Au col de Lizarrieta, dans les Pyrénées-Atlantiques, chasseurs de palombes et ornithologues se côtoient chaque automne pour observer la migration. Si leurs relations ne sont pas toujours simples, une collaboration originale s’est développée entre les chasseurs aux pantières et les bénévoles chargés du comptage des oiseaux. La preuve que chasse et protection de la faune ne sont pas nécessairement incompatibles.
Plus de 230 000 oiseaux comptabilisés depuis la mi-août
Situé à la frontière franco-espagnole, le col de Lizarrieta constitue un passage privilégié pour de nombreuses espèces migratrices. Chaque automne, des milliers de palombes, mais également des rapaces, des cigognes et d’autres oiseaux y franchissent les Pyrénées pour rejoindre leurs quartiers d’hivernage. Depuis plus de quarante ans, ce spectacle fait l’objet d’un suivi ornithologique. Aujourd’hui, les bénévoles de l’association Comptage, Protection et Animation à Lizarrieta (C PAL) se relaient quotidiennement de la mi-août à la mi-novembre pour recenser les oiseaux de passage. Ce dimanche 1er novembre, ils étaient dix-huit à scruter le ciel, jumelles et longues-vues à la main. Selon les chiffres rapportés par ICI Pays Basque, environ 230 000 oiseaux avaient déjà été comptabilisés depuis le début de la saison. Parmi eux, une majorité de pigeons ramiers, mais également plus de 9 000 cigognes, 156 balbuzards pêcheurs, 60 aigles bottés et 2 522 grands cormorans. Un travail d’observation qui n’est finalement pas si éloigné de celui des chasseurs passionnés de migration, eux aussi capables de passer des journées entières à surveiller le ciel et à reconnaître les espèces à leur silhouette ou à leur comportement.
Les chasseurs aux pantières, des partenaires inattendus
Si les relations entre certains ornithologues et les adeptes de la chasse à tir demeurent conflictuelles, il en va autrement avec les chasseurs pratiquant la capture traditionnelle des palombes aux pantières. Cette technique ancestrale, profondément enracinée dans la culture basque, repose sur une connaissance particulièrement fine du comportement des pigeons migrateurs. Les chasseurs doivent anticiper les trajectoires des vols, tenir compte du vent et coordonner leurs actions pour diriger les oiseaux vers les filets. Une approche qui suscite manifestement le respect de certains observateurs. Élisa Gérard, membre du conseil d’administration de C PAL, reconnaît ainsi que ces chasseurs « ont dû connaître la nature parce qu’ils ont dû s’en inspirer pour justement pouvoir réussir à attraper les pigeons ». Mais cette reconnaissance mutuelle ne se limite pas à de simples échanges. Une véritable coopération s’est mise en place autour du baguage des oiseaux.
Des pigeons capturés, bagués puis remis en liberté
Le principe est aussi simple qu’intéressant. L’association rachète certains pigeons capturés vivants par les chasseurs aux filets, notamment des pigeons colombins, afin de les baguer avant de les relâcher. Cette opération permet aux ornithologues de recueillir des informations sur les déplacements des oiseaux et de mieux comprendre leurs itinéraires migratoires. Pour les chasseurs, elle constitue une autre manière de valoriser leur savoir-faire et de contribuer à l’amélioration des connaissances scientifiques. Le projet, engagé en 2019, montre surtout qu’une pratique cynégétique traditionnelle peut devenir un précieux outil au service de la recherche ornithologique. Sans les installations des chasseurs et leur maîtrise de la capture au filet, ces opérations seraient autrement plus difficiles à réaliser. Cette collaboration n’efface évidemment pas les désaccords qui peuvent subsister sur d’autres modes de chasse. Elle démontre néanmoins que des objectifs communs peuvent parfois dépasser les oppositions habituelles.
Au-delà des divergences, une passion commune pour les oiseaux
Car chasseurs et ornithologues partagent au moins une chose : leur fascination pour la migration. Les heures passées à guetter les premiers vols, la connaissance des espèces, l’attention portée à la météo et le plaisir d’assister aux grands passages constituent autant de points communs. Élisa Gérard le reconnaît elle-même dans son témoignage à ICI Pays Basque : « Il y a pas juste les chasseurs d’un côté, et les ‘écolos’ de l’autre, il y a de la nuance, c’est un truc qui me touche. ». Une réflexion qui mérite d’être soulignée à une époque où les relations entre chasseurs et associations environnementales sont trop souvent réduites à un affrontement permanent. À Lizarrieta, les désaccords existent et personne ne prétend les faire disparaître. Mais les chasseurs aux pantières et les ornithologues ont trouvé un terrain d’entente autour d’un projet concret. Une initiative qui rappelle que la connaissance de la nature et le respect des traditions cynégétiques peuvent aussi se rejoindre.












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