Et si, pour une fois, les discussions sur l’équilibre forêt-gibier partaient vraiment du terrain ? C’est le pari de l’Association Nationale des Chasseurs de Grand Gibier (ANCGG), qui développe, avec ses partenaires, un réseau de sites pilotes pour observer la forêt, comprendre l’impact du grand gibier et avancer ensemble. Dix-sept sites sont déjà en place, avec une ambition claire : en créer deux à trois dans chaque département.
Les échanges entre chasseurs et forestiers reviennent souvent aux mêmes questions. Y a-t-il trop de cervidés ? Les dégâts sont-ils si importants ? La forêt se régénère-t-elle correctement ? Chacun arrive avec son vécu, ses observations… et parfois ses certitudes. Pour sortir de ces discussions qui tournent en rond, l’ANCGG mise sur quelque chose de très concret : des sites pilotes où tout le monde observe la même chose, de la même manière. L’idée est simple : avant de débattre, il faut déjà regarder la même réalité.
Des laboratoires à ciel ouvert
Ces sites pilotes sont avant tout des terrains d’observation. Au fil des saisons, chasseurs, forestiers et gestionnaires suivent ensemble l’évolution de la forêt. Ils observent les jeunes pousses, regardent comment elles se développent et évaluent l’impact du grand gibier à l’aide de critères communs. L’objectif n’est pas de produire de grandes statistiques nationales, mais de comprendre ce qui se passe localement. Car une forêt de montagne ne fonctionne pas comme une forêt de plaine, et chaque territoire possède ses propres équilibres. Petit à petit, ces sites deviennent des lieux d’échange où chacun peut confronter son regard à celui des autres.
Une méthode commune pour mieux se comprendre
Pour que ces observations aient du sens, elles reposent sur une méthode partagée, développée avec le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF). Même fiches de terrain, même protocole : tout le monde travaille avec les mêmes repères. Cela peut sembler simple, mais cela change beaucoup de choses. Lorsque les constats sont réalisés ensemble, les discussions deviennent plus apaisées. On ne parle plus de ce que chacun pense voir, mais de ce qui a réellement été observé sur le terrain.
Déjà 17 sites… et une ambition nationale
Aujourd’hui, 17 sites pilotes sont déjà en fonctionnement. L’objectif est désormais d’étendre progressivement ce réseau, avec deux à trois sites dans chaque département. À terme, cela permettrait de disposer d’une vision plus fidèle de la diversité des forêts françaises et d’appuyer les décisions locales sur des observations concrètes.
Une autre manière de travailler ensemble
Au-delà de l’aspect technique, cette démarche traduit une évolution dans la manière d’aborder ces sujets. Pendant longtemps, l’équilibre forêt-gibier a été source de tensions. Ici, l’idée est différente : créer des espaces où l’on observe ensemble, où l’on échange et où les décisions se construisent collectivement. Ces sites pilotes ne feront pas disparaître tous les désaccords, mais ils offrent un point de départ solide pour avancer. Et au fond, c’est peut-être cela le plus important : rappeler que le dialogue commence souvent par quelque chose de simple… regarder la même chose, au même endroit, au même moment.












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