement disparaître des cartouches de chasse. C’est l’ambition de Lactips, une entreprise française dont la technologie équipe déjà plus d’un million de cartouches commercialisées en Europe. Pour So Chasse, son directeur général, Alexis von Tschammer, revient sur cette innovation et ses perspectives de développement.
Une entreprise française à l’origine de cette innovation
Créée en 2014, Lactips n’est pas une entreprise spécialisée dans les munitions, mais dans les alternatives aux plastiques traditionnels. Installée à Saint-Paul-en-Jarez, près de Saint-Étienne, elle emploie aujourd’hui une quarantaine de personnes et dispose d’un site industriel de 4 200 m², comprenant notamment un laboratoire, une unité pilote et une première ligne de production. Sa particularité repose sur une technologie développée à partir de protéines, notamment la caséine du lait, permettant d’obtenir un biomatériau naturel, hydrosoluble et biodégradable. Selon l’entreprise, ce matériau de base peut se dégrader en moins de 30 jours dans les sols et en moins de 12 jours dans les milieux aquatiques, dans les conditions de ses essais.
Accélérer la biodégradation tout en conservant les performances
Mais pour fabriquer des bourres de cartouches, Lactips a dû aller plus loin en développant une gamme spécifique baptisée Enosis, qui associe sa technologie à d’autres biopolymères. L’objectif est de conserver les propriétés mécaniques nécessaires au tir tout en accélérant la biodégradation des bourres après leur utilisation. « Notre technologie est un booster de biodégradabilité d’autres biopolymères qui existent déjà sur le marché. Nous avons créé une gamme spécifique pour les bourres de cartouches, qui se biodégrade entre deux périodes de chasse », explique Alexis von Tschammer, directeur général de Lactips.

Plus d’un million de cartouches déjà commercialisées en Europe
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cette innovation n’en est plus au stade du laboratoire. Lactips affirme avoir terminé les phases de validation technique et industrielle avec ses partenaires, aussi bien chez les fabricants de bourres que chez les fabricants de cartouches. Les premières munitions utilisant son matériau sont désormais disponibles sur le marché européen. « Aujourd’hui, il y a des cartouches sur le marché avec nos produits. Cela représente déjà plus d’un million de cartouches qui ont été mises en test et validées également sur le marché par des chasseurs », assure Alexis von Tschammer. Le dirigeant précise toutefois que Lactips ne fabrique ni les cartouches ni les bourres elles-mêmes. L’entreprise produit la matière première, qu’elle fournit aux fabricants de bourres, lesquels travaillent ensuite avec les encartoucheurs. Cette organisation explique pourquoi le nom Lactips n’apparaît pas nécessairement sur les boîtes vendues chez les armuriers.

Une demande qui s’accélère en France et en Europe
Les premiers lancements commerciaux auraient eu lieu autour de la précédente ouverture de la chasse, sans que le dirigeant puisse avancer de date précise. Plusieurs numéros de plomb seraient déjà disponibles, tandis que les fabricants poursuivent la validation du reste de leurs gammes. Quant aux volumes, ils sont loin d’être anecdotiques. Alexis von Tschammer évoque plusieurs dizaines de tonnes de matière première produites sur les six derniers mois, correspondant à plus d’un million de bourres. La demande serait particulièrement dynamique au Royaume-Uni, en France et dans les pays scandinaves. « On voit une accélération chez nos clients, qui sentent que le marché est maintenant prêt pour le biodégradable. Il y a une sensibilisation de plus en plus importante des consommateurs, notamment des chasseurs et des propriétaires forestiers, à la présence de microplastiques dans la nature », souligne-t-il.
Des performances comparables aux bourres traditionnelles ?
Remplacer une bourre plastique ne consiste pas simplement à trouver une matière capable de disparaître dans la nature. Une bourre doit également résister aux contraintes du tir, assurer son rôle dans la cartouche et conserver ses propriétés pendant toute la durée de stockage des munitions. C’est précisément sur cet équilibre que Lactips a travaillé avec ses partenaires industriels pendant près de deux ans. « Il y a trois critères essentiels : la performance de la cartouche, sa durabilité dans le temps et sa biodégradabilité. Trouver le bon équilibre entre les trois n’était pas évident au départ », reconnaît Alexis von Tschammer. Selon lui, les essais réalisés par les fabricants partenaires ont permis d’atteindre des performances comparables à celles des bourres conventionnelles. Lactips affirme également ne pas avoir reçu de retours négatifs de ses clients depuis les premières commercialisations, tout en reconnaissant ne pas être directement en contact avec les chasseurs utilisateurs. Les commandes renouvelées par ses partenaires constituent, à ses yeux, un premier signe encourageant.
Une bourre conçue pour disparaître entre deux saisons de chasse
Autre difficulté : toutes les bourres n’ont pas la même forme ni les mêmes contraintes techniques. L’entreprise adapte donc la composition de son matériau selon les modèles, les performances recherchées et la vitesse de biodégradation souhaitée. Cette souplesse constitue l’un de ses principaux arguments face aux autres solutions déjà présentes sur le marché, notamment les bourres en fibre ou celles fabriquées à partir d’autres bioplastiques. « Ce que recherchent nos clients, c’est le meilleur équilibre entre performance et biodégradabilité. Beaucoup de bourres biodégradables ont de bonnes performances, mais mettent encore trop longtemps à se dégrader », estime le directeur général. Il faut néanmoins distinguer les délais très courts annoncés pour le matériau initial de Lactips de ceux des bourres finies, dont la composition et le comportement peuvent varier. L’objectif affiché pour ces dernières est une biodégradation entre deux saisons de chasse, sans qu’un délai unique puisse être appliqué à toutes les conditions naturelles.

Une capacité industrielle qui pourrait être multipliée par cinq
Si le marché des bourres biodégradables poursuit son développement, Lactips assure disposer des moyens industriels nécessaires pour accompagner cette transition. Son site actuel possède une capacité de production annoncée de 1 500 à 2 000 tonnes de matériau par an. Avec de nouveaux investissements, cette capacité pourrait atteindre 10 000 tonnes. Une perspective qui permettrait à l’entreprise de répondre à une demande beaucoup plus importante de la part des fabricants européens de munitions. Le développement de cette gamme a nécessité entre 18 et 24 mois de travail, rendu possible, selon Alexis von Tschammer, par une collaboration étroite entre les différents acteurs de la filière. L’entreprise ne souhaite toutefois pas communiquer les noms de ses partenaires, couverts par des accords de confidentialité.
Une accélération attendue entre 2028 et 2030
Pour son directeur général, les prochaines années pourraient marquer un véritable tournant. « Je suis intimement convaincu que les bourres plastiques traditionnelles vont commencer à disparaître. La montée en puissance sera graduelle au départ, mais je pense qu’il y aura une accélération importante entre 2028 et 2030 », affirme-t-il. L’objectif à terme serait de remplacer complètement les bourres plastiques conventionnelles, à condition de ne compromettre ni les performances ni la sécurité des munitions. Reste désormais à savoir à quelle vitesse les fabricants adopteront ces nouveaux matériaux et comment les chasseurs accueilleront cette évolution. Car si plus d’un million de cartouches utilisant la technologie Lactips sont déjà sur le marché, leur généralisation dépendra aussi de leur disponibilité, de leur prix et des résultats observés sur le terrain. Pour l’entreprise française, une chose est certaine : les bourres biodégradables ne sont plus seulement une promesse technologique, mais une réalité commerciale qui pourrait prendre une place croissante dans les cartouchières des chasseurs européens.












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