Les uns parlent de dégâts, les autres de situations parfois exagérées. Depuis des années, le sujet de l’équilibre forêt-gibier alimente les tensions entre chasseurs et forestiers. Plutôt que d’ajouter une nouvelle polémique, l’ANCGG et le Centre National de la Propriété Forestière ont choisi une autre voie : mettre tout le monde autour de la même méthode d’observation. Une démarche discrète, mais qui pourrait bien changer la façon dont le dialogue s’organise sur le terrain.
Sur un même massif forestier, il n’est pas rare que deux personnes portent un regard complètement différent. Le propriétaire voit parfois des milliers de jeunes pousses compromises par la dent du gibier. Le responsable de chasse, lui, estime que la forêt se régénère correctement et que les prélèvements réalisés sont adaptés. Qui a raison ? Bien souvent, chacun… avec les éléments dont il dispose. C’est justement de ce constat qu’est née une réflexion commune entre l’Association Nationale des Chasseurs de Grand Gibier (ANCGG) et le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF). Plutôt que de débattre sans fin, pourquoi ne pas commencer par regarder les mêmes choses, de la même manière ?
Partir des faits
La méthode Brossier-Pallu est née de cette idée toute simple. Avant de parler plans de chasse, densités ou dégâts, il faut être capable d’établir un diagnostic partagé. Pour y parvenir, chasseurs et forestiers utilisent les mêmes fiches de terrain et observent les mêmes critères lorsqu’ils évaluent la régénération d’une parcelle. L’objectif n’est pas de convaincre l’autre qu’il a tort. Il est de partir d’une photographie commune de la situation. Cela peut sembler évident. Pourtant, dans un dossier aussi sensible que l’équilibre forêt-gibier, disposer d’un langage commun constitue déjà une avancée.
Un indicateur pour ouvrir le dialogue
La méthode retient notamment un seuil de 15 % de jeunes plants présentant des dégâts. Là encore, il ne s’agit pas d’un chiffre magique ni d’une règle figée. Ce seuil sert avant tout de point d’alerte. Lorsqu’il est atteint ou dépassé, il invite les différents acteurs à se retrouver sur le terrain pour comprendre ce qui se passe réellement. Car derrière un pourcentage peuvent se cacher des réalités très différentes : une essence particulièrement appétente, un secteur fréquenté ponctuellement par les animaux ou, au contraire, un véritable déséquilibre à corriger.
Tester avant de généraliser
Avant d’être diffusée plus largement, cette approche est expérimentée sur plusieurs sites pilotes. L’objectif est de vérifier qu’elle fonctionne dans des contextes forestiers très différents, mais aussi qu’elle permet réellement de faciliter les échanges entre les acteurs locaux. Au fond, c’est peut-être là que réside l’intérêt principal de cette démarche. On parle souvent des conflits entre chasse et forêt. Beaucoup plus rarement des outils qui permettent de les éviter. En proposant une méthode commune, l’ANCGG et le CNPF ne prétendent pas faire disparaître tous les désaccords. Mais ils montrent qu’il est possible de sortir d’une logique d’opposition permanente pour revenir à quelque chose de beaucoup plus simple : observer ensemble, comprendre ensemble… puis décider ensemble. Et dans le contexte actuel, cette philosophie vaut sans doute autant que la méthode elle-même.












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