Aubagne : le drame instrumentalisé contre les chasseurs

Mira Douchka Markovic, candidate du Parti animaliste à l'élection présidentielle

À peine les tirs survenus au collège d’Aubagne que le Parti animaliste a trouvé un nouveau motif de s’en prendre aux chasseurs. Exploitant l’émotion suscitée par cette attaque, le mouvement de Mira Markovic réclame rien de moins que l’interdiction et la confiscation de tous les fusils de chasse. Une récupération particulièrement contestable, alors que les premiers éléments de l’enquête indiquent que le jeune tireur se serait emparé d’une arme appartenant à son père, ancien militaire et tireur sportif.

Deux victimes, et déjà une récupération politique

Le lundi 12 octobre, un adolescent de 14 ans pénétrait dans le collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, avec un fusil de chasse de calibre 12 dissimulé dans un étui de guitare. Il ouvrait le feu à plusieurs reprises, blessant le principal de l’établissement et une professeure de mathématiques, avant d’être courageusement maîtrisé et désarmé par un conseiller principal d’éducation. Un acte criminel d’une extrême gravité, dont les conséquences auraient pu être effroyables. Mais dans les rangs du Parti animaliste, ce drame a rapidement été associé à une revendication bien connue : la disparition des armes de chasse. Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, le mouvement commence par exprimer son soutien aux victimes, avant de déclarer : « Les armes de chasse tuent, et c’est un véritable problème : elles massacrent les animaux non humains, elles tuent aussi des humains. ». La conclusion ne laisse aucune place au doute : « Nous exigeons l’interdiction et la confiscation pure et simple des fusils de chasse. » Voilà donc comment une attaque commise par un adolescent dans un établissement scolaire devient un argument pour réclamer la confiscation des armes détenues par les chasseurs français. L’instrumentalisation politique du drame apparaît d’autant plus flagrante que cette revendication correspond exactement au combat que mène depuis des années le Parti animaliste contre la chasse.

Le fusil provenait du domicile d’un tireur sportif

Un élément de cette affaire rend pourtant le raisonnement animaliste encore plus discutable. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’arme utilisée appartenait au père de l’adolescent, un ancien militaire détenteur d’armes dans le cadre de la pratique du tir sportif. Plusieurs fusils avaient été découverts lors de la perquisition au domicile familial. Ils étaient conservés dans un coffre fermé à clé, conformément au principe de sécurisation imposé aux détenteurs d’armes. D’après les premières déclarations du collégien, celui-ci aurait dérobé la clé du coffre afin de s’emparer du fusil. Les enquêteurs doivent encore établir précisément les circonstances dans lesquelles il a pu accéder à l’arme. Les parents, initialement placés en garde à vue, ont été remis en liberté. Une procédure distincte a été ouverte pour vérifier la régularité de la détention des armes du père. Nous sommes donc face à une arme de chasse qui aurait été subtilisée au domicile d’un détenteur pratiquant le tir sportif. Ce dernier élément ne rend évidemment pas les tireurs sportifs responsables de l’attaque, pas plus que la nature du fusil ne saurait mettre en cause les chasseurs. Mais cette distinction semble avoir totalement disparu du communiqué animaliste. L’arme est un fusil de chasse ? Alors ce sont les fusils des chasseurs qu’il faudrait confisquer. Peu importe le contexte, le statut de son détenteur ou les motivations du jeune auteur des tirs. Voilà une manière particulièrement commode de désigner une catégorie entière de citoyens à partir d’un acte qu’ils n’ont pas commis.

Pourquoi ne pas réclamer la confiscation de toutes les armes ?

C’est sans doute la contradiction la plus frappante de cette prise de position. Si l’objectif du Parti animaliste est réellement de prévenir les violences commises avec des armes à feu, pourquoi limiter sa demande aux seuls fusils de chasse ? Les tireurs sportifs peuvent légalement détenir, sous autorisation préfectorale, des armes de catégorie B, notamment des pistolets semi-automatiques disposant de chargeurs de quinze, dix-sept ou vingt cartouches. Ils peuvent également posséder certaines carabines semi-automatiques de type AR-15 ou AK, chambrées dans des calibres tels que le .223 Remington ou le 7,62×39 mm. D’autres armes de catégorie B utilisent le .308 Winchester, également très répandu à la chasse. Le Code de la sécurité intérieure autorise même, sous certaines conditions, l’acquisition par les tireurs sportifs de chargeurs de trente cartouches, classés en catégorie A. Leur insertion dans une arme semi-automatique à percussion centrale entraîne toutefois le classement de l’ensemble en catégorie A1. En comparaison, les fusils et carabines semi-automatiques de chasse relevant de la catégorie C sont limités à trois cartouches. Quant aux armes de poing, elles présentent évidemment une facilité de dissimulation bien supérieure à celle d’un fusil ou d’une carabine de chasse. Il ne s’agit aucunement ici de mettre en accusation les tireurs sportifs, qui pratiquent légalement leur discipline et dont l’immense majorité respecte scrupuleusement la réglementation. Il s’agit simplement de relever une évidence : les caractéristiques des armes à feu et leurs risques d’utilisation criminelle ne se résument pas au matériel utilisé à la chasse. Alors pourquoi le Parti animaliste ne réclame-t-il pas la confiscation de toutes ces autres armes ? Pourquoi s’arrêter aux seuls fusils de chasse ? Le communiqué n’apporte aucune réponse à cette question pourtant essentielle. Il donne surtout l’impression que la sécurité publique sert ici de justification à une revendication exclusivement dirigée contre la chasse.

