Les chasseurs du sud Aveyron, la Fédération départementale des chasseurs, l’Office national des forêts et le Centre national de la propriété forestière se sont retrouvés sur le terrain il y a quelques jours. Une matinée d’échanges destinée à mieux comprendre les contraintes de chacun et à rechercher des solutions face à l’augmentation du grand gibier.
Deux regards sur une même forêt
Forestiers et chasseurs fréquentent les mêmes territoires, mais ne les observent pas toujours avec les mêmes priorités. Pour rapprocher leurs points de vue, la Fédération départementale des chasseurs de l’Aveyron a organisé une matinée d’échanges avec des chasseurs du sud du département, l’Office national des forêts et le Centre national de la propriété forestière. Cette rencontre devait permettre à chacun de présenter ses difficultés et ses attentes. Les forestiers ont notamment montré les conséquences que peuvent avoir des populations importantes de grand gibier sur le renouvellement des peuplements. Les dégâts prennent principalement la forme d’abroutissements, lorsque les animaux consomment les jeunes pousses, ou de frottis, lorsque les cervidés frottent leurs bois contre les troncs. Sur une plantation récente, ces atteintes peuvent ralentir la croissance des arbres, les déformer ou compromettre totalement leur avenir.
Les chasseurs pris entre deux exigences
De leur côté, les chasseurs ont rappelé qu’il ne suffisait pas de réclamer davantage de prélèvements pour résoudre automatiquement le problème. Ils doivent composer avec des territoires parfois difficiles d’accès, des parcelles morcelées, un nombre limité de participants et des contraintes réglementaires ou sociales de plus en plus nombreuses. À cela s’ajoute la diminution du nombre de chasseurs dans certains secteurs. La situation peut alors sembler paradoxale. D’un côté, certains mouvements souhaitent réduire les périodes, les jours ou les possibilités de chasse. De l’autre, les forestiers et les pouvoirs publics demandent aux chasseurs de prélever davantage d’animaux afin de protéger les plantations. Les chasseurs aveyronnais, comme de nombreux autres départements, ont donc le sentiment d’être pris en étau entre ceux qui veulent les empêcher de chasser et ceux qui leur demandent d’augmenter la cadence. Ils rappellent aussi une réalité trop souvent oubliée : la chasse demeure un loisir pratiqué par des bénévoles. Les chasseurs ne sont ni des agents forestiers ni des professionnels chargés d’intervenir à la demande sur tous les territoires.
Protéger en priorité les secteurs sensibles
La rencontre n’est cependant pas restée au stade du simple constat. Plusieurs pistes de travail ont été évoquées afin de mieux cibler les efforts. La première consiste à identifier les plantations et les peuplements les plus vulnérables. Les prélèvements pourraient alors être renforcés en priorité autour de ces zones, plutôt que d’appliquer indistinctement les mêmes objectifs sur l’ensemble d’un massif. Cette coopération suppose aussi une meilleure circulation des informations. Les forestiers doivent pouvoir signaler rapidement les dégâts ou les secteurs nécessitant une intervention, tandis que les chasseurs doivent connaître les zones accessibles et disposer de conditions leur permettant d’agir efficacement.
Développer d’autres modes de chasse
La chasse à l’approche fait également partie des solutions envisagées. Elle permet de réaliser des prélèvements plus ciblés, notamment dans des secteurs où l’organisation d’une battue est compliquée ou peu adaptée. Les participants ont aussi évoqué la nécessité d’ouvrir davantage certains territoires, d’accueillir de nouveaux chasseurs et de favoriser les ententes entre sociétés de chasse voisines. En travaillant à plusieurs, les associations peuvent mobiliser davantage de participants, organiser plus facilement les journées de chasse et intervenir sur des surfaces plus importantes. Cette mutualisation pourrait devenir indispensable dans les secteurs où les effectifs de chasseurs ne permettent plus à une seule société d’atteindre les objectifs fixés.
Donner une destination au gibier prélevé
L’augmentation des prélèvements pose enfin la question de la valorisation de la venaison. Il serait incohérent de demander aux chasseurs de prélever davantage sans prévoir de débouché pour la viande. Un partenariat pourrait ainsi être développé avec l’atelier de découpe de Camarès, qui devrait prochainement obtenir l’agrément nécessaire pour traiter le gibier sauvage. Cette structure offrirait une solution locale pour préparer, conditionner et valoriser la viande issue des prélèvements. Elle pourrait également lever l’un des principaux freins rencontrés par les chasseurs lorsque les tableaux deviennent importants.
Préserver le dialogue sur le terrain
Cette matinée a surtout permis de rappeler que chasseurs et forestiers ne sont pas adversaires. Les uns souhaitent assurer le renouvellement de la forêt, les autres conserver des populations animales compatibles avec les capacités du milieu et les activités humaines. Les attentes peuvent parfois diverger, mais l’objectif reste commun : maintenir une forêt vivante, productive et équilibrée. Dans un contexte où le grand gibier poursuit son développement, les solutions ne viendront ni des injonctions ni des accusations. Elles passeront par des objectifs réalistes, des territoires accessibles, une meilleure valorisation de la venaison et surtout par une coopération étroite entre ceux qui connaissent et entretiennent la forêt.












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