Alors que David Rachline à Fréjus et Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer annoncent vouloir restreindre la chasse, plusieurs dizaines de parlementaires RN et de leurs alliés multiplient les initiatives pour la défendre. De Stéphanie Galzy à Jean-Philippe Tanguy, en passant par Sébastien Chenu, Eddy Casterman ou Emmanuel Blairy, les prises de position et les actes parlementaires témoignent d’orientations très différentes. Une situation qui interroge également Éric Ciotti, lui-même chasseur, dans des Alpes-Maritimes où la régulation des sangliers constitue un enjeu majeur.
David Rachline ouvre la polémique à Fréjus
Le 29 septembre dernier, David Rachline, maire Rassemblement national de Fréjus, annonce vouloir interdire la chasse partout où sa commune en a la possibilité, et pour une durée indéterminée. Une déclaration faite à l’occasion de l’inauguration d’une esplanade Brigitte Bardot, dont il souhaite prolonger l’engagement en faveur de la cause animale. Une décision qui provoque immédiatement l’incompréhension des chasseurs varois. Laurent Faudon, président de la Fédération départementale des chasseurs du Var, nous avait alors expliqué que les 1 700 hectares concernés jouent un rôle dans la gestion du grand gibier. Il s’inquiète notamment des conséquences de nouvelles restrictions dans un département déjà confronté à d’importantes populations de sangliers. La question n’est pas seulement symbolique. Retirer des territoires à la chasse peut compliquer la gestion des populations animales, particulièrement lorsque les espaces concernés sont proches de zones agricoles et résidentielles.
Lohan Ferretti, maire RN de Salernes, prend ses distances
Le 11 octobre, c’est au tour de Lohan Ferretti, maire de Salernes, dans le Var, et lui-même chasseur, de nous livrer son analyse. Sans chercher l’affrontement personnel avec David Rachline, l’élu considère que la décision annoncée à Fréjus constitue une mauvaise réponse aux problèmes rencontrés sur le terrain. Il rappelle l’importance de la chasse dans la régulation des sangliers, chevreuils et cervidés, et appelle les autres maires varois à ne pas suivre cet exemple. Cette réaction révèle une divergence entre élus locaux : pour les uns, limiter la chasse répond à une conception de la protection animale ; pour les autres, maintenir les possibilités de régulation relève d’une nécessité de gestion territoriale. Quelques jours plus tard, une nouvelle déclaration vient amplifier la controverse.
Bryan Masson : « Avec moi, la chasse à Cagnes, c’est fini »
Le 16 octobre, Nice-Matin révèle les intentions de Bryan Masson, maire RN de Cagnes-sur-Mer. Après avoir annoncé qu’une future rue porterait le nom de Brigitte Bardot, l’élu affirme ne plus vouloir signer d’autorisation de battue administrative. « Avec moi, la chasse à Cagnes, c’est fini. » Il invoque la sécurité des habitants, les nuisances des battues et son refus de voir des armes à feu à proximité des maisons. Mais cette déclaration présente une particularité : à Cagnes-sur-Mer, la chasse au petit gibier a pratiquement disparu sous l’effet de l’urbanisation. Les interventions encore organisées concernent essentiellement la régulation des sangliers. Bryan Masson reconnaît d’ailleurs que le préfet pourra, si nécessaire, autoriser des opérations administratives sans son accord. Sa déclaration ne constitue donc pas, à elle seule, une interdiction générale de la chasse. Elle traduit néanmoins une orientation politique restrictive qui tranche avec les positions de plusieurs responsables nationaux de son parti.
