Après l’apparition de la maladie d’Aujeszky chez plusieurs sangliers et la mort d’une chienne de chasse l’hiver dernier, des chasseurs creusois ont décidé de protéger leurs auxiliaires. À Ahun, une campagne de vaccination groupée est actuellement organisée par une clinique vétérinaire. Une initiative bienvenue alors que la saison de chasse au sanglier redémarre et que le virus est désormais bien identifié dans la faune sauvage du département.
Une vaccination groupée organisée à Ahun
Lundi 31 août, des chasseurs se sont retrouvés à la clinique vétérinaire d’Ahun pour faire administrer à leurs chiens la deuxième injection du vaccin contre la maladie d’Aujeszky, rapporte Ici Creuse. Le protocole actuellement recommandé prévoit trois injections espacées de trois semaines. Une organisation assez lourde, d’autant que le produit utilisé, AUSKIPRA-BK, a initialement été développé pour les porcins et est commercialisé dans un conditionnement peu adapté aux propriétaires individuels. Le vaccin étant fourni par lots de 40 doses, les vétérinaires ont tout intérêt à regrouper les propriétaires afin d’éviter les pertes et de limiter les coûts. À Ahun, des chasseurs venus aussi bien de l’est de la Creuse que des environs de Guéret se sont donc organisés collectivement. Le nombre exact de chiens participant à cette première campagne creusoise n’a pas été rendu public. Mais son organisation autour d’un conditionnement de 40 doses montre l’intérêt des opérations groupées pour rendre cette vaccination accessible aux équipages et aux propriétaires de plusieurs chiens. AUSKIPRA-BK bénéficie d’une autorisation temporaire d’utilisation chez le chien. L’Anses indique que cette autorisation a été accordée en raison d’une situation sanitaire nécessitant une vaccination en urgence, après évaluation favorable de la balance bénéfice/risque.
La mort d’une chienne avait donné l’alerte en Creuse
Cette mobilisation intervient après un hiver particulièrement inquiétant pour les chasseurs creusois. So Chasse avait alerté dès le 11 décembre 2025 sur la mort brutale d’une chienne de chasse dans le secteur de Clugnat, quelques jours après une battue au sanglier. L’animal avait présenté des symptômes fortement évocateurs de la maladie d’Aujeszky, notamment une hypersalivation, des troubles nerveux et des phénomènes d’automutilation. À ce moment-là, nous avions toutefois pris soin de parler d’une suspicion. Un sanglier prélevé à Clugnat avait bien été testé positif au virus, mais le lien entre la mort du chien et la maladie n’était pas encore officiellement établi. Les analyses réalisées par la suite ont malheureusement confirmé les craintes. La chienne était bien atteinte par la maladie d’Aujeszky. Dans les semaines suivantes, la situation sanitaire s’était également précisée chez les sangliers. Après Clugnat, un second animal positif avait été découvert à Toulx-Sainte-Croix. Le 30 décembre, les services de l’État confirmaient officiellement ces deux premiers cas chez des sangliers sauvages creusois. Début 2026, un troisième cas avait ensuite été identifié à Bétête tandis qu’un quatrième était en cours de vérification à Bord-Saint-Georges. La vaccination aujourd’hui organisée à Ahun n’est donc pas une précaution prise face à un risque hypothétique : elle répond directement à une maladie qui a déjà tué un chien de chasse dans le département.
Cinq sangliers positifs sur 150 analysés
Le bilan de la surveillance sanitaire menée durant la saison 2025-2026 permet désormais de mesurer plus précisément la circulation du virus. Depuis six campagnes, des prélèvements sont réalisés sur les sangliers creusois afin de rechercher notamment la maladie d’Aujeszky. Jusqu’à la saison dernière, aucun résultat positif n’avait été obtenu. La situation a changé en 2025-2026. Sur 150 sangliers analysés, cinq prélèvements se sont révélés positifs, tous dans le secteur de Boussac. Le suivi sanitaire a également confirmé qu’un chien de chasse mort après avoir présenté des symptômes évocateurs à la suite d’une battue dans cette même zone était bien atteint par le virus. Ces résultats confirment donc que la maladie circule désormais dans une partie de la population de sangliers sauvages du département.
Une maladie redoutable pour les chiens de chasse
La maladie d’Aujeszky, également appelée « pseudo-rage », est provoquée par un virus de la famille des Herpesviridae. Les porcs et les sangliers en constituent les principaux hôtes et peuvent entretenir le virus dans les populations sauvages. Chez le chien, les conséquences sont dramatiques. Après contamination, l’animal peut présenter des troubles nerveux, une salivation importante et surtout des démangeaisons extrêmement violentes pouvant le conduire à se gratter ou se mordre jusqu’à l’automutilation. L’évolution est extrêmement rapide et la mort intervient généralement en seulement 24 à 48 heures après l’apparition des symptômes. Il n’existe aucun traitement curatif. La maladie n’est en revanche pas transmissible à l’être humain.
Des précautions indispensables même avec un chien vacciné
La vaccination apporte désormais une possibilité supplémentaire de protéger les chiens particulièrement exposés, notamment ceux utilisés pour la chasse au sanglier. Elle ne dispense cependant pas les chasseurs de respecter les précautions habituelles. Floriane Laffay, vétérinaire à la clinique d’Ahun interrogée par Ici Creuse, recommande notamment d’empêcher autant que possible les chiens de mordre les sangliers prélevés ou de consommer leurs viscères. Les chiens ne doivent pas davantage pouvoir récupérer et mordiller un vêtement fortement souillé de sang. Les recommandations sanitaires prévoient également de ne jamais leur donner de viande ou des abats de porc ou de sanglier crus ou insuffisamment cuits. Des précautions dont chacun sait qu’elles ne sont pas toujours simples à appliquer avec des chiens courants confrontés directement aux sangliers pendant une action de chasse. Après les premiers cas détectés l’hiver dernier, la mort d’une chienne et cinq sangliers positifs lors de la campagne de surveillance 2025-2026, l’organisation de cette vaccination à Ahun constitue donc une avancée importante pour les chasseurs creusois et, surtout, pour la protection de leurs compagnons à quatre pattes.












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