« Vous ne supportez plus la chasse ? » : Midi Libre ouvre la boîte à dénonciations

« Vous ne supportez plus la chasse près de chez vous ? Il y a des tensions dans votre village ? Racontez-nous. » Voilà l’appel lancé ce vendredi 18 septembre par Midi Libre. Sur le principe, donner la parole aux riverains est évidemment légitime. Mais à lire les questions posées, une interrogation vient rapidement : cherche-t-on réellement des témoignages sur la cohabitation entre chasseurs et non-chasseurs, ou vient-on d’ouvrir une grande boîte à doléances anti-chasse ?

Un appel à témoignages… mais dans un seul sens

Soyons joueurs. Imaginons un instant que So Chasse publie demain : « Vous ne supportez plus les promeneurs près de chez vous ? Les VTT vous agacent ? Vous avez eu des tensions avec des écologistes ? Racontez-nous ! » On imagine assez facilement les réactions. C’est pourtant peu ou prou la méthode choisie par Midi Libre. Le journal ne demande pas à ses lecteurs comment se déroule la cohabitation avec les chasseurs. Il ne cherche pas ceux pour qui tout se passe bien. Il ne demande pas davantage aux chasseurs de raconter leurs éventuelles difficultés avec d’autres utilisateurs de la nature. Non. L’appel commence par : « Vous ne supportez plus la chasse près de chez vous ? » Puis viennent les battues que l’on « n’en peut plus » de subir, les coups de feu qui font « sursauter », l’inquiétude pour certains animaux et, bien sûr, les « tensions avec des chasseurs ». À ce stade, il ne manque presque plus que la case : « Dites-nous tout, on prend les noms. »

Témoignage ou appel à charge ?

Le procédé laisse franchement songeur. Car lorsqu’un média lance « Vous ne supportez plus la chasse près de chez vous ? Racontez-nous », la conclusion semble presque écrite avant même d’avoir recueilli le premier témoignage. Pourquoi ne pas demander simplement aux habitants comment se passe la cohabitation avec la chasse ? Sans doute trop neutre. Ici, on choisit d’abord l’angle, puis on invite précisément ceux qui pourront l’alimenter à se manifester. Une sorte de pêche aux témoignages à charge, avec amorçage inclus. Reste maintenant à savoir ce qui remontera dans les filets… et surtout comment Midi Libre compte vérifier, recouper et contextualiser tout ce qui lui sera raconté.

Et qui vérifiera les histoires racontées ?

Une autre question nous intéresse particulièrement. Que va-t-il se passer lorsque les témoignages arriveront ? Parce qu’entre une personne gênée par quelques coups de feu entendus au loin, un conflit de voisinage vieux de quinze ans et un militant farouchement opposé à la chasse qui trouverait là une magnifique tribune, il existe tout de même quelques nuances. Qui vérifiera les faits ? Les chasseurs éventuellement mis en cause seront-ils interrogés ? Les sociétés de chasse concernées pourront-elles donner leur version ? Les fédérations départementales seront-elles contactées ? Les faits seront-ils recoupés ? Une distinction sera-t-elle faite entre une infraction, un comportement dangereux, une simple gêne et une opposition de principe à la chasse ? Ce sont des questions assez élémentaires lorsqu’on sollicite publiquement des témoignages potentiellement accusatoires.

Une invitation rêvée pour les militants anti-chasse

Il serait également assez naïf d’imaginer qu’un tel appel restera invisible des associations et militants opposés à la chasse. Il suffit de quelques partages sur les bons groupes et réseaux sociaux pour qu’une adresse destinée à recueillir des témoignages de riverains devienne rapidement le réceptacle de tout ce que la France compte d’opposants déterminés à la chasse. Et après ? Comment distinguer le témoignage spontané du témoignage militant ? Le problème concret du procès fait à la chasse en général ? Le fait vérifiable du récit impossible à recouper ? C’est précisément là que la responsabilité journalistique commence.

Alors, nous aussi, nous lançons un appel à témoignages

Puisque la méthode semble désormais consacrée, So Chasse pourrait à son tour poser quelques questions. Vous avez déjà discuté normalement avec des chasseurs près de chez vous ? Une société de chasse vous a déjà prévenu d’une battue ou indiqué un chemin permettant de l’éviter ? Vous êtes agriculteur et des chasseurs interviennent pour limiter les dégâts de sangliers dans vos cultures ? Vous êtes promeneur, vététiste, cavalier ou cueilleur de champignons et, incroyable nouvelle, vous cohabitez depuis des années avec les chasseurs sans avoir jamais connu le moindre incident ? Racontez-nous. Et soyons encore plus audacieux : si vous avez rencontré un véritable problème avec des chasseurs, racontez-le-nous aussi. Parce qu’un média consacré à la chasse doit également être capable de regarder ce qui ne fonctionne pas et d’en parler. La différence tient peut-être simplement là : si l’on veut comprendre la cohabitation dans les campagnes françaises, encore faut-il commencer par interroger tout le monde. Sinon, appelons les choses autrement. Un appel à témoignages ? Peut-être. Un appel à charge ? La question mérite au moins d’être posée.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

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