Myxomatose du lièvre : « Toute la France pourrait être touchée », alerte la vétérinaire de la FNC

Lièvre

Alors que la myxomatose du lièvre progresse dans plusieurs départements français, les chasseurs s’interrogent sur les conséquences de cette maladie pour les populations de lièvres bruns. D’où vient ce nouveau variant ? Pourquoi certains animaux peuvent-ils survivre ? Faut-il suspendre la chasse dans les secteurs touchés ? Pour So Chasse, Anne de Galard, vétérinaire de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), revient sur les connaissances scientifiques actuelles, les observations de terrain et les précautions à adopter face à une maladie dont l’extension géographique suscite une inquiétude croissante.

LS : Que sait-on aujourd’hui du variant de la myxomatose qui touche les lièvres en France ?

Anne de Galard : C’est un variant qui vient d’Espagne. Il s’agit d’un virus recombinant entre le virus classique de la myxomatose et un poxvirus. Le virus classique était adapté au lapin, mais cette recombinaison lui a permis de s’adapter au lièvre. Il est désormais capable d’infecter cet animal et de se reproduire dans son organisme. Le lièvre était probablement déjà en contact avec le virus de la myxomatose dans son environnement, notamment du fait de la présence des lapins, mais ce contact n’avait pas les mêmes conséquences. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un virus qui peut toucher les deux espèces.

LS : Comment ce virus se transmet-il entre les animaux ?

AG : La myxomatose est une maladie vectorielle. La transmission se fait par l’intermédiaire d’insectes piqueurs, ou directement d’un lièvre à un autre. C’est un élément important pour comprendre la circulation de la maladie et son évolution au fil des saisons. Le virus peut également toucher les lapins, puisqu’ils restent sensibles à ce variant. Il peut donc y avoir une transmission directe d’un lièvre à un lapin ou même d’un lièvre à un autre, mais sa propagation à distance se fait par l’intermédiaire d’insectes ou d’échanges commerciaux.

LS : L’arrivée de l’hiver pourrait-elle ralentir la propagation de la maladie ?

AG : Oui, lorsque les températures vont suffisamment baisser, l’activité des insectes vecteurs va diminuer et nous devrions connaître une accalmie dans les mortalités. Mais cela ne signifie pas que la maladie aura disparu définitivement. Le risque est de voir la circulation du virus reprendre au printemps, lorsque les insectes redeviendront actifs. Il faut donc distinguer un ralentissement saisonnier de la transmission d’une disparition de la maladie.

LS : Quels sont les symptômes qui permettent de reconnaître un lièvre potentiellement atteint ?

AG : Les symptômes sont parfois moins évidents que chez le lapin atteint de myxomatose. Certains lièvres peuvent donner l’impression d’avoir été brûlés par des produits phytosanitaires, avec une peau de la tête qui prend un aspect de cuir. On observe également des atteintes oculaires, mais elles peuvent être moins marquées que chez le lapin. Il peut y avoir des infections cutanées, des nodules, c’est-à-dire de petites boules sous la peau, ainsi que des dépilations, donc des pertes de poils. Globalement, ce sont aussi des animaux affaiblis.

LS : Pourquoi la FNC recommande-t-elle de ne pas tirer les lièvres qui présentent des symptômes ?

AG : Nous pensons que les lièvres qui guérissent développent une immunité, et c’est pour cela que nous déconseillons les tirs compassionnels. Cela peut sembler difficile à entendre, parce qu’on peut avoir envie d’abréger les souffrances d’un animal malade. Mais certains de ces lièvres peuvent survivre. Ils constitueront alors une base de population résistante. Pourquoi certains survivent et d’autres meurent, nous ne le savons pas vraiment aujourd’hui. Ce serait une piste d’étude intéressante. Mais préserver les animaux susceptibles de guérir est important pour permettre à une forme de résistance de s’installer dans les populations.

LS : Sur quelles données repose l’estimation selon laquelle environ 50 % des lièvres infectés pourraient survivre ?

AG : Cette estimation provient des études espagnoles. La maladie y est présente depuis plus longtemps qu’en France, ce qui permet de disposer de davantage de recul. D’après ces travaux, environ 50 % des animaux infectés pourraient survivre. C’est une donnée importante, même si nous devons rester prudents, car la situation est encore trop récente en France pour que nous disposions du même niveau de connaissances.

LS : Un lièvre qui a guéri peut-il être contaminé une nouvelle fois ?

AG : Nous pensons qu’il sera nettement moins vulnérable. Je ne peux pas vous affirmer à 100 % qu’il ne sera plus jamais contaminé, mais il devrait bénéficier d’une protection importante. C’est justement ce qui rend la survie de ces animaux intéressante pour l’avenir des populations.

LS : Les levrauts sont-ils plus vulnérables à la maladie que les lièvres adultes ?

AG : Pas nécessairement plus que les autres animaux. Comme pour beaucoup de maladies, les jeunes peuvent avoir moins de résistance, mais c’est également le cas des individus très âgés. Il faut donc rester prudent avant d’affirmer que la maladie touche davantage une catégorie d’âge précise.

LS : Disposez-vous aujourd’hui d’un bilan de la mortalité provoquée par la myxomatose en France ?