Cagnes-sur-Mer, Valbonne, Roquefort-les-Pins : le problème bien réel des sangliers
Dans les Alpes-Maritimes, les sangliers constituent une préoccupation récurrente pour de nombreuses communes. À Cagnes-sur-Mer, comme à Roquefort-les-Pins, Valbonne ou dans les secteurs de Sophia Antipolis, l’urbanisation s’est développée au contact direct d’espaces boisés et de vallons. Les animaux trouvent refuge dans des parcelles peu accessibles, parfois entre les habitations. Ils circulent dans les jardins, dégradent les propriétés, provoquent des dégâts agricoles et peuvent créer des situations dangereuses sur les routes. Ces difficultés ne peuvent être résumées à une opposition entre chasseurs et défenseurs des animaux. Elles posent une question de sécurité publique et de gestion de la faune sauvage. Dans ces zones fortement urbanisées, la régulation exige évidemment des précautions particulières. Mais la suppression des battues ne constitue pas, en elle-même, une solution à la présence des sangliers. Si les chasseurs ne peuvent plus intervenir, qui prendra en charge la régulation et selon quelles modalités ? La question se pose également sur le plan financier.
Les chasseurs indemnisent les dégâts : qui paiera demain ?
En France, les fédérations départementales des chasseurs financent, dans le cadre prévu par la loi, l’indemnisation des dégâts causés par le grand gibier aux cultures et aux récoltes agricoles. Dans Nice-Matin, Serge Berrenger, directeur de la Fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes, réagit directement à l’annonce de Bryan Masson : « On enverra la facture en mairie. » Il évoque des dégâts pouvant atteindre 10 000 à 20 000 euros chez certains maraîchers. Juridiquement, la déclaration ne suffit pas à transférer les obligations d’indemnisation à la commune. Mais elle pose une véritable question de responsabilité. Peut-on demander aux chasseurs de contribuer financièrement à la gestion des dégâts tout en réduisant leur capacité à intervenir ? Et quelles dépenses supplémentaires les collectivités devraient-elles éventuellement engager pour mettre en place d’autres dispositifs de prévention ? Cette dimension économique mérite d’autant plus d’être examinée que la chasse fait vivre des entreprises, des commerces, des artisans et de nombreuses activités rurales.
Stéphanie Galzy défend les chasseurs à l’Assemblée, Bryan Masson veut arrêter les battues
C’est probablement le contraste le plus frappant de cette séquence politique. Le 14 octobre 2026, la députée RN Stéphanie Galzy interpelle le gouvernement à l’Assemblée nationale sur la sécurité des chasseurs. La parlementaire de l’Hérault dénonce les agressions et les menaces dont ils peuvent faire l’objet et demande au ministre de l’Intérieur quelles mesures seront prises pour garantir leur protection. Elle rappelle notamment qu’une opposition politique à la chasse ne saurait justifier les violences contre ceux qui la pratiquent. Son intervention reçoit les applaudissements de députés des groupes RN et UDR. Deux jours plus tard, la déclaration de Bryan Masson fait la une de Nice-Matin. Le contraste est saisissant : à Paris, une députée RN demande à l’État de protéger les chasseurs ; à Cagnes-sur-Mer, un maire du même parti annonce vouloir mettre fin aux battues qu’il peut contribuer à autoriser. Ces positions ne portent pas exactement sur le même objet juridique. Mais elles traduisent des approches politiques très différentes de la place accordée à la chasse qui plus est au sein du même parti…
Jean-Philippe Tanguy, Sébastien Chenu et plus de vingt députés RN mobilisés pour le gibier d’eau
L’engagement de parlementaires RN en faveur de la chasse ne se limite pas aux déclarations individuelles. Le 24 juin 2025, une tribune publiée dans le Journal du dimanche rassemble des députés et eurodéputés du Rassemblement national, d’Identité-Libertés et de l’Union des droites pour la République. À l’initiative d’Eddy Casterman, ils contestent un projet de moratoire concernant neuf espèces d’oiseaux migrateurs et demandent au gouvernement de renouer le dialogue avec les représentants des chasseurs de gibier d’eau. Parmi les signataires RN figurent notamment Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme, Sébastien Chenu, député du Nord, Matthias Renault, député de la Somme, Edwige Diaz, députée de la Gironde, Stéphanie Galzy, députée de l’Hérault, José Gonzalez, député des Bouches-du-Rhône, Julien Guibert, député de la Nièvre, Pascal Markowsky, député de Charente-Maritime, et Philippe Lottiaux, député du Var. D’autres élus RN, dont Caroline Colombier, Christian Girard, Sandra Delannoy, Julien Rancoule, Marine Hamelet, Catherine Rimbert, Jérôme Buisson et Hervé de Lépinau, s’associent également à cette démarche. Il s’agit d’un engagement parlementaire collectif, et non de simples déclarations de sympathie. Ces élus demandent explicitement le retrait du projet de moratoire, qu’ils considèrent comme insuffisamment justifié scientifiquement, et défendent le rôle des chasseurs dans l’entretien des zones humides. La protection des espèces concernées et l’état de leurs populations demeurent des sujets de débat scientifique et réglementaire. Mais politiquement, la démarche des signataires est clairement favorable au maintien de ces pratiques cynégétiques. Cette mobilisation collective rend les initiatives de Fréjus et de Cagnes-sur-Mer d’autant plus remarquables.
