La formation décennale à la sécurité poursuit son déploiement dans toute la France. Vendredi 23 octobre, une vingtaine de chasseurs ardennais ont participé à une session mêlant théorie et exercices pratiques. Une démarche initiée par le monde cynégétique lui-même, alors que les derniers chiffres de l’Office français de la biodiversité confirment une baisse de 49 % des accidents de chasse en vingt ans.
Dans les Ardennes, les chasseurs révisent leurs fondamentaux
Vendredi 23 octobre, au siège de la Fédération départementale des chasseurs des Ardennes, à Saint-Laurent, près de Charleville-Mézières, une vingtaine de chasseurs ont consacré leur matinée à une remise à niveau des règles de sécurité. Au programme : analyse des accidents de chasse, reconstitutions de situations dangereuses, rappel des consignes et exercices pratiques de manipulation des armes. Cette dernière dimension présente un intérêt particulier. Car si tous les chasseurs doivent suivre une formation décennale, rien n’oblige les fédérations à organiser des exercices pratiques. Dans les Ardennes, elles ont choisi d’aller au-delà du programme théorique. Luc, formateur au permis de chasser, insiste notamment sur l’importance de montrer directement les bons gestes, qu’il s’agisse du port de l’arme ou du comportement à adopter en présence d’autres usagers de la nature. Un enseignement utile, y compris pour les chasseurs expérimentés. Thomas, titulaire du permis depuis 25 ans, reconnaît ainsi avoir pris certaines mauvaises habitudes, notamment celle de placer trop tôt son doigt sur la détente lorsqu’il épaule son arme. Autant de réflexes qu’une formation permet de corriger avant qu’ils ne conduisent à un accident.
Une initiative du monde de la chasse
Il convient de rappeler un élément trop souvent passé sous silence : la formation décennale à la sécurité n’est pas née d’une initiative des opposants à la chasse. C’est bien la Fédération nationale des chasseurs (FNC) qui a porté cette mesure, dans le cadre de sa politique de prévention des accidents. Elle en a toujours d’ailleurs explicitement revendiqué la paternité. La démarche a ensuite été inscrite dans la loi du 24 juillet 2019, puis précisée par un arrêté ministériel du 5 octobre 2020, qui l’a rendue obligatoire pour l’ensemble des chasseurs. Le programme national a été élaboré par la FNC après avis de l’Office français de la biodiversité (OFB), tandis que son organisation relève des fédérations départementales. Gratuite et sans examen éliminatoire, cette formation doit être renouvelée tous les dix ans. Les détenteurs d’un permis de chasser disposent d’une première échéance fixée à octobre 2030 pour satisfaire à cette obligation.
Derrière son ordinateur ou avec un formateur
Deux possibilités s’offrent aux chasseurs pour effectuer cette remise à niveau. La première consiste à suivre la formation à distance, directement depuis son ordinateur. Accessible par l’intermédiaire des fédérations qui proposent cette formule, elle permet de parcourir les quatre modules consacrés à l’accidentologie, aux situations dangereuses, aux consignes de sécurité et à l’action des structures fédérales. Des questions intermédiaires permettent de vérifier que le participant a bien suivi les différents chapitres. Une fois le parcours terminé, la formation est enregistrée et sa réalisation apparaît sur la validation annuelle du permis. L’autre possibilité est de participer à une session en présentiel, généralement organisée sur une demi-journée. Cette seconde formule permet un échange direct avec les formateurs et, lorsque la fédération le prévoit, des exercices pratiques sur la manipulation des armes. C’est précisément tout l’intérêt du dispositif ardennais. Visionner une reconstitution d’accident est une chose ; reproduire correctement les gestes de sécurité sous le regard d’un formateur en est une autre. Cette approche est particulièrement intéressante pour les titulaires de permis anciens. Certains chasseurs ont obtenu leur titre avant l’instauration de l’examen obligatoire en 1976. Si une formation pratique était déjà imposée aux candidats dès 1989, l’épreuve pratique éliminatoire n’a été généralisée qu’en 2003
Les accidents ont diminué de 49 % en vingt ans
Les efforts consacrés depuis plusieurs décennies à la formation et à la prévention trouvent un écho dans les statistiques officielles. Selon le dernier bilan de l’OFB, la saison 2025-2026 a enregistré 92 accidents de chasse, dont 4 mortels. Il s’agit du plus faible nombre d’accidents mortels recensé depuis le début du suivi statistique. À titre de comparaison, la saison précédente avait enregistré 100 accidents, dont 11 mortels. Sur vingt ans, le nombre total d’accidents de chasse a diminué de 49 %. Une évolution considérable qui traduit notamment les progrès réalisés en matière de formation initiale, de sensibilisation et de sécurité dans l’organisation des chasses collectives. Autre donnée importante : 89 % des victimes recensées en 2025-2026 étaient des chasseurs. Aucun non-chasseur n’a perdu la vie lors d’un accident de chasse pour la quatrième saison consécutive. Ces résultats ne doivent cependant pas conduire au relâchement. L’OFB a également enregistré 122 incidents sans blessure corporelle, notamment des tirs ayant occasionné des dégâts matériels. Les manipulations dangereuses demeurent particulièrement préoccupantes : les auto-accidents représentent 39 % des accidents de la dernière saison.
La sécurité, une responsabilité permanente
La formation décennale ne constitue évidemment pas une garantie absolue contre les accidents. Elle s’inscrit néanmoins dans une démarche de prévention continue, dont les chasseurs sont les premiers acteurs. Respect des angles de sécurité, identification formelle du gibier, maîtrise de la direction du canon, doigt maintenu hors de la détente jusqu’au moment de tirer : autant de règles élémentaires qui doivent devenir des automatismes. Dans les Ardennes, environ la moitié des chasseurs concernés ont déjà effectué leur formation. Les prochaines sessions programmées au printemps affichent presque complet, signe de l’intérêt porté à cette remise à niveau. Le développement des formations comportant une dimension pratique mérite d’être encouragé. Car les gestes que l’on répète correctement sont souvent ceux que l’on reproduit naturellement sur le terrain. Avec près de la moitié des accidents éliminés en vingt ans, le monde de la chasse a démontré sa capacité à améliorer durablement la sécurité de sa pratique. L’objectif reste néanmoins inchangé : parvenir, un jour, à ne plus déplorer aucune victime.












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