À Saint-Bris-le-Vineux, dans l’Yonne, l’ouverture générale de ce dimanche 20 septembre avait une saveur particulière pour la famille Leclerc. Sébastien chasse déjà avec son fils depuis trois ans. Cette saison, sa fille Célia les rejoint à son tour. Une première ouverture qui raconte aussi une autre réalité de la chasse française : celle d’une passion qui continue à se transmettre entre générations et attire progressivement davantage de femmes.
Une première ouverture très attendue
Pour certains chasseurs, la nuit précédant l’ouverture est toujours un peu plus courte que les autres. Cette année, chez les Leclerc, la plus impatiente n’était peut-être pas celle que l’on aurait imaginée. « C’était pas moi le premier prêt ce matin », plaisante Sébastien au micro d’ICI Auxerre. Sa fille Célia attendait en effet cette journée depuis plusieurs mois. Révisions pour le permis, équipement, séances de ball-trap : la jeune chasseresse avait soigneusement préparé son entrée dans le monde de la chasse. « Ça fait déjà depuis le mois de mai que je commence à réviser, où je dis que j’ai hâte d’aller à la chasse, j’ai commencé à acheter mes habits avant, j’ai commencé à faire du ball-trap, je suis investie à 100 % », raconte-t-elle. Dimanche, il ne s’agissait donc pas simplement pour elle d’assister à une partie de chasse. Célia faisait véritablement ses premiers pas de chasseresse aux côtés de son père et de son frère.
Chasser pour passer du temps avec les siens
Et lorsqu’elle explique pourquoi elle a décidé de passer son permis, Célia donne une réponse qui résume probablement une dimension de la chasse rarement perçue en dehors du monde rural : la transmission familiale. Elle raconte avoir toujours été attirée par le gibier et l’univers de la chasse depuis son enfance. Mais, devenue adulte, une autre motivation s’est imposée. « En grandissant on se rend compte qu’on ne passe pas assez de temps avec nos proches et du coup moi j’ai décidé de passer mon permis de chasser pour passer du temps avec ma famille. ». Une phrase simple qui en dit beaucoup. Pour cette famille de Saint-Bris-le-Vineux, la chasse devient un rendez-vous partagé entre un père, son fils et désormais sa fille. Le permis n’est plus seulement la transmission d’une pratique. Il devient aussi une manière de conserver des moments ensemble, dehors, sur le territoire où la famille vit.
Les femmes prennent progressivement leur place
Célia reste évidemment minoritaire dans un univers cynégétique encore très masculin. Mais elle assure ne ressentir aucun décalage particulier. Son entourage compte déjà beaucoup de chasseurs et elle constate surtout une évolution parmi les nouveaux candidats au permis. « Maintenant, ça se diversifie. Quand j’étais dans la salle pour passer la théorie, il y avait beaucoup de femmes, de tous âges. ». Une observation intéressante alors que le nombre total de chasseurs continue, lui, de s’éroder dans l’Yonne. Selon les éléments recueillis par ICI Auxerre auprès de la Fédération départementale des chasseurs, celle-ci anticipe une baisse pouvant atteindre 6 % cette saison et environ 8 500 validations. Dans ce contexte, l’arrivée de jeunes chasseurs et de nouvelles chasseresses constitue forcément un enjeu important pour le renouvellement des générations.
« La sécurité à la chasse, c’est vraiment la base »
Célia sait également qu’elle rejoint une activité régulièrement critiquée. Mais plutôt que d’entrer dans une confrontation stérile, elle invite ceux qui connaissent mal la chasse à venir observer sa pratique sur le terrain : « Tant qu’on n’a pas essayé ou tant qu’on n’est pas venu avec nous voir notre environnement et voir notre état d’esprit, comment on chasse réellement… ». Elle insiste surtout sur un aspect qui l’a marquée au cours de sa formation : la sécurité. « Le but de passer le permis de chasser, ce n’est pas le but de savoir tirer, c’est vraiment la sécurité avant tout. ». Elle cite notamment le respect des angles de 30 degrés au poste ou encore le déplacement avec une arme déchargée avant de conclure : « La sécurité à la chasse c’est vraiment la base. ». Une remarque loin d’être anecdotique. L’examen du permis de chasser ne consiste effectivement pas à démontrer son aptitude au tir : les comportements dangereux sont éliminatoires et les exercices pratiques sont largement consacrés à la manipulation sécurisée des armes, ce qui explique entre autres la forte diminution des accidents ces 20 dernières années.
Un gibier marqué par la sécheresse
Cette ouverture intervient par ailleurs après un été particulièrement chaud et sec dans l’Yonne. Sébastien Leclerc dit en observer les conséquences sur le terrain, notamment chez le chevreuil. « Les petits sont vraiment petits, ils ont plus souffert. Il y avait moins de verdure, il y avait moins de choses à manger », constate-t-il. Le président de la FDC89, Olivier Lecas, avait lui-même appelé quelques jours avant l’ouverture à concentrer davantage la pression de chasse sur le grand gibier, jugé moins affecté par la sécheresse que certaines espèces de petit gibier. Le sanglier reste évidemment au centre des préoccupations. Le département supporte depuis plusieurs années des populations importantes et des dégâts agricoles qui conduisent chasseurs et services de l’État à maintenir une forte pression de prélèvement. Le sanglier peut d’ailleurs être chassé dans l’Yonne depuis le 1er juin dans le cadre du plan de chasse, bien avant l’ouverture générale du 20 septembre. Mais pour Célia, cette ouverture 2026 restera d’abord celle d’une première fois. Celle où, après avoir longtemps regardé les chasseurs de sa famille partir sans elle, elle a enfin pu prendre le chemin des champs et des bois à leurs côtés. Une petite histoire familiale qui illustre plutôt joliment ce dont la chasse a besoin pour continuer à vivre : des jeunes, des femmes et, surtout, l’envie de transmettre.












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