Donon : l’ONF défend ses quotas, les chasseurs de Moselle craignent pour le cerf

Cerf élaphe

Dans le massif du Donon, en Moselle, le désaccord entre les chasseurs et l’Office national des forêts se poursuit autour des prélèvements de cerfs. Alors que les chasseurs dénoncent une pression excessive sur une population déjà en diminution, l’ONF estime que les efforts doivent se poursuivre pour permettre à la forêt de se régénérer.

Des chasseurs inquiets pour l’avenir du cerf dans le Donon

Le bras de fer entre les chasseurs mosellans et l’Office national des forêts (ONF) connaît un nouvel épisode. Au cœur du différend, les objectifs de prélèvements de cerfs imposés aux locataires des territoires de chasse du massif du Donon, à cheval sur la Lorraine et l’Alsace. Des objectifs que le Groupement d’intérêt cynégétique (GIC) du Donon juge excessifs au regard de l’évolution des populations de cervidés. Thierry Jung, administrateur de la Fédération des chasseurs de Moselle et président de l’Association départementale des chasseurs de grand gibier (ADCGG 57), dénonce une pression croissante sur les chasseurs, contraints de réaliser des prélèvements importants sous peine de compromettre le renouvellement de leurs baux de chasse. L’affaire a d’ailleurs pris une tournure judiciaire. Comme nous le rapportions dès le 17 juillet dernier, le GIC du Donon mosellan a assigné l’ONF devant le tribunal judiciaire de Metz le 20 juin 2026. Le groupement conteste notamment les objectifs de réalisation imposés aux locataires, qu’il estime supérieurs aux minima réglementaires fixés par l’administration. Mais au-delà du différend contractuel, c’est désormais l’avenir même du cerf dans ce massif emblématique qui préoccupe les chasseurs.

Des populations en baisse, un constat partagé

Pour les représentants cynégétiques, les indicateurs de suivi démontrent que les efforts de régulation entrepris depuis plusieurs années portent leurs fruits. L’évolution des observations de cervidés, les données relatives au poids des faons et le suivi de la végétation témoigneraient d’une amélioration progressive de l’équilibre entre les animaux et leur milieu. Les chasseurs considèrent ainsi que les prélèvements devraient être réévalués à la baisse pour tenir compte de cette évolution. Ils craignent qu’en maintenant une pression trop importante, les populations de cerfs finissent par atteindre des niveaux compromettant leur présence durable dans certaines parties du massif. Une inquiétude résumée par Thierry Jung, qui rappelle que « le cerf a une valeur patrimoniale dans le Donon ». Pour lui, la mission des chasseurs ne consiste pas uniquement à limiter les populations d’animaux pour protéger les peuplements forestiers, mais également à assurer la conservation des espèces qu’ils gèrent. Fait notable, l’ONF ne conteste pas la diminution des effectifs de cerfs. En revanche, les deux parties divergent profondément sur les conséquences à tirer de cette évolution.

L’ONF estime que la forêt n’est pas encore suffisamment régénérée

Interrogé par France 3 Grand Est, Rodolphe Pierrat, adjoint au directeur territorial de l’ONF Grand Est, reconnaît que la population de cervidés a diminué et que l’état de la végétation s’améliore. Mais selon lui, les résultats restent insuffisants pour justifier un allègement des prélèvements. L’établissement public souligne notamment les difficultés de régénération rencontrées par certaines essences particulièrement appréciées des cervidés, comme le chêne ou le sorbier des oiseleurs. L’abroutissement des jeunes pousses favoriserait indirectement d’autres arbres, notamment le hêtre et l’épicéa, au détriment de la diversité des peuplements forestiers. Pour l’ONF, cette situation constitue un problème dans un contexte de changement climatique, qui impose de favoriser des forêts mélangées, composées d’essences variées et capables de mieux résister aux perturbations. Rodolphe Pierrat assure néanmoins que l’établissement public ne cherche aucunement à faire disparaître le cerf du Donon. Il considère simplement qu’une réduction prolongée des effectifs reste nécessaire pour permettre à la végétation de retrouver un développement satisfaisant.

Jusqu’où faut-il réduire les populations de cerfs ?

C’est précisément sur cette question que se cristallise le désaccord. Car si les deux parties reconnaissent désormais une diminution des effectifs et une amélioration de la végétation, elles n’en tirent pas les mêmes conclusions. L’équilibre sylvo-cynégétique ne se résume pourtant pas à un nombre idéal de cerfs par hectare. Il s’apprécie à travers plusieurs indicateurs, notamment l’abondance relative des animaux, leur condition physique et la pression exercée sur la végétation. Ces données doivent être analysées dans la durée, car la régénération des peuplements forestiers peut nécessiter plusieurs années. Une population de cervidés en diminution ne signifie donc pas automatiquement que l’équilibre est atteint. Mais inversement, les difficultés persistantes de régénération forestière ne permettent pas, à elles seules, de déterminer combien d’animaux supplémentaires doivent être prélevés. C’est tout l’enjeu du débat dans le Donon : déterminer à quel moment les efforts de réduction des populations doivent laisser place à une gestion davantage orientée vers leur stabilisation. Une question d’autant plus importante que la gestion du cerf s’inscrit nécessairement dans le temps long. Une baisse excessive des effectifs pourrait nécessiter plusieurs années pour être corrigée, tandis qu’une réduction insuffisante de la pression d’abroutissement risquerait de prolonger les difficultés de renouvellement forestier.

Préserver la forêt sans sacrifier son grand gibier

Le différend du Donon illustre les difficultés rencontrées dans plusieurs massifs français pour concilier les exigences de la gestion forestière et celles de la conservation du grand gibier. Les forestiers ont légitimement besoin de permettre le renouvellement des peuplements, particulièrement dans un contexte climatique de plus en plus contraignant. Mais les chasseurs rappellent, eux aussi à juste titre, que le cerf fait partie intégrante de l’écosystème forestier et constitue un patrimoine naturel qu’il convient de préserver. L’enjeu ne devrait donc pas être de rechercher systématiquement les prélèvements les plus élevés, mais de définir ceux qui correspondent réellement à l’état des populations et aux capacités d’accueil du milieu. Dans le Donon, les chasseurs attendent désormais que la diminution constatée des effectifs soit pleinement prise en compte dans les décisions de gestion. De son côté, l’ONF maintient que la restauration de la forêt exige de poursuivre les efforts engagés. Entre ces deux positions, le contentieux judiciaire engagé par le GIC pourrait apporter des réponses sur les obligations imposées aux locataires des territoires de chasse. Il ne réglera toutefois pas, à lui seul, la question fondamentale de l’équilibre à rechercher entre la forêt et ses grands cervidés.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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