Dans le Haut-Sundgau, la présence confirmée d’au moins deux loups ne menace plus seulement les élevages. La Fédération départementale des chasseurs du Haut-Rhin alerte sur une chute spectaculaire des populations de chevreuils et de chamois et demande désormais que des tirs de prélèvement soient autorisés.
11 lamas prélevés par des loups dans un élevage
Le dossier du loup devient de plus en plus brûlant dans le sud de l’Alsace. Depuis la fin de l’année 2025, six attaques ont été recensées dans un élevage de lamas situé à Kiffis, près de la frontière suisse. Selon le propriétaire de l’exploitation, onze animaux auraient été tués. Deux loups ont été formellement identifiés dans le secteur, notamment grâce aux images enregistrées par des pièges photographiques. Les premiers éléments génétiques laisseraient penser qu’il s’agit de deux mâles, dont l’un présenterait une boiterie. Pour Gilles Kaszuk, président de la Fédération départementale des chasseurs du Haut-Rhin (FDC 68), ces deux individus ne sont peut-être pas les seuls à fréquenter le territoire.
Des chevreuils et des chamois de plus en plus rares
Au-delà des attaques sur les animaux domestiques, ce sont surtout les conséquences sur la faune sauvage qui inquiètent désormais les chasseurs haut-rhinois. Selon les observations remontées depuis les territoires du Haut-Sundgau, les populations de chevreuils auraient diminué d’environ 60 % dans certains secteurs fréquentés par le loup. La situation serait encore plus préoccupante pour le chamois. Gilles Kaszuk évoque une baisse pouvant atteindre 80 % des effectifs localement. « La faune locale, chevreuils, chamois et sangliers est en péril », alerte le président de la Fédération départementale des chasseurs. Ces chiffres constituent pour l’instant des estimations établies à partir des observations des chasseurs et des gestionnaires de territoires. Ils traduisent néanmoins une évolution que les hommes de terrain disent constater depuis plusieurs mois. Le loup ne se nourrit pas uniquement des animaux qu’il tue. Sa présence permanente modifie également le comportement des ongulés sauvages, qui deviennent plus mobiles, abandonnent certains secteurs et se regroupent parfois dans des zones refuges.
Une alerte lancée dès février
La Fédération départementale des chasseurs du Haut-Rhin avait déjà alerté, au mois de février, sur la progression du prédateur dans le sud de l’Alsace. Des attaques avaient alors été signalées dans plusieurs communes du Sundgau, notamment à Kiffis, Mooslargue, Levoncourt et Mœrnach. Les chasseurs dénonçaient également le manque d’informations transmises aux élus et aux responsables locaux. À cette époque, les responsables cynégétiques disaient déjà observer une diminution des populations de chevreuils et de chamois dans les zones où la présence du loup était attestée. Cinq mois plus tard, la situation ne semble donc pas s’être améliorée. Les attaques se répètent et les observations réalisées sur le terrain renforcent les inquiétudes concernant l’avenir du grand gibier dans ce secteur frontalier.
Des observations contestées
L’Observatoire des carnivores sauvages, organisation aux idées fortement influencée par l’idéologie animaliste, conteste toutefois l’existence d’un effondrement provoqué par les deux loups identifiés. Son président, Alain Laurent, estime qu’aucun exemple européen ne démontre que le loup puisse faire disparaître l’ensemble de ses proies d’un territoire. Il met également en cause le niveau de protection de l’élevage de lamas attaqué. Cet argument ne répond cependant pas entièrement aux inquiétudes exprimées par les chasseurs. Ceux-ci ne prétendent pas que toute la faune sauvage va disparaître, mais constatent une chute locale particulièrement importante de certaines espèces sur les territoires suivis. Un prédateur peut en effet demeurer présent tout en exerçant une forte pression sur une population de gibier. L’absence d’extinction totale ne signifie pas que les conséquences sur les équilibres locaux soient négligeables.
Les chasseurs veulent pouvoir intervenir
Après une nouvelle attaque survenue au début du mois de juillet, Gilles Kaszuk a demandé au préfet du Haut-Rhin l’autorisation de procéder à des tirs de prélèvement. Cette première demande aurait été refusée. Une réunion réunissant la préfecture, l’Office français de la biodiversité, la Direction départementale des territoires, les chasseurs et les représentants des éleveurs était toutefois prévue, hier, lundi 20 juillet à Colmar. Les chasseurs espéraient y obtenir une réponse concrète et surtout la possibilité d’intervenir avant que la situation ne devienne irréversible sur certains territoires. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons pas encore d’informations fiables sur l’issue de cette concertation. Le loup demeure une espèce protégée. Son prélèvement ne peut être autorisé que dans le cadre de dérogations strictement encadrées par l’État. Mais pour la Fédération départementale des chasseurs du Haut-Rhin, il n’est désormais plus acceptable d’attendre attaque après attaque pendant que les populations de chevreuils et de chamois continuent de diminuer. La question posée aux autorités est donc simple : combien d’animaux domestiques et sauvages devront encore être tués avant que des tirs soient enfin autorisés ?












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