Gard : après l’incendie, les chasseurs de Bezouce au chevet de la faune

Chasseurs abreuvant la faune

Un mois après l’incendie qui a ravagé 540 hectares de garrigue entre Lédenon et Bezouce, dans le Gard, les chasseurs locaux ont décidé de ne pas chasser sur les secteurs calcinés. Nettoyage et remplissage des points d’eau, futurs semis et protection du gibier : les 55 membres de la société de chasse se mobilisent désormais pour aider la faune à revenir. Une nouvelle preuve que les chasseurs savent suspendre eux-mêmes leurs activités lorsque l’état du territoire l’impose.

540 hectares partis en fumée

Le paysage porte encore les stigmates de l’incendie qui a frappé le secteur de Bezouce, près de Nîmes, au début de l’été. Sur 540 hectares de garrigue, les arbres calcinés, le sol recouvert de cendres et l’odeur persistante de brûlé témoignent de la violence du sinistre. Une partie de la faune sauvage a péri dans les flammes. Les animaux capables de fuir ont quitté les lieux pour se réfugier dans les secteurs épargnés. « Quelques jours après le drame, il n’y avait plus aucun gibier », explique à ICI Gard Lozère Jean-Claude Brun, président de la société de chasse de Bezouce. Un mois plus tard, quelques animaux commencent néanmoins à revenir. Des lapins, des sangliers et même un lièvre ont été observés dans la garrigue. Ces animaux ne semblent encore que traverser le secteur, tentant progressivement de retrouver des territoires qu’ils connaissaient avant le passage du feu.

Aucune chasse sur les zones brûlées

Face à cette situation, les chasseurs de Bezouce ont pris une décision qui relève du simple bon sens : ils ne chasseront pas cette saison sur les parcelles calcinées. « C’est comme si on avait chassé sur un terrain de foot, il n’y a aucun abri pour le gibier », résume Jean-Claude Brun. Dans un milieu entièrement ouvert par les flammes, les animaux ne disposent plus de couvert végétal pour se protéger, se nourrir ou se reproduire. Le président de la société de chasse estime également que la faune a suffisamment souffert et qu’elle doit désormais être laissée tranquille. « Il faut le protéger, car il a morflé. Il faut qu’il se renouvelle et qu’on lui laisse du temps », insiste-t-il. Cette suspension pourrait durer bien au-delà de la seule saison 2026-2027. Concernant la chasse au sanglier, Jean-Claude Brun évoque une reprise qui pourrait ne pas intervenir avant trois ou quatre ans sur les secteurs les plus gravement touchés.

Les chasseurs remplissent les points d’eau

La société de chasse ne se contente pas de fermer son territoire. Ses 55 adhérents participent activement à la remise en état des équipements destinés à la faune. Une dizaine de points d’eau étaient installés dans les bois avant l’incendie. Après le passage des flammes, les chasseurs ont commencé par retirer les cendres et nettoyer les installations. Les abreuvoirs sont désormais remplis aussi souvent que possible à l’aide de citernes. Dans une garrigue brûlée par le feu et soumise aux fortes chaleurs estivales, ces réserves d’eau peuvent se révéler vitales pour les animaux qui tentent de revenir. Les chasseurs souhaitent également semer rapidement des végétaux capables de fournir de la nourriture et du couvert. Lorsque le milieu aura suffisamment récupéré, ils envisagent un repeuplement avec des perdreaux et des lapins.

Un territoire à reconstruire

Les équipements cynégétiques ont eux aussi été lourdement touchés. Sur les 23 miradors installés par la société de chasse, 15 ont été endommagés par l’incendie. Leur remise en état n’est cependant pas considérée comme prioritaire. Avant de songer à reprendre la chasse, les chasseurs veulent laisser la végétation repousser et les animaux recoloniser progressivement les lieux. Quelques signes encourageants sont déjà visibles. Un mois seulement après l’incendie, de jeunes pousses de chêne commencent à sortir de terre. Il faudra néanmoins plusieurs années avant que ces repousses ne reconstituent de véritables zones de refuge pour le gibier.

La réponse aux pétitions anti-chasse

Cette mobilisation locale apporte une réponse très concrète aux pétitions qui réclament depuis plusieurs semaines l’interdiction de la chasse sur les territoires incendiés. Après les feux de Fontainebleau, une pétition avait notamment demandé un moratoire d’au moins trois ans dans les secteurs brûlés. Comme nous l’expliquions alors, les chasseurs n’ont pas besoin d’une interdiction nationale et uniforme pour comprendre qu’on ne chasse pas sur des cendres. Le cas de Bezouce en fournit une nouvelle démonstration. Avant même qu’une autorité ne leur impose quoi que ce soit, les chasseurs ont décidé de suspendre leurs activités sur les zones détruites. Ils ont également choisi de consacrer du temps, de l’argent et du matériel au nettoyage des points d’eau, à l’abreuvement des animaux et à la restauration future du milieu.

Fermer là où le feu a tout détruit

Chaque incendie doit être analysé en fonction de son intensité, de la superficie touchée et de l’état des populations animales. Une interdiction automatique appliquée pendant plusieurs années à tous les massifs français ne tiendrait pas compte de ces différences. À Bezouce, la destruction du couvert végétal et la disparition temporaire du gibier justifient pleinement une longue suspension de la chasse. Les chasseurs locaux l’ont compris et ont agi immédiatement. Dans d’autres secteurs, notamment autour des zones brûlées, la régulation des sangliers ou des cervidés peut rester nécessaire pour limiter les dégâts agricoles ou protéger les jeunes repousses. C’est pourquoi les décisions doivent être prises localement, en lien avec les propriétaires, les communes, les gestionnaires forestiers et les Fédérations départementales des chasseurs. À Bezouce, les chasseurs ne sont donc pas en train d’attendre que la nature se répare seule. Ils l’aident concrètement à se relever. Et pendant que certains lancent des pétitions depuis leur ordinateur, eux transportent de l’eau au milieu de la garrigue calcinée.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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