Depuis plus de 40 ans, JP. Bernon Safaris organise des séjours de chasse à travers le monde pour des chasseurs français et francophones, tout en accueillant également une clientèle internationale en France. Lors du colloque consacré à l’économie de la chasse à l’Assemblée nationale, Philippe Bernon a détaillé les retombées économiques de cette clientèle étrangère, qui séjourne plusieurs jours sur les territoires et fait travailler de nombreux acteurs de l’hébergement, de la restauration, du transport et de la chasse.
Une agence historique qui développe « Hunting France »
Créée il y a plus de 40 ans par Jean-Pierre Bernon, JP. Bernon Safaris exerce aujourd’hui deux activités complémentaires. L’agence accompagne des chasseurs français et francophones dans différentes destinations à travers le monde, notamment en Afrique et en Amérique du Nord, mais elle organise également des séjours de chasse en France pour une clientèle internationale. Cette seconde activité, longtemps limitée à quelques clients étrangers, a progressivement pris de l’ampleur. « Depuis quelques années, nous avons décidé d’en faire un véritable département que nous avons tout simplement appelé “Hunting France” parce que nous pensons que le potentiel français auprès de cette clientèle est sous-exploité », explique Philippe Bernon.
Une France encore méconnue comme destination de chasse
Les chasseurs étrangers viennent en France pour des raisons très différentes. Certains recherchent une espèce particulière, comme le chamois, le mouflon, le brocard ou le cerf. D’autres souhaitent découvrir un mode de chasse ou une tradition cynégétique. Mais une partie de cette clientèle recherche surtout une expérience française complète. « Ils viennent pour découvrir nos traditions, notre manière de chasser, nos territoires, et aussi, évidemment, tout ce qui accompagne le séjour. La gastronomie, les vins, les hébergements, l’art de vivre à la française », détaille Philippe Bernon. Selon lui, la France bénéficie d’une forte notoriété internationale pour son tourisme, sa gastronomie et son patrimoine, mais reste beaucoup moins identifiée comme une destination de chasse par les chasseurs étrangers, notamment hors d’Europe.

Des séjours qui font travailler de nombreux acteurs
La particularité de cette clientèle est qu’elle vient de loin et reste généralement plusieurs jours sur place. Elle utilise donc davantage les hébergements, les restaurants, les transports et les services liés à l’organisation du séjour. Pour mesurer concrètement ces retombées, JP. Bernon Safaris a étudié 12 dossiers de la saison 2025 représentant 20 chasseurs étrangers. Sur ces seuls dossiers, l’agence a identifié environ 140 000 euros de dépenses directement injectées dans l’économie française : territoires de chasse, guides et professionnels cynégétiques, hébergement, restauration, permis, transports, véhicules et logistique. « Nous n’avons pas voulu injecter notre marge pour montrer exactement les dépenses qui sont directement injectées à tous les prestataires », précise Philippe Bernon.
140 000 euros qui ne représentent qu’une partie des retombées
Ce montant ne prend en effet pas en compte plusieurs dépenses liées au séjour. L’agence n’a notamment pas intégré les prestations réalisées après la chasse, alors que celles-ci peuvent mobiliser différents professionnels. Pour le grand gibier, les trophées doivent être préparés, éventuellement confiés à un taxidermiste, conditionnés puis expédiés vers le pays de résidence du chasseur, avec les formalités administratives et sanitaires nécessaires. Les dépenses touristiques réalisées avant, pendant et après le séjour n’ont pas non plus été comptabilisées. « L’impact réel de ces 20 chasseurs sur l’économie française est nettement supérieur aux 140 000 euros », estime Philippe Bernon.
La chasse et le tourisme se renforcent mutuellement
Les accompagnants constituent également une partie importante de cette économie. Épouses, enfants, proches ou amis peuvent profiter du séjour pour découvrir la France, sa gastronomie, ses vins, son patrimoine ou encore ses villes. Pour Philippe Bernon, la relation entre chasse et tourisme fonctionne d’ailleurs dans les deux sens. Certains chasseurs choisissent la France parce que leurs proches souhaitent y voyager, tandis que d’autres ont déjà prévu un séjour touristique et ajoutent quelques journées de chasse à leur programme. Sur les 12 dossiers étudiés, huit s’inscrivaient dans un voyage touristique plus large. « Dans les deux cas, la chasse et le tourisme se renforcent mutuellement », résume-t-il.
Une clientèle qui arrive dans les territoires et hors saison
La chasse permet également d’attirer cette clientèle internationale dans des territoires qui ne bénéficient pas nécessairement d’une forte fréquentation touristique étrangère. Les séjours organisés par JP. Bernon Safaris concernent notamment des zones forestières, rurales ou montagneuses, souvent en octobre, novembre ou décembre. Des périodes qui correspondent aussi à des moments où l’activité touristique est plus faible. « La chasse n’est pas du tout un tourisme de masse, mais c’est un tourisme de niche à haute contribution », souligne Philippe Bernon. Pour les hôtels, les restaurants et les autres prestataires locaux, cette clientèle peut ainsi représenter une activité supplémentaire à une période où les établissements sont moins remplis.
Des financements qui peuvent aussi contribuer à la conservation
Les retombées ne se limitent pas aux dépenses réalisées pendant les séjours. Philippe Bernon évoque également la participation de certains chasseurs internationaux au financement de projets de conservation en France. Des organisations internationales, notamment américaines mais dont les membres viennent du monde entier, soutiennent ainsi des projets portés par des associations locales de chasseurs. Ces financements peuvent servir à l’aménagement des territoires, à la réouverture de milieux ou encore à la réalisation de comptages. « Ces participations les aident beaucoup », explique-t-il, en soulignant que les structures locales disposent parfois de moyens limités.

Un potentiel français encore largement inexploité
Pour Philippe Bernon, la France possède pourtant de nombreux atouts pour devenir une destination internationale de chasse davantage identifiée. « Nous avons énormément d’atouts, nous avons beaucoup d’espèces chassables, des territoires très différents, des traditions, un nombre de chasses très important, et en plus d’excellentes infrastructures pour accueillir les clients et leurs accompagnants », rappelle-t-il. Il cite notamment l’exemple espagnol, avec une étude réalisée en 2023 pour la fondation Artemisan qui estime à plus de 8,5 milliards d’euros les dépenses liées à la chasse en Espagne et indique que 25,4 % des revenus générés par les organisateurs professionnels de chasse proviennent de chasseurs étrangers.
90 millions d’euros selon une hypothèse prudente
Philippe Bernon reste toutefois prudent lorsqu’il s’agit d’extrapoler les données de son agence à l’ensemble du marché français. Sur les dossiers étudiés, JP. Bernon Safaris a calculé environ 7 000 euros injectés directement dans l’économie française par chasseur. Mais cette clientèle dispose, selon lui, d’un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne des chasseurs étrangers accueillis en France. Pour raisonner de manière plus prudente, il propose donc de retenir une hypothèse de 4 500 euros par chasseur étranger pour un séjour d’environ une semaine. En prenant comme base les quelque 20 000 chasseurs étrangers venus chasser en France en 2025, cela représenterait théoriquement 90 millions d’euros directement injectés dans l’économie française. Cette estimation reste cependant un ordre de grandeur : elle ne comprend ni les accompagnants, ni les séjours touristiques plus larges, ni les prestations réalisées après la chasse.











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