« Reporter l’ouverture de la chasse » ? Willy Schraen répond aux ONG

Alors que la France connaît un été marqué par des incendies d’une ampleur exceptionnelle et plusieurs épisodes de canicule, certaines associations de protection animale demandent au gouvernement de repousser de plusieurs mois l’ouverture de la chasse prévue à partir de septembre. Une proposition qui suscite une vive réaction de la Fédération nationale des chasseurs. Pour son président, Willy Schraen, une décision nationale serait non seulement inadaptée, mais aussi déconnectée des réalités du terrain.

Les associations à l’origine de cette demande estiment que les conséquences des incendies et de la sécheresse justifieraient de suspendre temporairement toutes les formes de chasse. Selon elles, de nombreux animaux auraient été durement touchés : certains auraient péri dans les flammes, d’autres auraient perdu leur habitat, leurs ressources alimentaires ou leurs points d’eau. Elles considèrent que l’ouverture de la chasse constituerait une pression supplémentaire sur une faune déjà fortement fragilisée et demandent donc au gouvernement de repousser de plusieurs mois le début de la saison cynégétique. Interrogé par La Dépêche du Midi, Willy Schraen ne partage absolument pas cette analyse. Le président de la Fédération nationale des chasseurs qualifie cette proposition de « ridicule » et estime qu’elle relève davantage d’une posture idéologique que d’une véritable connaissance du terrain. Pour lui, les décisions doivent continuer d’être prises localement, par les fédérations départementales, en lien avec les préfets et les services de l’État. Ce sont eux qui suivent l’évolution des populations de gibier tout au long de l’année et qui disposent des éléments nécessaires pour adapter, si besoin, les prélèvements. « On sait très bien ce qu’on a le droit de chasser ou non. Tout est organisé, quantifié… On ne va pas aller tirer sur des populations d’animaux si elles ont été mises à mal par les incendies », rappelle-t-il.

L’un des principaux arguments avancés par les représentants du monde de la chasse concerne l’extrême diversité des situations. Si certains secteurs ont effectivement été dévastés par les incendies, d’autres n’ont subi aucun impact. Les grands animaux, comme les sangliers ou les cervidés, se déplacent souvent vers des zones épargnées lorsque leur habitat est touché. À l’inverse, certaines espèces de petit gibier peuvent être beaucoup plus affectées localement. C’est précisément pour cette raison que les fédérations départementales réalisent chaque année un suivi des populations avant de proposer les modalités d’ouverture. Autrement dit, une mesure uniforme appliquée à toute la France ne tiendrait pas compte des réalités écologiques propres à chaque territoire. Même dans les départements les plus durement touchés par les incendies, les responsables cynégétiques ne plaident pas pour une interdiction générale. Dans l’Aude, où plusieurs milliers d’hectares ont brûlé depuis le début de l’été, le président de la fédération départementale des chasseurs explique que certaines espèces de petit gibier ont effectivement disparu des secteurs incendiés. En revanche, il estime que les populations de sangliers et de cervidés nécessitent toujours une régulation. Là encore, l’idée défendue est celle d’une adaptation locale plutôt que d’une décision nationale prise sans distinction entre les territoires.

Au fond, ce débat pose une question simple : faut-il décider depuis Paris d’une mesure uniforme pour l’ensemble du territoire, ou laisser chaque département adapter sa gestion en fonction de la réalité du terrain ? Pour Willy Schraen, la réponse ne fait aucun doute. Les fédérations départementales disposent déjà des outils nécessaires pour évaluer l’état des populations et proposer, lorsque cela s’impose, des adaptations des prélèvements ou des modalités d’ouverture. À quelques semaines du début de la saison, le gouvernement ne s’est pas encore exprimé sur la demande des ONG. Mais une chose est certaine : face aux conséquences des incendies et de la canicule, le monde de la chasse défend plus que jamais une gestion fondée sur l’observation, la connaissance du terrain et des décisions prises au plus près des réalités locales.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

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