Eddy Casterman : des amendements pour défendre la filière gibier
Le député de l’Aisne Eddy Casterman, membre d’Identité-Libertés et apparenté au groupe RN, constitue un autre exemple concret de mobilisation parlementaire. En 2024, il dépose un amendement visant à remettre en cause l’avantage fiscal accordé aux dons à certaines associations qu’il accuse de soutenir des actions hostiles à la chasse. L’amendement est rejeté. Dans une interview accordée à Chroniques cynégétiques en février 2025, il défend également la création d’un délit d’entrave à la chasse et la préservation des chasses traditionnelles. Mais son action la plus concrète intervient le 20 mai 2026. À l’Assemblée nationale, son amendement n° 1128 est adopté dans le cadre de l’examen du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Il vise à intégrer la valorisation de la venaison sauvage française parmi les projets d’avenir agricole. Dès le lendemain, il détaillait pour So Chasse les ambitions de cette initiative : développer les circuits courts, réduire les importations de viande de gibier et accompagner les entreprises françaises de transformation. Le député souligne notamment le paradoxe d’une France qui prélève chaque année plusieurs centaines de milliers de grands animaux, mais valorise encore insuffisamment leur viande dans les circuits commerciaux. Cette adoption constitue une étape parlementaire importante, même si elle ne signifie pas, à elle seule, l’aboutissement définitif du processus législatif. Le 29 mai, Eddy Casterman défend également un amendement destiné à encourager l’introduction de venaison sauvage dans la restauration collective publique. D’un côté, des parlementaires travaillent donc à développer une filière économique fondée sur la chasse et la valorisation du gibier. De l’autre, certains maires de leur famille politique souhaitent réduire les possibilités de pratiquer cette activité sur leur territoire.
Emmanuel Blairy : « La chasse et la protection animale ne s’opposent pas »
Autre voix au sein du Rassemblement national, celle d’Emmanuel Blairy, député du Pas-de-Calais, qui défend une approche conciliant droit de chasse, protection animale et respect des décisions locales. Déjà mobilisé contre les agressions visant les chasseurs, notamment à travers une question écrite adressée au gouvernement en octobre 2024, le parlementaire a souhaité apporter à So Chasse un éclairage sur les récentes initiatives municipales. Vice-président d’une commission parlementaire compétente sur les questions de chasse, président du groupe d’études consacré à la condition et au bien-être des animaux et rapporteur d’une mission sur la conciliation des usages de la nature et la protection de la biodiversité, il rappelle d’abord que le droit de chasse trouve ses fondements dans la Révolution française et reste attaché, sous les conditions prévues par la loi, à la propriété foncière. Pour Emmanuel Blairy, opposer systématiquement chasse et protection animale constitue une erreur. Il considère que les chasseurs participent à l’équilibre des milieux naturels, mais aussi à leur connaissance et à leur préservation, notamment à travers les actions pédagogiques menées auprès des écoles et des associations.
