Les flammes continuent de ravager la forêt de Fontainebleau. Ce mardi matin, près de 1 900 hectares avaient déjà été parcourus par le feu, mobilisant encore 600 sapeurs-pompiers, quatre Canadair et un Dash. Au-delà de la catastrophe écologique, c’est aussi un territoire profondément marqué par l’histoire de la chasse française qui est aujourd’hui touché. Depuis les rois de France jusqu’aux chasseurs d’aujourd’hui, Fontainebleau demeure l’un des massifs forestiers les plus emblématiques du patrimoine cynégétique français.
Lorsque l’on évoque la forêt de Fontainebleau, beaucoup pensent immédiatement à ses chaos rocheux, à ses sentiers de randonnée ou à ses célèbres sites d’escalade. Pourtant, bien avant de devenir un haut lieu touristique, ce massif de près de 25 000 hectares est avant tout une forêt marquée par la chasse.
Pendant des siècles, les souverains français y ont organisé de grandes chasses royales. François Ier, passionné de vénerie, développa le château de Fontainebleau et fit aménager la forêt pour faciliter le travail des équipages. Les longues allées rectilignes et les carrefours en étoile, encore visibles aujourd’hui, sont directement hérités de cette époque et avaient été pensés pour permettre aux veneurs de suivre les chiens et de voir traverser les animaux. Plus de mille ans plus tard, cette tradition reste bien vivante.
La chasse à courre y est toujours pratiquée par plusieurs équipages, notamment le Rallye Fontainebleau, créé en 1978, qui perpétue une tradition vieille de plusieurs siècles. Chaque saison, plusieurs dizaines de journées de chasse au cerf sont organisées. L’équipage rappelle que ses prélèvements restent très limités. À titre d’exemple, lors de la saison 2023-2024, 165 cervidés ont été prélevés dans le massif dans le cadre du plan de chasse établi par l’Office national des forêts, tandis que le Rallye Fontainebleau n’a prélevé que six cerfs. Le rallye tempête qui découple dans la voie du chevreuil et dont le maître d’équipage est le Président de la Société de Vènerie y chasse également chaque semaine pendant la saison. La chasse à tir est également organisée sur la forêt domaniale par l’ONF. Plusieurs journées de chasse sont programmées chaque semaine durant la saison. Cette activité fait partie intégrante de la gestion du massif depuis de nombreuses années.
Aujourd’hui, c’est tout ce patrimoine qui se retrouve confronté à un incendie d’une ampleur exceptionnelle. Depuis dimanche, les flammes progressent dans le massif sous l’effet de la sécheresse et des fortes chaleurs. Selon les derniers éléments communiqués ce mardi matin, près de 1 900 hectares ont déjà été parcourus par le feu, faisant de cet incendie l’un des trois plus importants recensés dans la moitié nord de la France depuis une vingtaine d’années. Près de 600 sapeurs-pompiers restent mobilisés, appuyés par quatre Canadair et un Dash. Plus de 180 largages d’eau ont déjà été réalisés afin de tenter de contenir les flammes, tandis que l’autoroute A6 demeure coupée sur plusieurs secteurs pour garantir la sécurité des automobilistes et faciliter les opérations de secours. Deux personnes soupçonnées d’être à l’origine de l’incendie ont été interpellées. Une enquête est en cours afin de déterminer les circonstances exactes du départ de feu. Au-delà des dégâts sur les peuplements forestiers, cet incendie touche également une faune particulièrement riche. La forêt de Fontainebleau abrite d’importantes populations de cerfs, de chevreuils, de sangliers, mais aussi de nombreuses espèces d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et d’insectes. Si les grands mammifères parviennent généralement à fuir devant les flammes, les jeunes animaux ainsi que les espèces les moins mobiles restent particulièrement exposés. Les conséquences sur les habitats naturels pourraient se faire ressentir durant plusieurs années.
Aujourd’hui, alors que les pompiers poursuivent leur combat contre les flammes, c’est une partie de ce patrimoine naturel, historique et cynégétique qui est frappée de plein fouet. Les prochaines semaines permettront de mesurer l’étendue des dégâts, tant pour la forêt que pour la faune sauvage qui fait depuis toujours la richesse de Fontainebleau.












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