Alors que les incendies menacent une nouvelle fois les espaces naturels corses, les chasseurs de l’île se mobilisent aux côtés des pompiers. Grâce à des conventions signées avec les deux Services d’incendie et de secours, leurs techniciens et leurs adhérents participent activement à la surveillance du territoire et donnent l’alerte dès qu’une fumée suspecte apparaît.
Des conventions entre pompiers et chasseurs
En Corse, les chasseurs ne se contentent pas de parcourir le territoire pendant la saison cynégétique. Présents toute l’année dans les campagnes, les forêts et les zones les plus difficiles d’accès, ils constituent également de précieux observateurs face au risque d’incendie. Invité de la rédaction d’ICI RCFM le lundi 20 juillet, Ange-Dominique Manenti, président de la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud, est revenu sur les conventions conclues entre les deux Fédérations corses et les Services d’incendie et de secours de Haute-Corse et de Corse-du-Sud. « Les fédérations de Corse ont signé des conventions avec les deux SIS, en Haute-Corse comme en Corse-du-Sud », explique-t-il.
15 000 sentinelles réparties dans toute la Corse
Ces accords prévoient notamment la mise à disposition des techniciens des Fédérations départementales des chasseurs dans le cadre de certaines opérations. Par leur métier, ces professionnels parcourent régulièrement de vastes territoires et connaissent parfaitement les pistes, les massifs, les points d’eau et les secteurs les plus isolés. Ils peuvent ainsi repérer rapidement une fumée suspecte ou un événement susceptible de menacer la faune, la flore et les espaces naturels. Mais le dispositif ne se limite pas aux seuls salariés des Fédérations. L’ensemble des chasseurs corses est appelé à participer à cette vigilance collective. Avec environ 15 000 pratiquants sur l’île, ce sont autant de sentinelles potentielles réparties sur le terrain. « Au-delà des techniciens, tous les chasseurs sont mobilisés. Ils sont très attachés à leurs territoires de chasse, qu’ils cherchent à préserver, et ils donnent l’alerte dès qu’ils constatent une fumée suspecte ou un départ de feu », souligne Ange-Dominique Manenti.
Une présence permanente sur le terrain
Cette coopération repose sur l’une des principales forces du monde cynégétique : son maillage territorial. Les chasseurs fréquentent régulièrement des secteurs ruraux parfois éloignés des routes et des habitations. Leur connaissance des lieux peut permettre de localiser précisément un départ de feu et d’orienter les secours vers des zones difficiles d’accès. Dans un territoire particulièrement exposé aux incendies estivaux, cette vigilance peut faire gagner de précieuses minutes aux pompiers. Or, lorsqu’un feu se déclare en période de sécheresse ou de vent, la rapidité de l’alerte est souvent déterminante pour éviter sa propagation. Cette convention illustre ainsi le rôle concret joué par les chasseurs dans la protection de l’environnement et des territoires ruraux, bien au-delà des seules périodes d’ouverture de la chasse.
Des tirs anticipés pour protéger les cultures
Le président de la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud a également évoqué la gestion des sangliers. Les fortes chaleurs et le manque d’eau ne favorisent pas leur prolifération. Lors de la saison 2023-2024, la sécheresse avait même provoqué une baisse importante des effectifs, conduisant la Fédération à demander une fermeture anticipée de la chasse. Cette année, la chasse du sanglier peut néanmoins être pratiquée depuis le 1er juin dans certaines conditions afin de protéger les cultures agricoles. L’arrêté préfectoral permet aux agriculteurs concernés d’organiser des tirs à l’approche ou à l’affût, ainsi que des battues le samedi sur les terrains qu’ils exploitent. La Fédération a déjà enregistré 71 demandes de chasse anticipée.
Près de 5 000 chasseurs encore à former
À quelques semaines de l’ouverture générale prévue le 15 août, la sécurité demeure également une priorité. Depuis la loi de 2019, tous les chasseurs doivent suivre, avant 2030, une formation décennale consacrée aux règles élémentaires de sécurité. En Corse-du-Sud, environ 2 000 chasseurs ont été formés en six ans, sur les quelque 6 700 pratiquants que compte le département. Près de 5 000 personnes doivent donc encore remplir cette obligation au cours des quatre prochaines années. Face à ce retard, la Fédération rappelle que la formation peut être suivie en ligne, dans les mêmes conditions que les séances organisées en présentiel.
Une tradition à préserver
La chasse reste profondément ancrée dans la culture corse, mais elle connaît, comme dans de nombreux départements, une baisse progressive de ses effectifs. Environ 300 nouveaux chasseurs sont formés chaque année en Corse-du-Sud. Ce renouvellement ne suffit toutefois pas toujours à compenser la disparition des générations les plus âgées. La Fédération tente donc de faciliter l’arrivée de nouveaux pratiquants, notamment en réduisant le prix du permis pour la première année. Pour Ange-Dominique Manenti, cette évolution s’explique aussi par l’affaiblissement de la transmission familiale. Autrefois, la passion de la chasse se transmettait naturellement entre les générations. Cette tradition reste forte dans les zones rurales, mais elle est aujourd’hui moins systématique. Face aux incendies comme dans la gestion de la faune sauvage, les chasseurs corses démontrent pourtant qu’ils demeurent des acteurs indispensables de leurs territoires.












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