Marion Maréchal et Jordan Bardella : la défense affichée des traditions
Au-delà des députés, plusieurs figures nationales de cette famille politique ont pris publiquement position sur la chasse. En juin 2026, Marion Maréchal, députée européenne Identité-Libertés, se rend au Game Fair pendant deux jours. À cette occasion, elle nous avait accordé un entretien dans lequel elle défend la contribution des chasseurs à l’entretien des milieux naturels, des zones humides, des haies et des chemins ruraux. Elle propose également que la chasse trouve sa place dans un grand ministère consacré à la ruralité, à l’agriculture, aux forêts et aux littoraux. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, avait lui aussi affirmé son soutien à la chasse lors d’un entretien réalisé en 2024 par notre rédacteur en chef, défendant notamment les traditions et souhaitant que les États retrouvent davantage de compétences face à la réglementation européenne. Marine Le Pen avait également défendu la chasse pendant la campagne présidentielle de 2022, à l’occasion d’un autre entretien avec notre rédacteur en chef, la présentant comme une pratique traditionnelle devant être maintenue. Ces prises de position dessinent une orientation nationale globalement favorable à la chasse, même si elles ne constituent pas une doctrine détaillée sur les pouvoirs des maires en matière de régulation locale. C’est précisément cette articulation qui mérite aujourd’hui d’être clarifiée au sein même du parti.
Éric Ciotti : quelle cohérence entre son attachement à la chasse et la protection animale ?
Dans les Alpes-Maritimes, l’affaire prend une dimension supplémentaire avec Éric Ciotti. Le président de l’Union des droites pour la République, allié du RN, est lui-même chasseur et a régulièrement affiché son attachement à la chasse notamment lors d’un entretien avec notre rédacteur en chef en 2022. Il accorde parallèlement une place importante à la protection animale, notamment à travers les hommages rendus à Brigitte Bardot et la présence d’Henry-Jean Servat dans son environnement politique. Proche de Brigitte Bardot et engagé dans la défense des animaux, Henry-Jean Servat aurait salué la position de Bryan Masson sur les battues et suggéré que d’autres communes pourraient suivre. Cette réaction devra être confirmée à partir de sa publication originale. Elle soulève néanmoins une interrogation : Éric Ciotti soutient-il les restrictions annoncées par Bryan Masson, ou défend-il le maintien des opérations de régulation nécessaires à la gestion des sangliers ? La question concerne aussi la coordination entre les communes de la métropole niçoise. Car les animaux circulent librement d’un territoire à l’autre. La gestion des populations de sangliers ne peut être pensée uniquement à l’échelle d’une commune, indépendamment de ses voisines. L’attachement à la protection animale et le soutien à la chasse ne sont pas nécessairement incompatibles. Mais leur articulation exige des choix précis, notamment lorsque la sécurité des habitants et les dégâts agricoles sont en jeu.
Une divergence locale qui appelle une clarification nationale
Les faits montrent désormais deux orientations distinctes. D’un côté, David Rachline et Bryan Masson souhaitent restreindre la chasse au nom de la protection animale ou de la sécurité des habitants. De l’autre, Stéphanie Galzy, Jean-Philippe Tanguy, Sébastien Chenu, Emmanuel Blairy et de nombreux autres parlementaires RN interviennent pour défendre les chasseurs, leurs pratiques ou leur rôle dans la gestion des territoires. Leurs alliés Eddy Casterman et Marion Maréchal poursuivent également des initiatives en ce sens. Il serait prématuré d’en conclure à une rupture officielle au sein du parti. Aucun changement général de doctrine n’est établi par ces seules déclarations municipales. Mais la divergence politique est désormais publique et documentée. Elle appelle des réponses sur trois points essentiels : la liberté laissée aux maires RN pour restreindre la chasse, les moyens alternatifs de régulation des populations de sangliers et les conséquences financières de ces choix. À six mois de l’élection présidentielle, la question dépasse largement les seules communes de Fréjus et de Cagnes-sur-Mer. Lorsque des élus d’une même formation défendent à l’Assemblée nationale le rôle des chasseurs, mais annoncent localement vouloir réduire leurs possibilités d’intervention, quelle politique commune entendent-ils réellement appliquer ? C’est désormais aux responsables concernés d’apporter une réponse.












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