« Les décisions les plus difficiles sont humaines » : Franco Beretta se confie à So Chasse

Une question, cinq minutes… et une réponse sans détour

So Chasse a eu l’occasion de se rendre en Italie, à Parme puis à Brescia, pour célébrer les 500 ans de Beretta. Une conférence de presse d’envergure y était organisée pour retracer cinq siècles d’histoire, mais surtout pour dessiner les contours de l’avenir. À l’issue de cet événement que nous vous faisons revivre dans ce reportage, une opportunité inattendue se présente : quelques minutes seulement avec Franco Gussalli Beretta. Le temps est compté. Une seule question. Alors forcément, les idées fusent. Parler stratégie ? Vision à dix ans ? Défense de la chasse en Europe ? Image du monde cynégétique ? Ou même poser la question que beaucoup attendent : Une BRX2 est-elle dans les cartons de Beretta ? Mais dans ce contexte très particulier, celui des 500 ans, celui de la transmission, celui du futur passage de relais entre Franco et son fils Carlo Gussalli Beretta, une autre question s’impose. Une question simple : depuis 500 ans, quelle a été la décision la plus difficile à prendre pour le groupe Beretta et qui a encore une incidence à ce jour ?

La réponse tombe, directe, sans détour. « En tant qu’entrepreneur, c’est difficile de n’en choisir qu’une. Il y en a eu beaucoup. Et comme toute entreprise, nous avons fait des erreurs. Mais si vous prenez toujours vos décisions dans l’intérêt de l’entreprise, même les plus difficiles, même les erreurs, finissent par produire quelque chose de positif. » Un temps, puis il reprend. « S’il faut vraiment en retenir une, ce sont les changements de génération. Ce sont probablement les moments les plus difficiles. »

« Chez Beretta, nous avons des gens qui travaillent avec nous depuis 30, 40, parfois 50 ans. Ce ne sont pas juste des collaborateurs. Ce sont des relations fortes, construites dans le temps, avec une connaissance incroyable du métier. Et un jour, vous devez leur dire que c’est terminé. » Il marque une pause. « C’est très difficile. Parce que ces personnes ont une expérience unique. Elles peuvent résoudre un problème en un regard. Vous n’avez jamais envie de vous séparer d’eux. Mais le monde change. La technologie change. Les marchés changent. Et pour avancer, il faut introduire une nouvelle façon de penser. Cela veut dire laisser la place à une nouvelle génération. Et ça, humainement, ce n’est jamais simple. »

Franco Beretta enchaîne avec une anecdote personnelle, presque comme une transmission dans la transmission. « C’est une leçon que mon père m’a donnée. Quand il a estimé que j’étais prêt, il m’a dit : “Tu dois choisir ton équipe.” » Il esquisse un sourire. « Et puis, à 75 ans, il nous a réunis, mon frère et moi. Il nous a dit : “Demain, vous prenez la direction.” Pas de transition, pas de compromis. Il est parti. Il voulait nous faire comprendre une chose : diriger, c’est assumer complètement. » Puis la conclusion tombe, presque comme une évidence.
« Nous ne sommes là que pour un temps. Notre rôle, c’est de donner le meilleur à l’entreprise, puis de transmettre. C’est ça, la force de Beretta. Mais ces moments-là restent les plus difficiles. »

Avant de conclure, une dernière question plus directe, plus terrain : la France est-elle un marché important pour Beretta ? La réponse est claire. « Nous sommes une entreprise internationale, donc chaque pays a son importance. Mais oui, la France est un marché clé. C’est même le deuxième marché en Europe pour le groupe. Les chasseurs et les tireurs sportifs français ont une vraie culture. Ils reconnaissent la valeur de la tradition, mais aussi de l’innovation. » Et Beretta ne s’est pas contenté d’exporter. « Nous avons fait le choix de nous rapprocher encore plus de ce marché en nous associant à des maisons françaises comme Chapuis et Manurhin. Elles conservent leur identité et leur production locale, notamment à Saint-Bonnet-le-Château. La France est un pays important pour nous. ».

Comme une maison ancienne où chaque génération reçoit plus qu’un héritage, Beretta avance depuis cinq siècles avec la même règle : ne pas trembler, ne pas rompre, et transmettre à son tour.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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