« La chasse m’a rapprochée de mon père comme rien d’autre » : Laurie Martin raconte sa passion sans filtre

Après seulement quelques années de permis, Laurie Martin vit déjà la chasse avec une intensité rare. Fille et arrière-petite-fille de chasseurs, elle partage aujourd’hui sa passion entre le petit et le grand gibier, avec une place toute particulière accordée à son père, qui lui a tout appris. Dans cet entretien accordé à So Chasse, Laurie revient sur ses débuts, ses plus beaux souvenirs, la place des femmes dans le monde cynégétique et la nécessité de mieux communiquer auprès du grand public.

SC : Laurie, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment la chasse est entrée dans votre vie ?

LM : Je vis dans le Gard et je travaille comme assistante commerciale dans un bureau d’études en ingénierie basé à Nîmes. J’ai obtenu mon permis en 2022 mais je suis née dans une famille de chasseurs. Mon arrière-grand-père chassait, mon père aussi. J’ai commencé à l’accompagner vers l’âge de huit ans lorsqu’il partait en battue comme piqueur. C’est en le suivant dans les bois que cette passion est née.

SC : Votre père semble avoir joué un rôle essentiel dans votre parcours. Que représente-t-il dans votre vie de chasseresse ?

LM : C’est lui qui m’a tout appris. Il m’a accompagnée sur mes premiers prélèvements, mon premier sanglier, mon premier brocard d’été, mon premier cerf… À chaque fois, il est aussi ému que moi. La chasse nous a énormément rapprochés et aujourd’hui encore, ce sont des moments que nous partageons ensemble. C’est vraiment une passion familiale.

SC : Vous pratiquez aussi bien le petit que le grand gibier. Qu’est-ce qui vous plaît dans ces deux univers et avec quel matériel chassez-vous ?

LM : Le petit gibier, je le partage avec mon Springer Atlas, qui a aujourd’hui huit mois. C’est une relation très particulière que je construis avec lui au fil des sorties. Je chasse principalement le lapin, le faisan, les grives et la bécasse avec un Benelli Beccaccia Supreme. Pour le grand gibier, je chasse au poste avec une Browning BAR en .30-06 équipée d’un Holosun et j’utilise une .308 pour l’approche et l’affût. Ce que j’aime en battue, c’est cette montée d’adrénaline lorsque les chiens approchent. J’aimerais d’ailleurs refaire davantage de traque cette saison pour retrouver ce contact avec les chiens.

SC : Quel est le plus beau souvenir que vous a offert la chasse jusqu’à présent ?

LM : Sans hésiter, mon premier cerf en Lozère. C’était quasiment à l’ouverture. J’entendais ses bois frotter dans les arbres avant de l’apercevoir. Après le tir, je suis allée le retrouver avec mon père. C’est un souvenir que je n’oublierai jamais. Mon premier brocard à l’approche reste également un moment très fort, parce que nous avions passé des heures à réussir cette approche ensemble.

SC : Qu’est-ce que la chasse vous apporte au quotidien ?

LM : C’est une véritable bouffée d’oxygène. Quand j’arrive au poste, je fais complètement le vide. Je suis très concentrée, j’ai toujours cette envie de bien faire, mais c’est aussi un moment où je pense uniquement à ce que je suis en train de vivre. C’est une sensation de liberté que je retrouve uniquement à la chasse.

SC : Comment votre passion est-elle perçue par votre entourage qui ne chasse pas ?

LM : Mes amies me disent souvent que j’ai deux personnalités. Elles ont du mal à imaginer que je puisse être très féminine dans la vie de tous les jours et partir chasser le week-end. Elles respectent complètement ma passion mais elles ont parfois du mal à comprendre ce monde. En revanche, j’ai réussi à faire passer le permis à ma mère et à ma petite sœur l’an dernier. Aujourd’hui, toute la famille chasse.

SC : Vous pensez que la chasse souffre encore de certains clichés. Lesquels ?

LM : Beaucoup de personnes gardent une image très ancienne du chasseur. Elles imaginent toujours quelqu’un d’alcoolique ou qui maltraite ses chiens. Pourtant, ce n’est absolument pas ce que je connais. Il faut réussir à montrer la réalité de notre passion et expliquer pourquoi nous chassons.

SC : Vous évoquez également la place des femmes dans le monde cynégétique. Est-ce un sujet important selon vous ?

LM : Oui, parce qu’il reste encore des progrès à faire. J’ai déjà ressenti certains regards ou certains jugements simplement parce que j’étais une femme, notamment lorsque je chassais en Corse. Je pense qu’intégrer davantage de femmes dans la chasse contribuera aussi à moderniser son image auprès du grand public.

SC : Les réseaux sociaux peuvent-ils participer à cette évolution ?

LM : J’en suis persuadée. Aujourd’hui, énormément de personnes se forgent une opinion à travers ce qu’elles voient sur les réseaux. Si nous montrons une chasse responsable, respectueuse et authentique, cela peut réellement faire évoluer les mentalités.

SC : Quels sont désormais vos rêves de chasse ?

LM : En France, j’aimerais beaucoup chasser le chamois ou l’isard. Et avec mon père, nous avons un rêve : partir un jour au Canada. Peu importe finalement l’espèce que nous y chasserions. Ce serait surtout l’occasion de vivre une nouvelle aventure ensemble, parce que c’est finalement ce que la chasse nous offre de plus beau.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

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