AG : Non, nous n’avons pas encore de bilan national consolidé. La maladie fait l’objet d’un suivi et nous devrions disposer d’un premier bilan à la fin de l’année, mais il restera partiel. Certains territoires ont constaté des mortalités de lièvres sans penser immédiatement à la myxomatose. Ce n’est parfois qu’après coup qu’ils se sont interrogés sur les symptômes observés et ont commencé à faire analyser des animaux. Il faut aussi rappeler que le lièvre peut mourir d’autres maladies, notamment de la maladie hémorragique virale. Il est donc indispensable de réaliser des analyses pour identifier précisément la cause des mortalités.

LS : Quels sont les territoires les plus touchés aujourd’hui ?

AG : La Charente-Maritime est probablement le département où la situation est la mieux documentée. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit du territoire où la maladie provoque le plus de mortalité. Il existe toujours un biais dans le suivi de la faune sauvage : les territoires qui surveillent attentivement leurs populations sont aussi ceux qui détectent le plus facilement les anomalies. En Charente-Maritime, les chasseurs avaient beaucoup travaillé pour reconstituer les populations de lièvres et les suivaient de près. Ils ont donc rapidement remarqué que quelque chose d’inhabituel se produisait.

LS : Jusqu’où cette maladie pourrait-elle se propager en France ?

AG : Nous constatons une extension géographique importante. Le virus a été identifié dans le Centre-Ouest et nous avons désormais des signalements dans d’autres secteurs, notamment les Pyrénées-Orientales, le Var, le Rhône et l’Isère. J’ai également reçu une confirmation en Haute-Garonne la semaine dernière. À ce rythme, il pourrait y en avoir dans toute la France l’année prochaine. Nous observons généralement des épisodes de mortalité importants lors du premier passage du virus, puis la situation peut progressivement s’atténuer, comme cela a été observé chez le lapin.

LS : Comment le réseau SAGIR surveille-t-il la progression de la maladie ?

AG : Nous avons diffusé des alertes aux interlocuteurs techniques départementaux du réseau SAGIR pour qu’ils soient particulièrement attentifs aux mortalités de lièvres. L’objectif est de ne pas considérer automatiquement qu’une mortalité est liée à une maladie déjà connue. Lorsqu’une mortalité anormale est signalée sur un territoire, des prélèvements peuvent être réalisés pour rechercher le virus de la myxomatose. Une fois sa présence confirmée dans un secteur, il n’est pas nécessaire d’analyser systématiquement tous les lièvres retrouvés morts. Nous cherchons alors surtout à suivre la mortalité et à la comparer à ce qui est habituellement observé.

LS : La FNC envisage-t-elle de recommander une suspension de la chasse au lièvre dans les secteurs touchés ?

AG : C’est avant tout une question d’adaptation à chaque territoire. Nous comptons sur le sens des responsabilités des associations et des gestionnaires locaux. Dans certains secteurs, les chasseurs ont déjà décidé de lever le fusil sans hésitation. Notre rôle consiste à informer, à apporter des éléments scientifiques et à fournir des outils pour que chacun puisse prendre les décisions adaptées à la situation locale. L’important est de permettre aux populations de se reconstituer à partir des animaux survivants.

LS : Comment les chasseurs peuvent-ils contribuer à préserver les populations de lièvres après une épidémie ?

AG : Nous ne pouvons pas protéger directement tous les animaux sauvages contre la maladie. C’est une limite inhérente à la vie sauvage. En revanche, nous pouvons agir sur la gestion des territoires pour que les survivants disposent des meilleures conditions possibles. Il faut notamment adapter les prélèvements à la situation sanitaire et favoriser le redéveloppement des populations à partir des animaux qui ont résisté à l’infection.

LS : Que doit faire un chasseur lorsqu’il découvre un lièvre mort ou suspect ?

AG : Le premier réflexe est de prévenir sa fédération départementale. Un technicien du réseau SAGIR pourra ensuite décider s’il est nécessaire de collecter l’animal pour réaliser des analyses. Il ne faut pas manipuler les cadavres à mains nues ni laisser les chiens entrer en contact avec eux. La myxomatose n’est pas transmissible à l’homme ni au chien, mais un animal affaibli peut développer d’autres infections. Certaines lésions peuvent également être confondues avec celles de la gale, qui peut présenter un risque pour l’homme et le chien. Il faut donc respecter les précautions sanitaires, notamment le port de protections adaptées lorsqu’une manipulation est nécessaire.

LS : La vaccination pourrait-elle constituer une solution pour protéger les lièvres sauvages ?

AG : Il existe déjà des vaccins contre la myxomatose du lapin, mais je ne sais pas s’ils ont été testés chez le lièvre. Il ne faut pas considérer la vaccination comme une solution universelle. Elle peut présenter un intérêt dans certaines situations particulières, par exemple lors d’opérations de réintroduction d’animaux. En revanche, vacciner une population sauvage entière serait extrêmement compliqué. Les vaccins nécessitent généralement des rappels et la capture des animaux représente elle-même un facteur de stress important. Chez des espèces aussi sensibles que les lièvres, il faut tenir compte des risques liés aux manipulations. Pour les populations sauvages, l’amélioration des conditions de vie et la préservation des animaux résistants restent donc essentielles.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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