Le Parquet antiterroriste s’intéresse à tout autre chose

Pendant que le Parti animaliste réclame la confiscation des fusils de chasse, les enquêteurs cherchent à comprendre ce qui a réellement conduit cet adolescent à ouvrir le feu dans son collège. Et leurs investigations ont pris une tournure particulièrement inquiétante. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi du dossier en raison notamment des éléments de préméditation et des liens du suspect avec la True Crime Community, une mouvance présente sur Internet dont certains membres vouent une fascination morbide aux auteurs de tueries de masse. L’adolescent a reconnu avoir préparé son geste depuis plusieurs mois. Il a également admis avoir été influencé par cette mouvance, tout en contestant avoir agi en son nom. Il a évoqué un désir de vengeance lié à un supposé harcèlement scolaire, dont la réalité n’était pas corroborée au moment de ses premières déclarations. Voilà les véritables enjeux de l’enquête : comprendre les motivations du passage à l’acte, examiner les influences numériques subies par le mineur, déterminer comment il a obtenu l’arme et identifier les éventuelles défaillances dans sa sécurisation. L’adolescent a été mis en examen et placé en détention provisoire. À aucun moment les éléments connus de cette affaire ne permettent d’établir un quelconque lien entre la pratique de la chasse et les motivations de son geste. Pourtant, c’est bien la chasse que le Parti animaliste place au centre de son accusation.

Madame « Surmulots » retrouve sa cible favorite

Les lecteurs de So Chasse connaissent désormais Mira Douchka Markovic, candidate du Parti animaliste à l’élection présidentielle de 2027. Le 7 octobre dernier, nous lui consacrions déjà un article , pointant sa haine viscérale de la chasse e des chasseurs. Nous revenions notamment sur ses déclarations de 2022, lorsqu’elle expliquait préférer le terme « surmulots » à celui de rats, jugé trop négativement connoté, tout en défendant des méthodes de régulation non létales. La même responsable politique porte aujourd’hui un programme qui prévoit la disparition de la chasse. Et voici que son parti, dans une communication également associée à sa candidature présidentielle, utilise l’attaque d’Aubagne pour réclamer la confiscation des fusils de chasse. Le rapprochement est saisissant. Lorsqu’il s’agit de rats, animaux susceptibles de transmettre des maladies graves comme la leptospirose, le discours animaliste privilégie la cohabitation et les méthodes non létales. Lorsqu’un adolescent commet une attaque criminelle avec un fusil, le même mouvement ne propose plus de changer de paradigme : il réclame immédiatement l’interdiction et la confiscation. Surtout, sa publication rassemble dans une même dénonciation les animaux légalement prélevés à la chasse et les êtres humains victimes de violences criminelles. Comme si un sanglier prélevé dans le cadre d’un plan de gestion cynégétique et un enseignant blessé par un adolescent armé relevaient d’une même violence qu’il suffirait de condamner indistinctement. Cette confusion volontairement entretenue dans l’argumentaire ne rend service ni aux victimes d’Aubagne, ni au débat sur la sécurité publique.

Les chasseurs n’ont pas à porter la responsabilité d’un criminel

Que le Parti animaliste souhaite supprimer la chasse, personne ne l’ignore. C’est un objectif politique qu’il défend ouvertement et qu’il est parfaitement libre de soumettre au débat. Mais profiter d’une attaque contre des enseignants pour réclamer une confiscation générale des armes de chasse pose une tout autre question. Les chasseurs respectueux de la loi ne sont ni les auteurs de cette attaque, ni responsables des motivations de l’adolescent, ni comptables des éventuelles défaillances qui lui auraient permis d’accéder au fusil de son père. Ils n’ont aucune raison de se voir désignés comme les destinataires d’une sanction collective à la suite d’un acte criminel auquel ils sont totalement étrangers. Le drame d’Aubagne appelle des réponses sur la sécurité des établissements scolaires, la prévention de la radicalisation violente sur Internet et la conservation des armes à feu. Il mérite mieux qu’une récupération destinée à relancer un combat politique préexistant. Et si Mira Markovic et son parti entendent véritablement présenter leur proposition comme une mesure de sécurité publique, qu’ils expliquent pourquoi ils ciblent les seuls fusils de chasse tout en passant sous silence les autres catégories d’armes légalement détenues. Car une question demeure : si le collégien avait utilisé un pistolet semi-automatique, auraient-ils réclamé la confiscation de tous les pistolets des tireurs sportifs ? Leur communiqué ne permet pas de le savoir. En revanche, il confirme une chose : même lorsqu’un drame scolaire n’a aucun rapport démontré avec la pratique de la chasse, le Parti animaliste trouve encore le moyen de placer les chasseurs sur le banc des accusés.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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