Alors que les incendies ne sont toujours pas maîtrisés, que les pompiers combattent les flammes et que chasseurs et agriculteurs mobilisent tracteurs, tonnes à eau, nourriture et matériel, il était manifestement urgent de s’occuper du vrai problème : la chasse dans des forêts qui brûlent encore. Une pétition réclame ainsi trois années de moratoire dans les massifs incendiés et revendique déjà plus de 214 000 signatures vérifiées. Une mobilisation impressionnante. Reste une petite question : et si toute cette énergie servait d’abord à empêcher la forêt et sa faune de partir en fumée ?
Il fallait y penser. La Gironde brûle. Des milliers d’hectares de forêt sont partis en fumée. Des pompiers se relaient jour et nuit. Des habitants sont évacués. Des agriculteurs sortent leurs tracteurs. Des chasseurs apportent de l’eau, de la nourriture, du matériel et, pour certains, interviennent directement sur le terrain. Et pendant ce temps-là, ailleurs, une urgence s’impose : « PAS DE FUSILS DANS LES CENDRES ». Oui, bien sûr. Merci à Vakita d’avoir relayé cette pétition lancée par Bruno Valentin, qui se présente lui-même ainsi : « je ne suis ni un expert en écologie, ni un politique de carrière ». Nous voilà rassurés.
Les chasseurs, eux, ont momentanément délaissé leur clavier
Parce qu’au même moment, sur le terrain, la situation est légèrement différente. En Gironde, des chasseurs sont mobilisés avec des agriculteurs et les secours. Certains mettent à disposition tracteurs, tonnes à eau et matériel. D’autres participent à la création de pare-feu ou utilisent leur connaissance des pistes et des chemins pour aider les interventions. La Fédération départementale des chasseurs de la Gironde organise également une collecte de bouteilles d’eau, de denrées alimentaires et de produits d’hygiène. Dans les Landes, la Fédération et les chasseurs ont fourni 1 000 repas aux pompiers. Ce n’est probablement pas aussi spectaculaire qu’un clic sur « signer la pétition », mais cela présente un petit avantage : sur un incendie, une bouteille d’eau, un tracteur ou un repas chaud ont une utilité assez immédiate.
Mais oui, parlons de chasse. Maintenant. Pendant que ça brûle.
La pétition demande l’interdiction totale de la chasse dans les massifs incendiés durant l’été 2026, un périmètre de protection autour des zones brûlées et surtout un moratoire d’au moins trois ans. Trois ans. Pourquoi trois ? Pourquoi pas deux ? Quatre ? Sept ans et demi ? Quelles données permettent de déterminer qu’un chevreuil, un sanglier ou une population de cervidés aurait besoin exactement de trois années sans chasse après un incendie, indépendamment de la surface brûlée, de l’état du milieu, des espèces concernées, des densités animales ou de la capacité de régénération de chaque territoire ? Mystère. Mais puisque la forêt brûle encore, il fallait manifestement fixer immédiatement la durée du moratoire.
Une précision embarrassante : la chasse n’est même pas ouverte
Il y a tout de même quelque chose de fascinant dans cette affaire. Les incendies sont en cours. La priorité est de protéger les vies humaines, les habitations, les forêts et ce qu’il reste de faune sauvage. Et la chasse n’est même pas ouverte. Personne n’est donc actuellement en train d’organiser des battues au milieu des pins fumants et des hectares de cendres. L’image suggérée par la pétition est pourtant saisissante : à peine le dernier Canadair reparti, des hordes de chasseurs surgiraient dans les bois calcinés pour poursuivre le dernier chevreuil rescapé derrière un tronc fumant. Un scénario remarquable. Il ne manque que la musique.
Quel chasseur irait chasser au milieu d’un désert de cendres ?
Il faut aussi poser une question extrêmement compliquée : comment chasse-t-on dans un territoire entièrement brûlé ? Sur une terre noire ou grise, sans couvert, sans végétation, parfois encore fumante, avec des accès bouleversés et des animaux qui ont fui ? Quel responsable de territoire aurait intérêt à organiser immédiatement une chasse dans un secteur où la faune vient de subir un incendie majeur ? Et surtout, pourquoi partir du principe que les chasseurs seraient incapables d’adapter leurs prélèvements à l’état des populations et du territoire ? Cela devient encore plus curieux lorsque l’on regarde ce qui s’est passé… en Gironde en 2022.
En 2022, les chasseurs avaient déjà suspendu des plans de chasse
Après les gigantesques incendies de 2022, la Fédération des chasseurs de la Gironde avait pris des mesures sur les territoires sinistrés, avec notamment la suspension de plans de chasse dans les secteurs concernés. Incroyable découverte : les chasseurs peuvent donc décider de ne pas chasser lorsqu’un territoire et sa faune viennent d’être ravagés par le feu. Sans pétition nationale. Sans slogan. Sans avoir besoin d’expliquer à ceux qui gèrent quotidiennement ces territoires qu’un chevreuil ayant survécu à un incendie n’a peut-être pas besoin d’une balle la semaine suivante. La gestion cynégétique consiste précisément à adapter les prélèvements à l’état des populations et des milieux.
Et si les 214 000 signatures servaient à demander davantage de Canadair ?
Puisque plus de 214 000 personnes sont prêtes à se mobiliser pour la forêt et la faune sauvage, permettons-nous une suggestion. Pourquoi ne pas mettre cette formidable énergie au service d’une pétition demandant davantage de moyens aériens de lutte contre les incendies en France ? Des Canadair supplémentaires. Des moyens permettant d’intervenir plus vite. Davantage de prévention. Des pare-feu entretenus. Des accès praticables pour les secours. Des massifs préparés au risque incendie. Car pour sauver un chevreuil d’un incendie, il existe peut-être une solution encore plus efficace qu’un moratoire de trois ans sur sa chasse : éviter qu’il brûle. Thibault Varenne, président de la Fédération des chasseurs de la Gironde, nous le disait justement depuis le terrain : ce qui manque aujourd’hui, ce sont notamment des avions et des Canadair. Il rappelle aussi l’importance de ces pare-feu que les anciens entretenaient et qui permettaient de casser la continuité de la végétation et de ralentir la progression des flammes. Voilà peut-être un sujet sur lequel 214 000 signatures auraient une certaine utilité.
L’écologie depuis un écran et celle avec les bottes dans la cendre
Cette polémique révèle finalement deux façons assez différentes de défendre la nature. Il y a celle qui consiste, alors que l’incendie n’est pas encore terminé, à imaginer ce que feront les chasseurs dans plusieurs semaines et à réclamer immédiatement trois années d’interdiction. Et puis il y a celle des pompiers, agriculteurs, forestiers, bénévoles, habitants et chasseurs qui sont aujourd’hui sur le terrain. Ceux qui conduisent les tracteurs. Ceux qui transportent l’eau. Ceux qui préparent les repas. Ceux qui ouvrent des accès. Ceux qui tentent de créer des pare-feu. Ceux qui voient réellement les animaux fuir devant les flammes. On peut préférer la première. Elle a l’immense avantage de salir beaucoup moins les chaussures.












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