À seulement 39 ans, Nicolas Hansen vient de prendre la présidence de la Fédération départementale des chasseurs de l’Aisne, succédant à Franck Demazure. Passionné par la chasse du ptit comme du grand gibier, attaché à la chasse de l’alouette au miroir mais aussi convaincu de la nécessité de moderniser la communication et de s’appuyer sur des données scientifiques solides, il expose pour So Chasse sa vision de la chasse de demain, les priorités de son mandat et les grands défis qui attendent les chasseurs.
So Chasse : Nicolas, vous venez de succéder à Franck Demazure après un vote de confiance du Conseil d’administration. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle responsabilité ?
Nicolas Hansen : C’est évidemment beaucoup de fierté, mais aussi une grande responsabilité. Je connais cette fédération depuis mon plus jeune âge puisque mon père en a été président il y a une vingtaine d’années. Il m’a évidemment permis de découvrir cet univers et surtout de rencontrer énormément de personnes qui m’ont transmis leur passion. Au fil des années, je me suis engagé dans différentes structures associatives et j’ai noué des liens avec de nombreux administrateurs et collaborateurs de la fédération. Ce qui est assez amusant, c’est que certains d’entre eux m’ont connu lorsque j’étais enfant. Lorsque Franck Demazure a annoncé son départ, plusieurs administrateurs ont pensé à moi. Nous avons échangé, j’ai souhaité obtenir un véritable vote de confiance avant d’accepter cette mission, et les choses se sont finalement faites très rapidement.
So Chasse : À seulement 39 ans, vous faites partie d’une nouvelle génération de présidents de fédérations départementales. Pensez-vous que cela apporte une vision différente ?
Nicolas Hansen : Peut-être une approche un peu différente, oui. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’une question d’âge. C’est surtout une question d’engagement et de volonté de faire évoluer les choses tout en respectant ce qui fonctionne déjà. Je m’inscris pleinement dans la continuité du travail réalisé par Franck Demazure et les équipes qui l’entourent. De nombreux chantiers sont déjà engagés et il faut les poursuivre. En revanche, il y a aussi de nouveaux défis auxquels nous devons répondre, notamment sur la communication, la collecte de données ou encore la place de la chasse dans notre société.

So Chasse : Vous pratiquez aussi bien la chasse du grand gibier que celle du petit gibier, des migrateurs ou encore la chasse traditionnelle de l’alouette au miroir. Est-ce important, selon vous, de connaître toutes les facettes de la chasse lorsque l’on préside une fédération ?
Nicolas Hansen : C’est un véritable atout. La chasse m’intéresse dans son ensemble. Je pratique le grand gibier à l’approche, à l’affût et en battue, le petit gibier principalement aux chiens d’arrêt, les migrateurs et tout particulièrement la chasse traditionnelle de l’alouette au miroir. Cette dernière est d’ailleurs souvent méconnue. Beaucoup pensent que le « miroir » attire les oiseaux grâce à la lumière, alors qu’aujourd’hui ce sont simplement les mouvements de la palette qui provoquent leur curiosité. Cette pratique est parfaitement légale et fait partie du patrimoine cynégétique de notre département. Au-delà de la pratique, je suis également très attaché à toute la dimension culturelle de la chasse : son patrimoine, sa gastronomie, ses traditions ou encore la trompe de chasse que je pratique depuis plusieurs années.
So Chasse : Quels seront les grands chantiers qui vont rythmer votre mandat à la tête de la Fédération des chasseurs de l’Aisne ?
Nicolas Hansen : Ils sont nombreux. Nous venons tout juste d’adopter notre nouveau Schéma départemental de gestion cynégétique pour les six prochaines années. J’aime dire que nous avons écrit le sommaire du livre et les titres des chapitres ; il reste désormais à rédiger tout le contenu. Nous allons poursuivre le développement de la formation, renforcer la collecte de données de terrain, structurer davantage la filière venaison, améliorer notre communication auprès des chasseurs comme du grand public et développer les partenariats avec les collectivités locales. Je souhaite également montrer que les chasseurs rendent de véritables services au monde rural. Nos agents interviennent déjà auprès des communes sur différentes problématiques liées à la faune sauvage, au piégeage ou encore aux dépôts sauvages. Cette coopération mérite d’être encore développée car elle démontre que les chasseurs sont des acteurs utiles de leur territoire.
