Cyrano, la sarcelle d’été aux 3 600 km prélevée dans le Nord

Cyrano sarcelle d'été équipée d'une balise GPS

Équipée d’une balise GPS par la Fédération départementale des chasseurs du Pas-de-Calais au printemps dernier, une sarcelle d’été baptisée Cyrano a offert aux techniciens un formidable voyage à travers l’Europe. Après plus de 3 600 kilomètres enregistrés entre la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, l’oiseau vient d’être prélevé par un sauvaginier dans le Nord. Celui-ci a immédiatement restitué la balise à la Fédération.

Une balise posée dans le Pas-de-Calais

L’histoire de Cyrano débute à Conchil-le-Temple, dans le Pas-de-Calais. Le 16 mars dernier, cette sarcelle d’été est capturée et équipée d’une balise GPS par le service technique de la Fédération départementale des chasseurs du Pas-de-Calais. L’objectif de ces suivis par télémétrie est de mieux connaître les déplacements des oiseaux d’eau, leurs zones de halte et les milieux qu’ils utilisent au cours de leurs migrations. La démarche est loin d’être isolée. Le portail national consacré à la télémétrie de la Fédération nationale des chasseurs permet aujourd’hui de suivre de nombreux oiseaux équipés de balises, parmi lesquels plusieurs sarcelles d’été. Très vite, Cyrano quitte son secteur de capture pour rejoindre la vallée de la Canche et le marais de Brimeux, une vingtaine de kilomètres plus au nord. Mais ce n’est que le début du voyage.

Cap sur l’Allemagne

Après avoir quitté le Pas-de-Calais, la sarcelle prend la direction du nord-est. Elle traverse le département du Nord, puis la Belgique, avant d’entrer en Allemagne. Au terme d’un trajet direct d’environ 580 kilomètres, Cyrano atteint le secteur de Rösebeck le 3 mai. Le village se trouve en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, non loin de la frontière avec la Hesse. Dès le lendemain, la balise la localise plus à l’est, en Basse-Saxe, dans le secteur de Seeburg. Cette région abrite notamment le Seeburger See, une importante zone humide naturelle du sud de la Basse-Saxe. Cyrano ne s’y éternise pas.

Plusieurs centaines de kilomètres supplémentaires

Le 9 mai, nouveau départ vers le nord-est. La sarcelle parcourt encore près de 300 kilomètres et multiplie les haltes sur différentes zones humides allemandes. Le 10 mai, elle est notamment localisée sur le Heiliger See, près de Kirchmöser. Contrairement à ce qu’indique par erreur le post fédéral, ce secteur ne se trouve pas en Bavière mais dans le Brandebourg, à l’ouest de la ville de Brandenburg an der Havel. Elle poursuit ensuite son déplacement vers d’autres plans d’eau avant d’atteindre, le 12 mai, les rives de l’Oder près de Schwedt, à proximité immédiate de la frontière polonaise. Le lendemain, elle rejoint le bassin de la Havel avant d’effectuer plusieurs mouvements entre les différents sites déjà fréquentés au cours des jours précédents. À la fin du mois de mai, Cyrano reprend finalement la direction de l’ouest.

Une escale aux Pays-Bas

Après avoir de nouveau traversé une partie de l’Allemagne, la sarcelle entre aux Pays-Bas. Elle effectue une première halte d’environ 24 heures dans le parc national de Biesbosch, vaste ensemble de zones humides situé dans le delta du Rhin et de la Meuse. Du 1er au 5 juin, elle s’installe ensuite sur le Volkerak, vaste plan d’eau du sud-ouest néerlandais. Puis, changement de cap : Cyrano revient en France. La sarcelle rejoint le Pas-de-Calais et s’installe sur les anciens bassins de décantation de la sucrerie de Pont-d’Ardres. Elle y restera plus de deux mois et demi. Son long séjour français sera seulement interrompu par une nouvelle escapade aux Pays-Bas les 5 et 6 juillet, avec des passages par le Markermeer et le lac de Loenderveense.

Plus de 3 600 kilomètres enregistrés

Au total, la balise de Cyrano aura enregistré plus de 3 600 kilomètres de déplacements. Un voyage spectaculaire qui illustre parfaitement le caractère migrateur de la sarcelle d’été, capable de relier successivement de nombreuses zones humides européennes au cours de son cycle annuel. L’espèce est d’ailleurs bien moins présente dans les tableaux de chasse du Nord que sa cousine, la sarcelle d’hiver. Lors de la saison 2024-2025, la sarcelle d’été n’a représenté qu’environ 1 % des canards prélevés dans le département, contre 32 % pour la sarcelle d’hiver, selon le bilan de la FDC59.

Prélevée par un sauvaginier du Nord

Le périple de Cyrano s’est finalement achevé en ce début de saison de chasse du gibier d’eau. La sarcelle a été prélevée dans le Nord par un sauvaginier qui a rapidement constaté que l’oiseau portait une balise GPS. Et celui-ci a eu exactement le bon réflexe. Plutôt que de conserver le dispositif en souvenir, il l’a retourné à la Fédération départementale des chasseurs du Nord. Une démarche particulièrement importante puisque cette balise pourra désormais être récupérée, contrôlée puis utilisée pour équiper un nouvel oiseau et poursuivre les travaux de suivi.

Une information précieuse pour les scientifiques et les chasseurs

Bagues et balises permettent de reconstituer les déplacements des oiseaux, de localiser leurs principaux sites de halte et d’améliorer progressivement les connaissances sur leurs migrations. Ces données constituent également une matière précieuse pour les gestionnaires et le monde cynégétique lorsqu’il s’agit de documenter l’état des populations et de défendre une gestion de la chasse fondée sur des données de terrain. La FDC59 profite donc de l’histoire de Cyrano pour rappeler une consigne simple : lorsqu’un chasseur prélève un oiseau équipé d’une bague ou d’une balise, il doit contacter sa Fédération départementale des chasseurs. Quelques minutes de démarche peuvent permettre de récupérer plusieurs mois, voire plusieurs années, d’informations scientifiques. Cyrano aura ainsi terminé son voyage dans le tableau d’un sauvaginier du Nord, mais sa balise, elle, repartira bientôt pour une nouvelle migration.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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