Alors que dans de nombreux départements le lapin de garenne a fortement décliné sous l’effet des maladies et de la pression des prédateurs, la situation est parfois tout autre ailleurs. Dans certains territoires, l’espèce prolifère à nouveau, au point de provoquer des dégâts agricoles importants. C’est notamment le cas au Thor, dans le Vaucluse, où les agriculteurs tirent la sonnette d’alarme.
Des vergers et des cultures durement touchés
Sur place, le constat est sans appel. Chez la famille Liotard, les dégâts sont considérables. Les pommiers ont été systématiquement attaqués, leur écorce grignotée parfois sur toute la circonférence. « Catastrophe de lapins qui me mangent tous les pommiers ! Ils doivent être croisés avec des chèvres pour manger si haut ! », se désole l’exploitant. Or, lorsque l’écorce est entièrement attaquée, l’arbre est condamné. « Quand tout le tour de l’arbre est mangé, l’arbre est mort », rappelle-t-il, impuissant face à la situation. Malgré la mise en place de protections, notamment du plastique autour des troncs, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les lapins parviennent à contourner ou à ronger ces dispositifs, rendant les investissements inutiles.
Les asperges également touchées
La situation ne se limite pas aux vergers. Les cultures d’asperges sont elles aussi fortement impactées. « Ils ont mangé un tiers de la parcelle », explique l’agriculteur. Un préjudice d’autant plus difficile à accepter que tout le travail de préparation a été réalisé en amont, pour un résultat réduit à néant au moment de la récolte. Face à ces pertes, l’inquiétude est réelle, d’autant que les solutions semblent limitées. Si les chasseurs sont remerciés pour leur implication, la pression actuelle des populations de lapins dépasse manifestement les capacités de régulation locales.
Une gestion contrastée selon les territoires
Cette situation illustre parfaitement la complexité de la gestion du lapin de garenne en France. Espèce autrefois parmi les plus chassées, elle a connu un déclin marqué dans de nombreux départements, notamment à cause de la myxomatose et de la VHD, mais aussi de la prédation accrue de certains animaux comme le renard. À l’inverse, certains secteurs connaissent aujourd’hui une dynamique totalement différente, avec des populations en forte progression et des dégâts agricoles significatifs. Ce contraste est d’ailleurs apparu récemment avec les opérations de transfert organisées entre départements. Comme nous l’évoquions il y a peu, 150 lapins ont ainsi été capturés dans l’Hérault pour être réintroduits en Ardèche, sous l’impulsion des fédérations départementales concernées, afin de soutenir des populations locales en difficulté.
Une adaptation permanente nécessaire
Au Thor, face à l’ampleur des dégâts, les autorités ont décidé de prolonger d’un mois la période de chasse du lapin. Une mesure qui vise à renforcer la régulation, même si elle ne suffira probablement pas à elle seule à inverser rapidement la tendance. Cette situation rappelle une réalité bien connue des acteurs de terrain : la gestion des espèces sauvages ne peut être uniforme. Elle doit s’adapter en permanence aux dynamiques locales, parfois très contrastées, entre raréfaction et surabondance. Et dans ce contexte, le rôle des chasseurs reste central pour tenter de maintenir un équilibre toujours fragile entre faune sauvage et activités agricoles.












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