Dans l’Oise, quinze miradors ont été retrouvés renversés, des véhicules de chasseurs ont été dégradés et des menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux. Des faits qui témoignent d’un climat de tension autour de la chasse et qui poussent désormais la Fédération départementale à expliquer à ses 12 000 chasseurs comment réagir face aux intimidations. Une situation qui pose une question plus large : comment en est-on arrivé à devoir apprendre aux chasseurs à se protéger des provocations ?
Il fut un temps où les oppositions à la chasse se traduisaient principalement par des manifestations, des pétitions ou des prises de position publiques. Aujourd’hui, certains militants ont choisi d’aller plus loin, en intervenant directement sur les territoires de chasse, parfois au risque de provoquer des confrontations. Les incidents rapportés ces dernières semaines dans l’Oise illustrent cette évolution préoccupante. Quinze miradors retrouvés au sol sur moins d’un kilomètre, des voitures rayées, des menaces de mort sur les réseaux sociaux : pour les chasseurs concernés, il ne s’agit plus seulement de défendre leur pratique dans le débat public, mais aussi de pouvoir l’exercer sans subir de pressions ou de dégradations.
Quand les chasseurs redoutent désormais les confrontations
Ce qui frappe dans le reportage réalisé par Charles Bouchin, ce n’est pas tant la colère des chasseurs devant les dégâts occasionnés que leur inquiétude face à d’éventuelles rencontres avec les auteurs de ces actes. Car une journée de chasse n’est évidemment pas un contexte ordinaire pour une confrontation. Des hommes et des femmes y évoluent avec des armes à feu, dans un cadre réglementé où la sécurité doit rester la priorité absolue. Les chasseurs interrogés expliquent d’ailleurs avoir reçu pour consigne de ne jamais répondre aux provocations. Une attitude de prudence qui prend tout son sens lorsque l’on imagine les conséquences que pourrait avoir une altercation au beau milieu d’une battue. C’est précisément cette situation qui interroge. Comment une activité légale, encadrée et pratiquée par des centaines de milliers de Français peut-elle conduire certains de ses pratiquants à craindre des intimidations lorsqu’ils se rendent sur leurs territoires ?
Les paroles politiques peuvent-elles contribuer à attiser les tensions ?
Cette question prend une dimension particulière au regard de certaines déclarations politiques récentes. Dans le reportage, Marc Morgan, directeur de la Fédération des chasseurs de l’Oise, établit un lien entre le climat actuel et les propos de Sandrine Rousseau, à laquelle il reproche d’avoir appelé à affronter physiquement les chasseurs. « Les anti-chasse se sont complètement décomplexés. Comme c’est une personnalité politique de haut rang, les gens pensent que si elle l’a dit, c’est normal, on peut le faire. C’est complètement irresponsable », estime-t-il. Il serait évidemment hasardeux d’attribuer directement les sabotages constatés dans l’Oise aux déclarations d’une responsable politique. Mais la question de la responsabilité des paroles publiques mérite d’être posée. Lorsque les oppositions à la chasse sont formulées en termes d’affrontement physique, comment éviter que certains y voient une forme de légitimation de leurs propres actions ? On peut être opposé à la chasse, souhaiter faire évoluer sa réglementation ou même militer pour son interdiction. C’est le principe du débat démocratique. Mais il existe une différence fondamentale entre contester une pratique et chercher à intimider ceux qui l’exercent légalement.
Une fédération contrainte d’expliquer à ses chasseurs comment réagir
Face à cette situation, la Fédération départementale des chasseurs de l’Oise a décidé de diffuser un tutoriel pour expliquer à ses adhérents la conduite à tenir en cas de dégradations, de menaces ou de provocations. La recommandation est simple : ne pas entrer dans la confrontation et signaler les faits à la gendarmerie. Cette initiative est révélatrice d’une évolution du climat dans lequel certains chasseurs pratiquent leur loisir. Une fédération qui a notamment pour mission de former ses adhérents, d’organiser la gestion cynégétique et de contribuer à la sécurité à la chasse doit désormais leur apprendre à réagir face à des actes d’intimidation. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que tous les opposants à la chasse cautionnent ces agissements. Beaucoup défendent leurs convictions par des moyens parfaitement pacifiques et légaux. Mais les actes de ceux qui franchissent cette limite ne peuvent être considérés comme de simples manifestations d’opposition. Car au fond, le sujet dépasse largement la seule question de la chasse. Il touche à la possibilité, dans notre pays, de pratiquer une activité autorisée par la loi sans avoir à subir de menaces ou de dégradations. Et surtout à la capacité des pouvoirs publics à faire respecter cette frontière essentielle entre liberté de contestation et intimidation. Dans l’Oise, les chasseurs ont reçu une consigne claire : ne pas répondre aux provocations. Reste une autre question, tout aussi importante : jusqu’à quand faudra-t-il leur demander de subir ces agissements en attendant que leurs auteurs soient identifiés et, le cas échéant, sanctionnés ?












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