Importée d’Amérique du Nord, la grenouille-taureau (Lithobates catesbeianus) inquiète de plus en plus en Europe. Activement combattue en Allemagne, elle fait l’objet d’une surveillance étroite en Alsace, où un protocole de destruction est autorisé jusqu’à fin 2026. Une menace bien réelle, d’autant que l’espèce est déjà implantée dans le Sud-Ouest de la France.
Un prédateur redoutable et prolifique
Avec une taille pouvant atteindre 25 cm et un poids proche du kilo, la grenouille-taureau n’a rien d’un amphibien ordinaire. Sa capacité de reproduction est tout aussi impressionnante : une femelle peut pondre jusqu’à 50 000 œufs en une seule ponte. Mais c’est surtout son régime alimentaire qui pose problème. Opportuniste, elle consomme tout ce qu’elle peut capturer : amphibiens, reptiles, petits mammifères… voire ses propres congénères. Une pression directe sur la faune locale, qui explique son classement parmi les espèces exotiques envahissantes les plus préoccupantes.
Une progression surveillée aux portes de l’Alsace
Chez nos voisins allemands, notamment dans le Bade-Wurtemberg, la présence de la grenouille-taureau est désormais avérée. Face à cette progression, les autorités ont ouvert la chasse au printemps afin de limiter son expansion. En Alsace, la vigilance est de mise. Le chant caractéristique du mâle, comparable à un beuglement, a été entendu à Riedseltz en 2021, sans qu’aucune présence formelle n’ait depuis été confirmée. Mais la proximité avec les foyers allemands, à une quarantaine de kilomètres, suffit à justifier une réaction rapide des autorités.
Un arrêté préfectoral encadre la lutte
Dans le Bas-Rhin, un arrêté préfectoral autorise des opérations de destruction jusqu’au 31 décembre 2026. Ces interventions sont coordonnées par l’Office français de la biodiversité et peuvent être menées toute l’année. Les méthodes sont variées et adaptées aux différents stades de développement : capture à la main ou à l’épuisette, piégeage, destruction des têtards, voire tir au fusil pour les individus adultes les plus difficiles à approcher. Une technique spécifique, l’« électrofroging », est également utilisée. Des protocoles stricts sont imposés afin d’éviter toute confusion avec les espèces locales, notamment certaines grenouilles vertes de grande taille. Les opérations doivent ainsi être réalisées en binôme et dans des périodes bien définies.
Une espèce déjà bien installée dans le Sud-Ouest
En France, la grenouille-taureau est connue de longue date dans le Sud-Ouest. Son introduction est documentée dans une publication herpétologique dès 1968 en Gironde, à Arveyres, entre Bordeaux et Libourne, avant une diffusion progressive vers d’autres secteurs. Des observations existent également en Dordogne, de manière plus ponctuelle, confirmant la capacité de l’espèce à coloniser de nouveaux territoires dès lors que les conditions lui sont favorables.
Une lutte indispensable face à une menace réelle
En Allemagne, les autorités ont déjà frappé fort : près de 7 000 grenouilles-taureau ont été détruites en 2025 dans la région de Karlsruhe, auxquelles s’ajoutent plus de 16 000 têtards capturés. Des chiffres qui illustrent l’ampleur du phénomène lorsqu’une espèce invasive s’installe durablement. Avec un potentiel de reproduction aussi élevé et un impact direct sur les équilibres naturels, la grenouille-taureau représente un défi concret pour les gestionnaires de la faune. Dans ce contexte, la surveillance active et les mesures de régulation mises en place en France apparaissent comme indispensables pour éviter l’installation durable de cette espèce invasive sur de nouveaux territoires.












Laisser un commentaire