Monsieur Zuckerberg, pourquoi Facebook invisibilise-t-il la chasse en France?

Depuis plusieurs mois, un phénomène revient avec une régularité troublante. Des fédérations départementales des chasseurs, des armuriers, des organisateurs de salons, des fabricants d’armes, d’optiques ou d’équipements voient brutalement la portée de leurs publications s’effondrer sur Facebook. Sans suppression de contenu. Sans avertissement. Sans explication. Et surtout, sans avoir enfreint ni la loi, ni les standards de la communauté de Meta. Leurs publications restent en ligne, mais elles ne sont plus montrées. Le terme employé par Meta est désormais bien connu : la « dé-recommandation ». Le dernier témoignage en date est celui de Jules de Montgolfier, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain. Dans un message publié sur LinkedIn, il explique avoir multiplié les démarches auprès des services de Meta. Après plusieurs échanges et un entretien avec les équipes de la plateforme, celles-ci lui auraient confirmé que les publications de la fédération étaient parfaitement conformes aux règles de la communauté. Elles étaient même qualifiées de contenus « éducatifs ». Pourtant, malgré cette reconnaissance, rien n’a changé : la visibilité de la page reste fortement limitée.

Même constat dans le Tarn. Nicolas Puigmal, chargé de missions à la Fédération départementale des chasseurs, raconte qu’une simple publication annonçant les prochaines sessions du permis de chasser a été dé-recommandée avant de retrouver sa visibilité après contestation. Dans le même temps, il souligne que des commentaires ouvertement insultants ou haineux, pourtant signalés à Meta, demeurent parfois en ligne sans qu’aucune mesure ne soit prise. Ces témoignages sont loin d’être isolés. Depuis des mois, So Chasse reçoit des messages de fédérations, d’entreprises de la filière cynégétique et de créateurs de contenus qui décrivent exactement le même phénomène. Tous observent une baisse inexpliquée de leur visibilité alors même qu’aucune infraction aux règles de la plateforme ne leur est reprochée. La question mérite donc d’être posée. Pourquoi des contenus consacrés à une activité parfaitement légale seraient-ils moins visibles que les autres ? La chasse est autorisée en France. Elle est strictement encadrée par la loi, pratiquée chaque année par près d’un million de chasseurs et fait vivre des milliers d’entreprises, d’artisans, d’armuriers, de guides, de fabricants et d’associations. Elle participe également à la gestion de la faune sauvage, à l’équilibre de nombreux territoires ruraux et fournit une viande locale, sauvage, naturelle et peu transformée, dont les qualités environnementales sont aujourd’hui largement reconnues.

Alors pourquoi une publication expliquant les règles de sécurité, annonçant une formation au permis de chasser ou présentant le travail d’une fédération devrait-elle être traitée différemment d’un autre contenu éducatif ? Ce paradoxe est d’autant plus surprenant que Mark Zuckerberg lui-même n’a jamais caché son attachement à la chasse. À plusieurs reprises, le fondateur de Facebook a expliqué vouloir connaître l’origine de la viande qu’il consomme. En 2011, il annonçait son souhait de ne manger que des animaux qu’il avait lui-même prélevés. Quelques années plus tard, dans un entretien accordé au Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), il déclarait :

« Les aliments ont meilleur goût lorsqu’ils sont préparés soi-même, mais ils sont encore meilleurs lorsque l’on a chassé l’animal soi-même. »

Il expliquait également que la chasse lui permettait de rester en contact avec la nature et de mieux comprendre l’origine de son alimentation. Cette vision est en parfaite cohérence avec des valeurs aujourd’hui largement défendues : les circuits courts, la consommation locale, la traçabilité des aliments, une alimentation moins transformée et une meilleure connaissance de ce que nous mettons dans nos assiettes. C’est précisément ce qui interroge. Comment une plateforme dirigée par un homme qui assume publiquement cette vision peut-elle laisser s’installer une situation dans laquelle des contenus parfaitement conformes à ses propres règles deviennent pratiquement invisibles dès lors qu’ils concernent la chasse ?

Nous ne demandons aucun privilège. Nous ne demandons pas un traitement de faveur. Nous demandons simplement que les règles soient appliquées de la même manière à tous. Si une publication enfreint les standards de Meta, elle doit être supprimée. Mais lorsqu’elle respecte les règles de la plateforme, qu’elle est informative, pédagogique et légale, elle doit pouvoir bénéficier du même traitement algorithmique que n’importe quel autre contenu. La chasse mérite le débat. Elle ne mérite pas l’invisibilité. C’est pourquoi So Chasse lance aujourd’hui un appel public à Mark Zuckerberg.

Monsieur Zuckerberg, des milliers de fédérations, d’armuriers, d’entreprises, d’associations et de professionnels de la chasse utilisent Facebook pour informer leurs adhérents, leurs clients et le grand public. Beaucoup ont aujourd’hui le sentiment que leurs contenus sont pénalisés sans raison objective, malgré le respect des règles de votre plateforme. Nous vous demandons de faire toute la lumière sur cette situation. S’il existe un dysfonctionnement des systèmes de recommandation concernant les contenus liés à la chasse, il mérite d’être identifié et corrigé. S’il n’existe pas, alors les acteurs de cette filière ont besoin de comprendre pourquoi leurs publications disparaissent progressivement des fils d’actualité alors qu’elles respectent les standards de Meta. Parce qu’une activité légale ne devrait jamais devenir invisible simplement parce qu’elle dérange certains internautes. Nous ne demandons pas un privilège. Nous demandons l’équité.

Partager cet article


Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

Découvrez d'autres articles

Retour en haut