Deux millions de chiens de chasse : quel poids pour l’économie française ?

Avec environ 2 millions de chiens de chasse en France, le chien constitue bien plus qu’un auxiliaire de chasse : il fait vivre des éleveurs, des vétérinaires, des laboratoires, des équipementiers, des dresseurs et de nombreux professionnels dans les territoires ruraux. Lors du colloque consacré à l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale, Fleur-Marie Desfougères, directrice de la Centrale Canine, a détaillé le poids économique de cette filière et son rôle dans la préservation des races françaises.

Un patrimoine cynophile largement issu de la chasse

La place du chien de chasse dans le patrimoine cynophile français se mesure d’abord au nombre de races concernées. Sur les quelque 370 races reconnues, environ la moitié sont des races de chiens de chasse. La France compte par ailleurs 59 races françaises, dont 43 sont des races de chasse. « C’est aussi une spécificité typiquement française d’avoir un grand nombre de races de chiens de chasse », souligne Fleur-Marie Desfougères. L’année dernière, environ 200 000 chiens ont été inscrits au LOF, dont près de 50 000 seraient des chiens destinés à la chasse. En extrapolant aux chiens avec ou sans pedigree, la Centrale Canine estime à environ deux millions le nombre de chiens de chasse présents actuellement en France.

Des éleveurs aux laboratoires, une filière qui mobilise de nombreux métiers

Derrière la naissance et l’achat d’un chien se trouve une véritable chaîne économique. Les éleveurs constituent le premier maillon, qu’ils soient professionnels ou qu’ils ne réalisent qu’une ou deux portées par an. Les vétérinaires interviennent dès la gestation et pour les soins, l’identification ou les accidents. Le tatouage reste par ailleurs autorisé pour l’identification des chiens et, selon Fleur-Marie Desfougères, 99 % des tatouages concerneraient des chiens de chasse. La sélection génétique fait également travailler des laboratoires spécialisés, notamment pour l’identification génétique et la recherche de maladies héréditaires. Des entreprises françaises comme Genindexe, Labogéna ou Antagène bénéficient ainsi notamment de cette activité. À cela s’ajoutent les dresseurs, les associations et toute l’économie locale générée autour des concours et des épreuves de travail.

Jusqu’à 3 000 euros de dépenses par chien chaque année

Posséder un chien de chasse représente également une dépense régulière pour son propriétaire. L’alimentation représente à elle seule entre 500 et 1 200 euros par an selon la taille, l’activité physique et l’alimentation choisie. Les soins vétérinaires sont estimés entre 200 et 1 800 euros annuels, notamment en fonction des éventuels accidents de chasse. Il faut encore ajouter l’assurance santé, le dressage et l’entraînement, qui peuvent représenter plusieurs milliers d’euros pour certains chiens. Transport, carburant, remorque et matériel spécifique ne sont pas compris dans cette estimation. Au total, Fleur-Marie Desfougères estime ainsi la dépense annuelle à 1 500 à 3 000 euros par chien.

Des équipements développés pour les besoins des chasseurs

Les besoins spécifiques des chasseurs ont également favorisé le développement d’un marché dédié aux chiens. Colliers GPS, gilets de protection contre les sangliers, logiciels de suivi ou encore matériel de dressage répondent directement aux usages des chasseurs. « Les besoins de la chasse, c’est un peu le moteur de la Pet Tech », explique la directrice de la Centrale canine. Cette demande concerne également de grandes enseignes qui développent leurs gammes liées à la chasse et aux chiens.

Les meutes multiplient les dépenses

Le poids économique du chien de chasse est encore plus important lorsqu’il s’agit de propriétaires qui détiennent plusieurs animaux. Alors qu’un particulier possède généralement un ou deux chiens, les chasseurs peuvent en avoir deux à cinq, voire dix ou trente lorsqu’ils travaillent en meute. L’alimentation, les soins vétérinaires et les assurances sont alors multipliés, auxquels s’ajoutent des équipements spécifiques comme les chenils. Cette particularité crée une économie qui dépasse largement le simple achat du chien et concerne toute sa vie.

Mille épreuves organisées chaque année dans les territoires

La sélection et la valorisation des chiens génèrent également une activité économique autour des concours, des expositions et des épreuves de travail. La Centrale Canine recense environ 1 000 épreuves par an, auxquelles participent quelque 3 700 compétiteurs et 10 300 chiens titulaires d’une licence pour ces différentes activités. Ces événements mobilisent des juges, des commissaires, des organisateurs et des vétérinaires, mais aussi toute une économie locale autour de l’hébergement, de la restauration et des services. Certaines épreuves se déroulent dans de très petites communes, faisant de ces rendez-vous un véritable levier d’activité pour les territoires ruraux.

Fleur-Marie Desfougères est directrice de la Centrale canine depuis 2024. ©Jean-Christophe Marmara

La chasse contribue à maintenir les races françaises

Au-delà de son poids économique, la chasse joue également un rôle dans la conservation du patrimoine cynophile français. De nombreuses races ont été créées historiquement pour la chasse et certaines dépendent encore directement de cette pratique pour être maintenues. Fleur-Marie Desfougères cite notamment les chiens destinés à la vénerie, sélectionnés pour travailler en meute. « Si demain on n’a plus la vénerie, ce sont des chiens qui ont été sélectionnés pour vivre en meute », rappelle-t-elle. Selon elle, ces races auraient davantage de difficultés à trouver leur place dans un mode de vie urbain, ce qui fait de la chasse un élément important de leur maintien et de la conservation de ce patrimoine génétique.

Six milliards d’euros selon une estimation théorique

En prenant l’hypothèse haute de 3 000 euros de dépenses annuelles par chien et une population estimée à 2 millions de chiens de chasse, Fleur-Marie Desfougères arrive à un ordre de grandeur de 6 milliards d’euros par an. Elle précise toutefois que ce calcul doit être considéré avec prudence, notamment parce qu’une partie des chiens de chasse sont également des chiens de famille et que les dépenses retenues correspondent à une estimation haute. Mais au-delà du chiffre, elle insiste sur le rôle central du chien dans l’économie globale de la chasse : « En fait, sans chien, il n’y a pas tout le reste de la contribution économique de la chasse à l’économie française. »

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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