Après près de dix ans à la tête des Éditions du Gerfaut, Christophe Savouré souhaite transmettre cette maison emblématique fondée en 1977. Arrivé alors que le catalogue était quasiment à l’arrêt, Christophe Savouré a publié en dix ans près de 200 ouvrages consacrés à la chasse, à la nature, à la gastronomie ou encore à la pêche. De l’immense succès du livre de Willy Schraen aux ouvrages culinaires devenus des références, il revient pour So Chasse sur cette passionnante aventure éditoriale et lance un appel à ceux qui pourraient écrire le prochain chapitre de l’histoire des Éditions du Gerfaut, bientôt cinquantenaires.
BSL : Christophe, après près de dix ans à la tête des Éditions du Gerfaut, vous souhaitez aujourd’hui tourner une page. Pourquoi ?
CS : J’ai aujourd’hui 66 ans et je souhaite transmettre la maison d’édition. Lorsque je l’ai reprise le 1er janvier 2017, elle était quasiment en sommeil. Mon objectif était de la relancer et de la développer. Aujourd’hui, j’aimerais qu’une personne passionnée reprenne le flambeau pour poursuivre cette aventure et lui donner un nouvel élan.
BSL : Qu’est-ce qui vous avait convaincu de reprendre les Éditions du Gerfaut à l’époque ?
CS : Je cherchais une nouvelle activité après avoir quitté mon emploi à Paris lorsqu’un ami m’a parlé d’une maison d’édition spécialisée dans la chasse qui était à vendre. J’ai immédiatement vu le potentiel. Les anciens propriétaires cherchaient quelqu’un qui réveille la belle endormie. C’était exactement mon projet.
BSL : Dans quel état étaient les Éditions du Gerfaut lorsque vous les avez reprises ?
CS : Après avoir édité de nombreux livres devenus des classiques, elles ne publiaient plus que deux ouvrages par an : le traditionnel manuel de préparation au permis de chasser et un autre livre souvent acheté à l’étranger. Il fallait donc reconstruire un véritable catalogue et redonner confiance aux auteurs, aux libraires et au monde cynégétique en général. Nous avons commencé par acquérir des droits étrangers avant de développer progressivement nos propres créations sur la chasse, la cuisine, la nature et la pêche.
BSL : En près de dix ans, combien de livres avez-vous publiés ?
CS : Nous arrivons à 200 ouvrages. C’est une aventure dont je suis particulièrement fier. Nous avons largement enrichi le catalogue tout en restant fidèles à l’ADN des Éditions du Gerfaut.
BSL : Le plus grand succès reste sans doute le livre de Willy Schraen ?
CS : Oui, incontestablement. Nous en avons vendu environ 35 000 exemplaires. Les fédérations départementales des chasseurs ont acheté près de 18 000 exemplaires, mais les 17 000 autres ont été vendus dans le réseau classique des libraires. La parole d’un président engagé pour la chasse et la ruralité était très attendue et nous avons aussi bénéficié d’un contexte médiatique très favorable avec la préface d’Éric Dupond-Moretti, devenu garde des Sceaux quelques semaines avant la sortie du livre.


BSL : Pourtant, les Éditions du Gerfaut ne se limitent pas à la chasse…
CS : Absolument. Je voulais montrer que cette maison pouvait aussi parler de nature, de gastronomie, de pêche ou encore de biodiversité. Nous avons publié des ouvrages sur les rapaces, les loups, les amphibiens, les reptiles ou encore la pêche à la mouche. L’idée est toujours restée la même : transmettre des connaissances autour du monde vivant.
BSL : Parmi tous ces ouvrages, lequel vous a procuré le plus de satisfaction personnelle ?
CS : Je pense à La Grande Cuisine de la Chasse. Ce n’est pas seulement un livre de recettes. C’est aussi un ouvrage qui met en valeur la culture cynégétique, l’histoire, la photographie, les arts de la table et même une réflexion philosophique sur le vivant.


BSL : Vous recevez beaucoup de propositions de manuscrits. Qu’est-ce qui fait qu’un projet retient votre attention ?
CS : Je recherche avant tout des ouvrages qui apportent un enrichissement des connaissances au lecteur. Beaucoup de récits personnels de chasse chasse nous sont envoyés mais restent trop anecdotiques, trop personnels. À l’inverse, je refuse les textes qui tombent dans une défense outrancière de la chasse. Je préfère des ouvrages solides, argumentés, qui donnent envie de comprendre plutôt que de convaincre à tout prix. À ce titre, l’ouvrage d‘Olaaf Brentot « Repenser la chasse » est un remarquable exemple d’une argumentation équilibrée.
BSL : Selon vous, le marché du livre de chasse a-t-il encore un avenir ?
CS : Oui, parce que les chasseurs d’aujourd’hui sont certes moins nombreux mais souvent plus passionnés qu’autrefois. Ils recherchent des connaissances, des techniques, de la gastronomie et de la culture cynégétique. Mais les Éditions du Gerfaut ne vivent pas uniquement grâce aux chasseurs.
BSL : Quel potentiel voyez-vous encore dans les Éditions du Gerfaut ?
Il existe un véritable potentiel de développement commercial. Je pense notamment aux armureries, qui pourraient beaucoup plus développer un espace librairie. Certains de nos meilleurs clients armuriers vendent énormément de livres consacrés à la chasse et à la cuisine du gibier : le livre est un supplément de vente à petit prix. Il y a aussi tout un travail de communication et de marketing à renforcer, notamment sur le numérique comme sur les réseaux sociaux. C’est un axe que je n’ai jamais eu le temps de développer pleinement.
BSL : Quel serait le profil idéal du futur repreneur ?
CS : Ce n’est pas une question d’âge. Il faut avant tout quelqu’un qui aime profondément la chasse, la nature et la transmission des savoirs. Il faut aussi avoir le goût du livre, savoir accompagner des auteurs et imaginer les ouvrages de demain. Le reste, la technique, la fabrication ou la commercialisation, cela s’apprend en s’entourant de personnes compétentes.
BSL : Si un lecteur de So Chasse se reconnaît dans ce profil, que lui diriez-vous ?
CS :Je lui dirais que les Éditions du Gerfaut représentent une magnifique aventure. C’est une maison reconnue, avec un catalogue solide, un réseau de libraires et de points de vente spécialisés dans toute la France, un site de vente en ligne et de nombreuses possibilités de développement. Je suis prêt, si le repreneur le souhaite, à l’accompagner pendant plusieurs mois afin d’assurer une transmission dans les meilleures conditions. L’important, c’est que cette belle maison continue à rayonner.












Laisser un commentaire