Cerf mort à Amboise : la Société de Vènerie contre-attaque

Cerf pris à Amboise

La polémique autour du cerf mort dans l’étang d’une propriété privée, le 31 octobre dernier, en forêt d’Amboise, vient de prendre une tout autre tournure. Dans un communiqué publié ce jeudi 5 novembre, la Société de Vènerie révèle que le domaine concerné est soumis à une servitude autorisant le passage de la chasse. Une disposition dont les propriétaires auraient été parfaitement informés. De quoi sérieusement remettre en perspective les accusations portées contre le Rallye Armor Amboise et la polémique relayée par les opposants à la chasse à courre.

Une propriétaire qui reconnaît avoir été « hystérique »

Samedi 31 octobre, le Rallye Armor Amboise chasse le cerf dans la forêt d’Amboise, en Indre-et-Loire. L’équipage évolue sur un territoire de plus de 6 000 hectares, essentiellement constitué de propriétés privées sur lesquelles il dispose des autorisations nécessaires à la pratique de la vénerie. Au cours de la chasse, le cerf poursuivi par la meute gagne l’étang du domaine Terre de Lumière, une propriété située au cœur du massif forestier. Les chiens suivent l’animal dans l’eau, où celui-ci finit par mourir. La scène se déroule à une quinzaine de mètres de l’habitation d’Estelle et de Christophe, propriétaires des lieux, alors qu’ils reçoivent leur famille à déjeuner. Interrogée par ICI Touraine, Estelle raconte avoir entendu la meute se rapprocher avant de voir surgir le cerf poursuivi par une trentaine de chiens. Elle ne cache pas l’intensité de sa réaction : « J’étais hystérique », reconnaît-elle elle-même. Elle filme la scène, qui se retrouve ensuite sur les réseaux sociaux. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Comme le précise la Société de Vènerie dans son communiqué, la propriétaire a également partagé sa vidéo avec le tristement célèbre collectif AVA, pour Abolissons la Vénerie Aujourd’hui, cette organisation militante et extémiste qui réclame l’interdiction de la chasse à courre. La diffusion de ces images fournit ainsi aux opposants à la vénerie un nouvel épisode à relayer dans leur combat contre cette pratique cynégétique. La polémique prend rapidement de l’ampleur, les veneurs étant accusés d’avoir poursuivi un animal jusque dans une propriété privée où il aurait dû être gracié. Mais un élément essentiel manquait manifestement à cette présentation des événements.

Un domaine consacré aux « énergies » et à la « reconnexion à la nature »

Car le lieu où s’est déroulée cette fin de chasse n’est pas une propriété tout à fait ordinaire. Baptisé Terre de Lumière, le domaine accueille une activité professionnelle consacrée au « bien-être », aux « retraites spirituelles » et à la « reconnexion à la nature ».

Dans la présentation de son établissement, Estelle évoque notamment les « énergies du lieu », « l’éveil spirituel », « la guérison » et « la transformation intérieure ». Elle décrit un espace où chaque arbre et chaque pierre participeraient à une expérience de « reconnexion avec soi-même ». On voit le genre ! Une conception de la nature qui semble assez éloignée de celle des veneurs, lesquels la parcourent, l’observent et vivent au contact quotidien de la faune sauvage. La propriétaire explique d’ailleurs avoir voulu faire de ses quatre à cinq hectares un « havre de paix » pour les humains et les animaux. Comme c’est mignon ! Elle a désormais entrepris des démarches auprès de l’ASPAS pour obtenir le statut de refuge. Mais au-delà des convictions personnelles et des pratiques de « bien-être » proposées sur le domaine, une question demeure : que prévoyaient exactement les droits attachés à cette propriété au moment de son acquisition ? C’est précisément sur ce point que la Société de Vènerie apporte une réponse particulièrement éclairante.

Une servitude de passage parfaitement connue des propriétaires

Dans son communiqué du 5 novembre, la Société de Vènerie révèle que le domaine Terre de Lumière est soumis à une servitude obligeant ses propriétaires à laisser libre passage à la chasse. Il ne s’agit donc pas, selon l’organisation, d’une intrusion de chasseurs sur une propriété dont ils auraient ignoré les droits et les restrictions. Mieux encore, la Société de Vènerie affirme que les récents propriétaires avaient parfaitement connaissance de cette servitude. Cette révélation change considérablement la lecture de l’affaire. La propriétaire avait principalement insisté sur le caractère privé de son domaine pour contester la présence de la chasse. Or, selon les précisions apportées par les veneurs, ce caractère privé n’excluait nullement le passage de l’équipage. La Société de Vènerie ne dissimule d’ailleurs pas son étonnement devant la polémique suscitée par des propriétaires qu’elle présente comme parfaitement informés de cette situation. Elle dénonce ainsi une controverse qu’elle considère inutile, née de la diffusion d’une vidéo dont le contexte juridique n’avait pas été exposé dans le récit initial. Un détail d’autant plus important que cette vidéo a été communiquée aux extrémistes provocateurs d’AVA, dont l’objectif revendiqué est précisément de faire disparaître la chasse à courre. Le collectif dispose ainsi d’images susceptibles d’alimenter sa campagne contre la vénerie, tandis que le communiqué des veneurs apporte des éléments absents de la présentation initiale.

