Marais de Brière : après Grand-Lieu, les chasseurs saisissent à nouveau la justice

Mortalité marais de Brière

Quelques semaines après avoir engagé un recours contre l’État concernant la gestion hydraulique du lac de Grand-Lieu, les chasseurs de gibier d’eau de Loire-Atlantique montent une nouvelle fois au créneau. Cette fois, c’est dans les marais de Brière qu’ils dénoncent une catastrophe écologique annoncée. Face à des milliers de poissons morts et aux premières victimes parmi les oiseaux, ils viennent de saisir en urgence le tribunal administratif de Nantes.

Les chasseurs alertent sur une catastrophe qui se répète

Pour les chasseurs de gibier d’eau de Grande Brière Mottière, l’histoire semble tristement se répéter. Après l’épizootie de botulisme qui avait décimé plus de 4 000 oiseaux durant l’été 2025, les premiers signes d’une nouvelle crise apparaissent déjà dans cette immense zone humide de 22 000 hectares, classée Natura 2000. La récente vague de chaleur n’a fait qu’accélérer un phénomène que les chasseurs redoutaient depuis plusieurs mois. Brochets, sandres, anguilles et de nombreuses autres espèces aquatiques meurent désormais par centaines, tandis que les premiers cygnes, mouettes et foulques sont également retrouvés sans vie. Pour Frédéric Richeux, président de l’Union des chasseurs de gibier d’eau de Grande Brière Mottière, les avertissements lancés depuis plusieurs mois sont restés lettre morte. « Toute l’année, on a fait des réunions. On nous a promis une meilleure gestion de l’eau, des drones et des patrouilles pour surveiller le secteur dès les premières chaleurs. Rien. Rien n’a été fait. Aucune leçon n’a été tirée », déplore-t-il.

Après Grand-Lieu, un nouveau recours contre l’État

Ce nouveau dossier rappelle fortement celui du lac de Grand-Lieu, dont So Chasse s’était fait l’écho le 11 juin dernier. Dans cette autre grande zone humide de Loire-Atlantique, deux associations de chasseurs avaient déjà engagé une procédure judiciaire contre l’État, estimant qu’une mauvaise gestion des niveaux d’eau avait favorisé les conditions ayant conduit à la spectaculaire épizootie de botulisme de l’été 2025. Aujourd’hui, les chasseurs de Brière avancent le même constat. Selon eux, malgré un hiver particulièrement pluvieux, près de 80 centimètres d’eau ont été volontairement évacués entre le 20 février et le 1er mai 2026, soit des dizaines de millions de mètres cubes d’eau douce rejetés en mer. Avec la canicule de juin, le niveau du marais s’est ensuite effondré jusqu’à ne plus laisser qu’une très faible marge par rapport au seuil réglementaire. Estimant que cette gestion compromet directement la survie des milieux aquatiques, l’Union des chasseurs a déposé un référé devant le tribunal administratif de Nantes afin d’obtenir des mesures d’urgence avant qu’une nouvelle épizootie ne frappe la Brière.

Des propositions concrètes pour sauver le marais

Loin de se limiter au constat, les chasseurs avancent plusieurs solutions. Ils proposent notamment de réalimenter le marais grâce à des apports d’eau depuis la Loire via les ouvrages de Méan et du Pont de Paille afin de compenser les importantes pertes liées à l’évaporation. Ils demandent également que soient supprimés plusieurs barrages installés illégalement en amont du bassin versant, qu’ils accusent de perturber davantage encore la circulation de l’eau. Ces revendications rejoignent d’ailleurs les conclusions du Conseil scientifique et de prospective du Parc naturel régional de Brière, qui recommandait dès octobre 2025 de maintenir au printemps des niveaux d’eau plus élevés, d’éviter les décrues trop rapides et de mieux hiérarchiser les différents usages de cette ressource devenue stratégique.

Une nouvelle démonstration du rôle des chasseurs comme sentinelles de la biodiversité

Comme dans le dossier de Grand-Lieu, cette affaire illustre une réalité qui se vérifie si souvent: bien avant que les premières images de mortalité animale ne circulent, ce sont les chasseurs sur le terrain qui ont constaté les premiers dysfonctionnements, alerté les autorités et multiplié les signalements. Présents quotidiennement dans les marais, ils figurent parmi les premiers témoins des évolutions des écosystèmes et n’hésitent plus, lorsque leurs alertes restent sans réponse, à engager des actions en justice pour défendre des milieux dont dépend toute une biodiversité. Pour les représentants des chasseurs de gibier d’eau, l’enjeu dépasse largement la pratique cynégétique : il s’agit désormais d’empêcher que les grandes zones humides de Loire-Atlantique connaissent, année après année, les mêmes catastrophes écologiques liées à une gestion de l’eau qu’ils jugent inadaptée.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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