En Suisse, le débat autour de la régulation des grands prédateurs ne concerne plus uniquement le loup. Dans le canton du Valais, plusieurs voix commencent désormais à réclamer l’ouverture d’une réflexion sur le lynx, dont les effectifs sont en nette progression depuis quelques années. Une situation qui inquiète une partie du monde cynégétique local, notamment dans certaines zones de montagne où les populations de chamois et de chevreuils semblent en recul. Selon le média suisse Watson, des discussions seraient actuellement en cours autour d’un éventuel projet pilote de tirs de régulation ciblés. Rien d’officiel à ce stade, mais plusieurs responsables reconnaissent que le sujet n’est plus tabou dans le canton alpin.
« Des voix s’élèvent en Valais »
Le président de la Diana Romande, Jean-Frédéric Sierro, confirme ainsi que « des voix s’élèvent en Valais en raison d’une baisse de gibier dans certaines régions ». Il évoque également « une certaine envie d’ouvrir la discussion » autour d’un éventuel tir de régulation. Cette montée des tensions intervient alors que le lynx connaît une progression importante dans le canton. D’après les données relayées par le professeur Raphaël Arlettaz, biologiste de la conservation à l’Université de Berne, le Valais ne comptait plus que quelques individus il y a une dizaine d’années. Depuis 2020, la situation a fortement évolué avec près de 30 lynx indépendants recensés durant l’hiver 2024-2025 ainsi que plusieurs portées. Pour certains chasseurs locaux, cette augmentation commencerait à avoir des conséquences visibles sur certaines populations de gibier de montagne. Des inquiétudes qui ne concernent pas uniquement la faune sauvage puisque plusieurs attaques sur des animaux de rente ont également été signalées dans les alpages ces derniers mois.
Une espèce protégée mais un débat qui évolue
Le lynx reste aujourd’hui une espèce strictement protégée en Suisse et aucune décision officielle n’a été prise concernant d’éventuels tirs dans le Valais. Les autorités cantonales restent prudentes et attendent notamment les résultats des analyses de la fondation KORA, chargée du suivi scientifique des grands carnivores. Du côté de l’Office fédéral de l’environnement, on rappelle également qu’aucune demande formelle n’a encore été déposée. Pour autant, le cadre légal suisse prévoit déjà certaines possibilités de régulation dans des situations bien précises. La législation fédérale autorise en effet des interventions ciblées lorsque la présence du lynx provoque des impacts importants sur les populations de proies sauvages ou sur les élevages.
Un sujet sensible mais pas forcément incompatible avec la conservation
Comme souvent lorsqu’il est question des grands prédateurs, le sujet divise fortement entre défenseurs d’une protection stricte et partisans d’une gestion plus pragmatique des populations. Les biologistes favorables à la protection du lynx rappellent que l’espèce avait quasiment disparu du Valais il y a quelques années encore, notamment à cause du braconnage. Ils considèrent son retour comme une réussite écologique importante. Mais dans les territoires de montagne, certains acteurs estiment aussi qu’il devient difficile d’ignorer les conséquences locales de cette expansion. Pour plusieurs responsables cynégétiques suisses, ouvrir la discussion sur une régulation encadrée ne signifie pas remettre en cause la présence du lynx ni chercher à éradiquer l’espèce. Le débat qui s’ouvre aujourd’hui en Suisse ressemble finalement de plus en plus à celui déjà observé autour du loup : comment concilier le retour durable des grands prédateurs avec les réalités du terrain, la gestion du gibier et la protection des activités pastorales. Dans le Valais, une chose semble désormais certaine : la question du lynx n’est plus un sujet marginal.
Et en France ?
En France, la situation reste toutefois très différente de celle observée dans certaines régions suisses. Le lynx boréal demeure une espèce fragile sur le territoire national, avec une population estimée autour de 150 individus principalement répartis entre le massif jurassien, les Alpes et quelques secteurs vosgiens. Plusieurs études rappellent d’ailleurs que l’espèce souffre encore d’un manque de diversité génétique et reste menacée à long terme. Pour autant, la présence du lynx suscite aussi régulièrement des interrogations dans certains territoires de montagne, notamment concernant son impact sur les populations de chevreuils et de chamois ainsi que sur quelques attaques ponctuelles d’animaux domestiques. Depuis plusieurs années, des suivis sont d’ailleurs menés conjointement par l’Office français de la biodiversité et certaines fédérations départementale des chasseurs afin d’évaluer précisément les interactions entre le prédateur et les populations d’ongulés sauvages dans le massif jurassien. En Suisse comme en France, la question des grands prédateurs devient de plus en plus sensible à mesure que leurs populations progressent et recolonisent certains territoires ruraux. Pour beaucoup d’acteurs du terrain, évoquer une régulation ciblée dans certaines zones ne signifie pas forcément remettre en cause la présence même de l’espèce, mais plutôt ouvrir le débat sur une gestion adaptée aux réalités locales.












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