Aucun cheval sur la propriété et seulement quatre veneurs à pied

Autre précision importante apportée par la Société de Vènerie : contrairement à l’image d’une chasse qui aurait envahi le domaine, aucun cheval n’a pénétré dans la propriété Terre de Lumière. Seuls quatre veneurs y sont entrés à pied afin de reprendre les chiens et d’évacuer le cerf pris dans l’étang. Un membre de l’équipage avait d’ailleurs tenté de rappeler la meute en sifflant, comme le reconnaît la propriétaire elle-même dans son témoignage. Cette dernière confirme également que les veneurs lui ont demandé l’autorisation de venir récupérer le corps de l’animal. Deux éléments qui méritent d’être rappelés au moment où l’équipage fait l’objet de nombreuses critiques : un veneur a tenté d’intervenir sur les chiens et les membres de l’équipage ont pris soin de solliciter les propriétaires avant de procéder à l’évacuation du cerf. Loin de l’image d’hommes indifférents à la présence des occupants, ces précisions témoignent d’une volonté de gérer une situation délicate au contact des riverains.

La réglementation de 2019 ne dit pas ce que certains lui font dire

Pour justifier sa position, Estelle invoque la réglementation de 2019 relative à la grâce des animaux poursuivis par une chasse à courre à proximité des lieux habités. Mais il convient de rappeler une distinction fondamentale : la présence d’un animal sur une propriété privée ne suffit pas, à elle seule, à imposer sa grâce. L’article 7 de l’arrêté du 18 mars 1982, modifié en février 2019, vise des situations précises dans lesquelles un animal aux abois ou au ferme se trouve à proximité d’habitations, de jardins privés attenants ou d’établissements accueillant du public. Cette obligation reste applicable même lorsqu’un équipage dispose d’un droit de passage. Encore faut-il établir les circonstances exactes de la fin de chasse et déterminer si les conditions prévues par le texte étaient réunies. Dans le cas d’Amboise, la Société de Vènerie défend clairement la régularité de l’intervention du Rallye Armor Amboise. La servitude invoquée répond à la question du passage sur le domaine, tandis que le respect des dispositions relatives à la grâce doit s’apprécier au regard du déroulement précis des faits. Il serait donc abusif de déduire automatiquement une infraction de la seule présence du cerf sur une propriété privée.

La Société de Vènerie apporte un soutien sans réserve à l’équipage

Dans son communiqué, l’organisation prend pleinement la défense du Rallye Armor Amboise et de ses responsables. Elle rappelle que l’équipage exerce dans le cadre des autorisations dont il dispose, insiste sur la servitude attachée au domaine et souligne les conditions dans lesquelles ses membres sont intervenus pour récupérer les chiens et le cerf. Sans nier l’émotion ressentie par la propriétaire, elle refuse que cette émotion suffise à mettre publiquement en accusation des veneurs dont elle défend le comportement. La différence entre les deux récits est désormais manifeste. D’un côté, une propriétaire bouleversée, qui présente la fin de chasse à travers son expérience personnelle et sa conception d’un domaine dédié au « bien-être », avant de transmettre ses images à un collectif militant contre la vénerie. De l’autre, une organisation cynégétique qui oppose à cette émotion des éléments concrets : les autorisations de chasse, l’existence d’une servitude, l’absence de cavaliers sur la propriété et les démarches entreprises par les veneurs. La Société de Vènerie conclut en renouvelant son soutien au Rallye Armor Amboise, dont elle affirme qu’il pratique la chasse à courre dans le respect de son éthique et de la réglementation. Cette affaire illustre une nouvelle fois la place prise par les images de chasse à courre dans les campagnes des collectifs opposés à la vénerie. Mais une vidéo, aussi spectaculaire soit-elle, ne raconte jamais nécessairement l’intégralité d’une histoire. Et avant de condamner publiquement un équipage, encore faut-il connaître les droits dont il dispose et les circonstances exactes de son intervention.

Partager cet article


Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

Découvrez d'autres articles

Retour en haut