Dans le massif pyrénéen, la pression exercée par les cervidés sur les milieux forestiers n’est plus une simple alerte locale : elle devient un enjeu structurant à l’échelle de tout un territoire. C’est dans ce contexte qu’a été lancé, en mars 2026, le projet transfrontalier ESPIR, une initiative franco-espagnole qui place les chasseurs au cœur de la réponse. Porté par le programme européen POCTEFA, ESPIR réunit un large éventail d’acteurs : fédérations des chasseurs, Office national des forêts, Centre national de la propriété forestière, services de l’État et partenaires espagnols, sous la coordination du chef de file FORESPIR.
Une coalition inédite à l’échelle des Pyrénées
C’est une première : jamais une coopération d’une telle ampleur n’avait été mise en place pour traiter la question de l’équilibre forêt-gibier à l’échelle du massif pyrénéen. Le coup d’envoi a été donné lors du comité de pilotage des 18 et 19 mars au Commissariat de Massif des Pyrénées. L’objectif est clair : mieux comprendre les déséquilibres qui s’installent entre les populations de cervidés et les écosystèmes forestiers, et surtout, identifier des solutions concrètes pour y répondre. Car sur certains secteurs, les dégâts liés au grand gibier, abroutissements, écorçages et blocage de la régénération, deviennent un véritable frein à la dynamique forestière.
La donnée au service de la gestion
Au cœur du projet, un principe simple : pas de gestion efficace sans connaissance fine du terrain. ESPIR prévoit ainsi le développement d’un outil cartographique partagé à l’échelle transfrontalière, permettant de suivre les indicateurs d’équilibre ou de déséquilibre entre faune et forêt. Cet outil doit permettre aux gestionnaires et aux décideurs d’ajuster leurs stratégies au plus près des réalités locales, en sortant des approches uniformes souvent inadaptées à la diversité des territoires pyrénéens. En Haute-Garonne, cette logique se traduit notamment par un travail inédit porté par la fédération départementale des chasseurs (FDC 31) : un diagnostic démographique de la population de chasseurs, assorti d’une projection à vingt ans. Un élément clé pour anticiper la capacité future de régulation sur le terrain.
Des solutions testées au plus près du terrain
ESPIR ne se limite pas à un travail d’analyse. Des territoires pilotes ont été identifiés pour expérimenter des réponses concrètes. En Haute-Garonne, des concertations sont engagées avec les ACCA afin d’identifier les freins à la réalisation des plans de chasse : contraintes locales, tensions entre usagers, difficultés d’organisation ou encore image de la chasse. Plusieurs pistes sont déjà à l’étude : mutualisation des moyens, actions de sensibilisation, accueil de nouveaux chasseurs. L’objectif est clair : adapter les solutions aux réalités de terrain, sans modèle imposé.
La chasse reconnue comme outil de gestion
Au-delà de la régulation, le projet entend aussi faire évoluer le regard porté sur la chasse. ESPIR la positionne clairement comme un outil de gestion durable des milieux naturels, indispensable au maintien des équilibres sylvo-cynégétiques. Cette reconnaissance passe également par la valorisation de la venaison, encore sous-exploitée, qui pourrait renforcer le lien entre activité cynégétique, économie locale et gestion responsable des ressources.
Un modèle appelé à faire école
La dimension transfrontalière constitue l’un des points forts du projet. En croisant les approches françaises et espagnoles, en partageant les outils et les retours d’expérience, ESPIR esquisse une nouvelle forme de gouvernance à l’échelle d’un grand territoire naturel. Prévu jusqu’en 2028, le programme pourrait bien s’imposer comme une référence en Europe pour la gestion concertée des interactions entre forêt, faune sauvage et activités humaines. Dans un contexte de pression croissante sur les milieux et de diminution du nombre de chasseurs, une chose apparaît déjà clairement : sans régulation efficace, l’équilibre forêt-gibier risque de devenir un problème majeur pour les années à venir.












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