Alors que la France traverse un second épisode de canicule, plusieurs associations anti-chasse demandent la suspension immédiate de la chasse au nom de la protection de la faune sauvage. Une demande portée notamment par Nos Viventia, l’ASPAS et Pierre Rigaux. Cet appel passe évidemment sous silence ce qu’ils n’oseront jamais admettre : celle des chasseurs qui, toute l’année, gèrent, entretiennent et restaurent des milieux devenus essentiels à la survie de nombreuses espèces.
Oui, les animaux souffrent de la chaleur… les chasseurs le savent aussi
Sur ce point, il n’y a pas de débat. Les épisodes de canicule mettent la faune sauvage sous pression. Les points d’eau s’assèchent, certains jeunes oiseaux succombent à la chaleur et les incendies détruisent en ce moment plusieurs territoires dans les Pyrénées Orientales. Les chasseurs sont souvent les premiers à le constater, simplement parce qu’ils passent plusieurs centaines d’heures par an sur le terrain. Mais faut-il pour autant interdire toute chasse dès que Météo-France place un département en vigilance canicule ? La réponse est bien moins évidente que ne le présentent les associations.
Premier oubli : la chasse d’été reste extrêmement limitée
À lire certains communiqués, on pourrait croire que des milliers de chasseurs parcourent les forêts françaises en plein après-midi sous 40 °C. La réalité est tout autre. Au début de l’été, seules quelques espèces font l’objet d’ouvertures anticipées très encadrées : principalement le chevreuil, le sanglier et le renard. Les prélèvements restent très limités par rapport à ceux réalisés à l’automne. Surtout, ces sorties se déroulent presque exclusivement à l’aube ou au crépuscule, lorsque les températures sont les plus basses et que les animaux sont naturellement en activité.
Deuxième oubli : les chasseurs adaptent déjà leurs pratiques
Les associations réclament une suspension automatique de la chasse. Mais elles semblent ignorer une réalité : lorsque les températures deviennent extrêmes, de nombreux chasseurs adaptent déjà leurs pratiques. Sorties raccourcies, affûts annulés, horaires modifiés ou interventions limitées aux situations jugées nécessaires. Autrement dit, la responsabilité qu’elles réclament existe déjà dans de très nombreux territoires, sans qu’un décret national soit nécessaire.
Troisième oubli : qui entretient les mares lorsque tout est sec ?
C’est probablement le paradoxe le plus frappant. Dans leur tribune, les associations évoquent des animaux qui meurent de soif. Elles ont raison. Mais elles oublient de dire qui entretient, restaure ou crée des milliers de mares partout en France. Depuis des décennies, les fédérations départementales des chasseurs financent le curage d’anciennes mares, restaurent des zones humides, créent des points d’eau, entretiennent les roselières et participent à la gestion hydraulique de nombreux marais. Ces aménagements profitent évidemment aux espèces chassables, mais également aux amphibiens, aux hérissons, aux libellules, aux chauves-souris, aux oiseaux insectivores et à une multitude d’espèces qui ne seront jamais chassées. Lorsqu’une canicule survient, ces mares et ces zones humides deviennent parfois les derniers refuges disponibles pour la faune.
Quatrième oubli : la canicule ne suspend pas les dégâts agricoles
La sécheresse ne fait pas disparaître les sangliers. Elle produit souvent l’effet inverse. Lorsque les ressources naturelles diminuent, les animaux se concentrent davantage autour des cultures irriguées où l’eau et la nourriture restent disponibles. Les dégâts agricoles peuvent alors augmenter précisément pendant ces périodes. Faut-il empêcher toute intervention pendant plusieurs semaines ? La question mérite au moins d’être posée. Car ce sont les chasseurs qui financent chaque année l’indemnisation des dégâts de grand gibier, pour plusieurs dizaines de millions d’euros.
Cinquième oubli : les incendies n’ont rien à voir avec la chasse d’été
L’article établit un parallèle entre les incendies et les tirs. Le rapprochement est avant tout émotionnel. Les incendies sont alimentés par la sécheresse, le vent, la végétation desséchée et, dans leur immense majorité, par des activités humaines sans lien avec la chasse : travaux agricoles, véhicules, mégots, lignes électriques ou actes de malveillance. Les quelques chasseurs pratiquant l’affût à l’aube ne constituent évidemment pas un facteur de propagation des feux de forêt.
Une même logique pour toutes les activités de pleine nature ?
Les associations demandent une suspension automatique de la chasse. Demandent-elles également la fermeture des sentiers de randonnée ? L’interdiction du VTT en forêt ? L’arrêt des travaux forestiers ? La fermeture de certaines activités de loisirs en milieu naturel ? Ou bien seule la chasse devrait-elle être concernée ? Si l’objectif est réellement de limiter le dérangement de la faune pendant les épisodes de canicule, la cohérence voudrait que l’ensemble des activités humaines soit examiné avec la même exigence.
Le débat mérite mieux que des slogans
Personne ne conteste que les épisodes de canicule fragilisent la faune sauvage. En revanche, réduire les chasseurs à leurs seuls prélèvements tout en passant sous silence leur rôle dans la restauration des mares, la gestion des zones humides, la création de points d’eau, le suivi de la faune ou encore la prévention des dégâts agricoles ne permet pas d’avoir un débat équilibré. La protection de la biodiversité ne se résume pas à demander des interdictions. Elle repose aussi sur un travail quotidien, souvent discret, mené sur le terrain par des milliers de bénévoles. Et cette réalité mérite, elle aussi, d’être portée à la connaissance du grand public.












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