So Chasse : Vous souhaitez également développer la filière venaison dans l’Aisne. Pourquoi est-ce une priorité ?
Nicolas Hansen : Aujourd’hui, la venaison représente un véritable enjeu, à la fois pour les chasseurs et pour notre territoire. Nous devons mieux structurer l’ensemble de la filière, depuis le prélèvement jusqu’à l’assiette. Pour les chasseurs, c’est une réponse à une problématique bien réelle : dans certains secteurs, les tableaux sont importants et il devient parfois difficile de valoriser toute cette viande. En parallèle, de plus en plus de consommateurs recherchent des produits locaux, naturels et de qualité. Nous devons donc créer davantage de passerelles entre ces deux attentes. Cela passe notamment par des partenariats avec le Conseil départemental, les centres de formation des métiers de bouche et l’ensemble des acteurs locaux afin de construire une véritable filière de proximité.
So Chasse : Le recrutement de nouveaux chasseurs constitue également un défi majeur. Comment comptez-vous rendre la chasse plus attractive ?
Nicolas Hansen : Comme partout en France, nous observons une légère baisse du nombre de chasseurs. Il faut donc s’interroger sur les attentes des nouveaux pratiquants plutôt que de partir de nos propres idées reçues. Je souhaite que nous allions les interroger directement : quelles formes de chasse recherchent-ils ? Combien de temps sont-ils prêts à consacrer à leur passion ? Quel budget peuvent-ils y consacrer ? C’est à partir de ces réponses que nous pourrons adapter notre offre. L’un des grands atouts de l’Aisne est justement la diversité de ses territoires et de ses modes de chasse. Nous devons préserver cette richesse, qu’il s’agisse du petit gibier, des migrateurs ou du grand gibier. Je crois aussi beaucoup à une autre approche : permettre à de jeunes chasseurs ou à de nouveaux pratiquants de participer aux travaux d’aménagement des territoires en échange de journées de chasse. Les plus anciens disposent parfois de moyens financiers mais moins de disponibilité physique, alors que les jeunes ont souvent l’envie de s’investir mais pas toujours les moyens de financer une action. Ce modèle peut créer une dynamique gagnant-gagnant.
So Chasse : Le financement des dégâts de grand gibier préoccupe aujourd’hui l’ensemble des fédérations. Quel regard portez-vous sur cette question ?
Nicolas Hansen : C’est certainement l’un des dossiers les plus sensibles des prochaines années. Les dégâts mobilisent énormément de temps, d’énergie et de moyens financiers. Dans l’Aisne, le dossier est bien maîtrisé grâce au travail réalisé par nos équipes, mais nous savons que le modèle actuel est de plus en plus questionné au niveau national. Il faudra probablement le faire évoluer. En revanche, un point me paraît essentiel : les chasseurs doivent absolument conserver la maîtrise de la gestion de la faune sauvage. Nous avons démontré que nous savions gérer les populations de manière responsable, aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif. Si demain le système de financement évolue, il faudra veiller à ne pas perdre cette responsabilité, car elle constitue l’un des fondements de notre crédibilité.
So Chasse : Dans votre vidéo de prise de fonction, vous expliquez que « la chasse est aujourd’hui questionnée ». Selon vous, quelle est la principale incompréhension entre les chasseurs et le reste de la société ?
Nicolas Hansen : Je préfère dire que la chasse est questionnée plutôt qu’attaquée. Ceux qui s’y opposent frontalement restent très minoritaires. En revanche, beaucoup de Français connaissent finalement assez mal notre activité. Il existe une véritable méconnaissance de ce que nous faisons sur le terrain. Lorsque l’on prend le temps d’expliquer que les prélèvements reposent sur des comptages, sur le suivi des populations, sur leur capacité de reproduction et sur une gestion raisonnée des espèces, les gens comprennent parfaitement notre démarche. Il en va de même pour les autres usagers de la nature. Beaucoup pensent qu’ils ne peuvent plus se promener pendant toute la saison de chasse, alors que les battues n’occupent qu’une faible partie des territoires et seulement quelques jours dans l’année. À nous d’être plus transparents, de mieux communiquer et d’aller davantage vers ces publics. Je suis convaincu que le dialogue est la meilleure réponse aux interrogations qui entourent aujourd’hui la chasse.
So Chasse : Vous insistez également sur la collecte de données de terrain. Est-ce que l’avenir de la chasse passera de plus en plus par la production de données scientifiques ?
