Lac de Grand-Lieu : les chasseurs attaquent l’État en justice

Botulisme Lac de Grand-Lieu(44)

Deux associations de chasseurs de gibier d’eau de Loire-Atlantique ont décidé de déposer un recours contre l’État et le préfet concernant la gestion du niveau d’eau du lac de Grand-Lieu en 2025. Au-delà de la question cynégétique, elles estiment que certaines décisions ont contribué à dégrader un écosystème déjà fragilisé, avec des conséquences dramatiques sur l’avifaune sauvage.

Une action en justice après l’épisode de botulisme de 2025

Le dossier du lac de Grand-Lieu revient une nouvelle fois sur le devant de la scène. L’Association départementale des chasseurs de gibier d’eau de Loire-Atlantique (ADCGELA) et l’Association des sauvaginiers du lac de Grand-Lieu ont annoncé leur intention de déposer un recours contre l’État et le préfet de Loire-Atlantique. Les deux structures contestent la gestion hydraulique du lac durant l’année 2025. Elles estiment que les prescriptions définies par l’arrêté préfectoral du 19 mars 2015 n’ont pas été respectées et que certaines décisions ont pu contribuer à dégrader les conditions écologiques de cette vaste zone humide classée Natura 2000. Le recours intervient dans un contexte particulier. L’été dernier, une importante épizootie de botulisme avait provoqué la mort de plusieurs milliers d’oiseaux au sein de la réserve naturelle, suscitant une vive émotion parmi les usagers du site.

Les chasseurs défendent la préservation de l’écosystème

Pour les associations requérantes, la question dépasse largement le cadre de la chasse. Elles considèrent que la gestion du niveau d’eau joue un rôle essentiel dans l’équilibre biologique du lac. Selon Arnaud Oheix, président de l’ADCGELA, un abaissement trop important du niveau d’eau réduit l’oxygénation du milieu et favorise les conditions propices au développement du botulisme. Les chasseurs estiment ainsi que les événements de 2025 démontrent l’importance d’une gestion hydraulique rigoureuse afin de préserver la faune sauvage. Cette position s’inscrit dans un engagement ancien des chasseurs locaux pour la conservation des habitats humides. Le lac de Grand-Lieu constitue en effet l’un des plus importants réservoirs de biodiversité de l’ouest de la France, accueillant chaque année des milliers d’oiseaux migrateurs et nicheurs.

Un équilibre difficile entre enjeux agricoles et environnementaux

Le débat autour du niveau d’eau du lac n’est pas nouveau. Chaque année, les autorités régulent les niveaux hydrauliques à travers le vannage de Bouaye. En hiver, le lac peut dépasser les 6 000 hectares de superficie avant de se rétracter progressivement au printemps et en été afin de permettre l’exploitation des prairies par les agriculteurs. De leur côté, les éleveurs du marais rappellent l’importance économique de ces terrains pour leurs exploitations. Certains évoquent les difficultés rencontrées lors des années particulièrement humides, avec des pertes de fourrages et des achats coûteux d’aliments pour le bétail. Cette opposition entre usages agricoles et préservation des milieux naturels illustre toute la complexité de la gestion du lac de Grand-Lieu. Les gestionnaires de la réserve reconnaissent eux-mêmes qu’aucun niveau d’eau idéal ne permet de satisfaire l’ensemble des acteurs du territoire.

De nouvelles négociations en perspective

Le sujet pourrait rapidement revenir au cœur des discussions locales. L’arrêté préfectoral qui encadre actuellement la gestion hydraulique du lac arrive en effet à échéance cette année. Les futures négociations devront tenir compte des nombreux défis auxquels est confrontée cette zone humide exceptionnelle : dégradation de la qualité des eaux, prolifération d’espèces invasives comme la jussie ou le ragondin, préservation des habitats naturels et maintien des activités humaines traditionnelles. À travers leur recours, les deux associations de chasseurs entendent rappeler que la défense des zones humides et de la biodiversité constitue également une préoccupation majeure du monde cynégétique. Pour elles, la gestion du lac ne peut se limiter à des considérations économiques ou administratives, mais doit avant tout garantir la pérennité d’un patrimoine naturel unique en France.

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