Nicolas Hansen : J’en suis convaincu. Aujourd’hui, lorsque nous échangeons avec les pouvoirs publics ou avec les autres acteurs du monde rural, il ne suffit plus d’avoir des convictions, il faut pouvoir les étayer avec des éléments factuels. Plus nous disposerons de données fiables, partagées et scientifiquement exploitables, plus nos décisions seront crédibles. Cela concerne les comptages, les suivis de populations, les constats de dégâts, les prélèvements ou encore les observations réalisées par les chasseurs. Nous avons également la chance de disposer aujourd’hui de nouveaux outils technologiques, comme les drones ou les jumelles thermiques, qui permettent d’améliorer encore la qualité de ces suivis. La force des chasseurs, c’est qu’ils sont présents sur le terrain tout au long de l’année. Nous observons énormément de choses, mais nous ne valorisons pas toujours suffisamment ces informations. Demain, cette donnée devra devenir l’un des piliers de notre crédibilité.
So Chasse : Vous avez également évoqué le patrimoine culturel, gastronomique et traditionnel de la chasse. Est-ce aussi un levier pour améliorer son image auprès du grand public ?
Nicolas Hansen : Absolument. La chasse possède une richesse culturelle exceptionnelle. Elle est profondément ancrée dans nos traditions tout en évoluant avec son époque. Lorsque l’on assiste à une messe de Saint-Hubert, par exemple, on retrouve des chasseurs, mais aussi beaucoup de non-chasseurs, venus découvrir un patrimoine qui dépasse largement le simple acte de chasse. Il en est de même pour la trompe de chasse, la gastronomie, les savoir-faire ou encore certaines chasses traditionnelles. Dans l’Aisne, nous avons également une véritable terre de vénerie, avec plusieurs équipages et une histoire très forte autour de cette pratique. Toutes ces traditions participent à l’identité de la chasse française et méritent d’être mieux connues. Mais cette tradition ne doit pas nous empêcher d’évoluer. La chasse doit rester fidèle à ses valeurs tout en sachant répondre aux attentes de la société moderne.
So Chasse : L’Aisne offre une grande diversité de territoires et de pratiques. Est-ce un véritable atout pour votre fédération ?
Nicolas Hansen : C’est même l’une de nos plus grandes richesses. Notre département permet de pratiquer aussi bien le grand gibier à l’approche, à l’affût ou en battue que le petit gibier de plaine, la bécasse, la caille, les migrateurs ou encore la chasse au gibier d’eau. Cette diversité est une force, mais aussi une responsabilité. Nous devons veiller à préserver toutes ces pratiques, car certaines espèces restent fragiles et nécessitent une gestion particulièrement attentive. Être crédible en matière de biodiversité, c’est aussi savoir adapter nos pratiques lorsque cela est nécessaire.
So Chasse : Si, au terme de votre mandat, les chasseurs de l’Aisne ne devaient retenir qu’une seule réalisation, laquelle aimeriez-vous qu’ils citent ?
Nicolas Hansen : J’aimerais que le chasseur soit reconnu comme un acteur incontournable de la biodiversité et du monde rural. Aujourd’hui, nous rendons déjà énormément de services : nous participons à la régulation des populations, nous accompagnons les agriculteurs dans la prévention des dégâts, nous entretenons les territoires, nous valorisons la venaison et nous contribuons à de nombreuses missions d’intérêt collectif. Je souhaite que cette réalité soit davantage reconnue, non seulement par les chasseurs eux-mêmes, mais aussi par l’ensemble de la société.
So Chasse : Pour terminer, quel est votre plus beau souvenir de chasse ?
Nicolas Hansen : C’est une question difficile, car les souvenirs sont nombreux. Mais celui qui me vient immédiatement à l’esprit est lié à mon frère Frédrik, disparu il y a un an. Nous nous sommes construits ensemble comme chasseurs. Nous avons partagé de très nombreuses journées de chasse, notamment à l’alouette, une pratique qui nous tenait particulièrement à cœur. Au fond, les plus beaux souvenirs de chasse ne sont pas forcément ceux liés à un tableau ou à un trophée. Ce sont avant tout les moments de partage avec ceux que l’on aime. Ce sont ces instants qui restent gravés toute une vie.
Fédération Départementale des Chasseurs de l’Aisne
1, Chemin du Pont de la Planche
02000 BARENTON BUGNY
03.23.23.30.89
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