Forêt de Retz : 900 ans d’histoire, la chasse au cœur de son avenir

forêt de Retz

Elle est l’une des plus grandes forêts domaniales françaises et fut l’un des domaines de chasse favoris de François Ier. Près de neuf siècles après son entrée dans le domaine royal, la forêt de Retz abrite toujours cerfs, chevreuils et sangliers. Mais alors que son immense hêtraie doit assurer son renouvellement, la régulation des grands ongulés est devenue un véritable enjeu forestier.

Une forêt que les rois voulaient conserver pour chasser

Avec environ 13 225 hectares à cheval sur l’Aisne et l’Oise, la forêt domaniale de Retz, également appelée forêt de Villers-Cotterêts, est l’une des plus grandes de France. Ses immenses futaies de hêtres constituent l’une de ses signatures et l’ONF la présente aujourd’hui comme la première hêtraie française. Elle est labellisée Forêt d’Exception. Mais la particularité de Retz réside également dans une histoire intimement liée à celle de la chasse. Au Moyen Âge, alors que de nombreuses forêts françaises reculent sous l’effet des défrichements, le massif échappe en grande partie à ce destin. Son intérêt pour la production de bois y contribue, mais les souverains français tiennent également à conserver une forêt particulièrement giboyeuse située relativement près de Paris.

Entrée dans le domaine royal au XIIIe siècle, elle devient plusieurs siècles plus tard l’un des terrains privilégiés de François Ier. L’ONF rappelle que François d’Angoulême reçoit la forêt en apanage en 1499 et qu’une fois devenu roi, celui que l’on surnomme le « Roi des veneurs » prend l’habitude de venir y chasser. En 1532, il entreprend la construction du château de Villers-Cotterêts pour en faire notamment une résidence de chasse. La chasse n’est donc pas seulement une activité apparue dans cette forêt au fil de son histoire : elle fait partie des raisons pour lesquelles ce massif exceptionnel a traversé les siècles.

Cerfs, chevreuils et sangliers dans les futaies de Retz

Plusieurs centaines d’années après François Ier, la grande faune est toujours bien présente. Les passages aménagés pour les animaux au-dessus de la RN2 donnent d’ailleurs une photographie intéressante des espèces fréquentant le massif. Lors d’un suivi réalisé par pièges photographiques, la DREAL Hauts-de-France y a notamment observé cerfs élaphes, sangliers et chevreuils, mais également renards roux et blaireaux. Cette grande faune partage Retz avec une biodiversité particulièrement riche. L’ONF y recense notamment plusieurs espèces de chauves-souris d’intérêt communautaire, le muscardin, la martre, différents pics, la chouette hulotte, la bondrée apivore, la salamandre tachetée ou encore de nombreuses espèces d’insectes et de papillons. Trois secteurs Natura 2000 participent également à la protection du massif. Mais la présence abondante des grands ongulés pose aussi une question centrale : jusqu’où une forêt peut-elle supporter leur pression sans compromettre son propre renouvellement ?

La chasse est aujourd’hui un outil de gestion forestière

À Retz, la réponse apparaît clairement dans les documents de l’Office national des forêts. La chasse à tir au grand gibier continue évidemment d’y être pratiquée et l’ONF publie déjà progressivement le calendrier des actions collectives pour la saison 2026-2027. L’établissement public rappelle lui-même que la chasse constitue avant tout un acte de gestion permettant de rechercher l’équilibre entre faune et flore et d’assurer la pérennité des forêts. Comme dans les autres forêts domaniales, les droits de chasse peuvent être exploités dans le cadre de baux ou de licences attribués par l’ONF. Depuis 2016, chaque bail est associé à un contrat cynégétique et sylvicole dont les objectifs sont évalués tous les trois ans. Des documents administratifs concernant directement la gestion de Retz font par ailleurs état d’adjudicataires ainsi que de lots de chasse à tir et de chasse à courre. Les sources publiques consultées ne permettent toutefois pas d’établir avec suffisamment de certitude le nombre total de lots actuellement exploités sur les quelque 13 000 hectares du massif. Cette organisation n’a rien d’anecdotique. Le plan de chasse et sa réalisation constituent l’un des outils utilisés par le gestionnaire pour adapter les effectifs de cervidés à la capacité d’accueil de la forêt.

Le document de gestion pointe le déséquilibre avec la grande faune

C’est probablement l’élément le plus révélateur concernant la forêt de Retz. L’aménagement forestier officiel qui encadre sa gestion pour la période 2013-2032 identifie parmi les contraintes nécessitant une adaptation de gestion un « déséquilibre grande faune / flore » sur 13 225 hectares, soit la totalité du massif. Le même document considère également que la chasse présente une importance sociale ou économique sur l’ensemble de cette surface. Il ne s’agit pas pour autant de vouloir vider la forêt de ses cerfs et de ses chevreuils. L’objectif recherché est celui de l’équilibre sylvo-cynégétique : conserver des populations de grand gibier compatibles avec la capacité des arbres à se régénérer. Car les dégâts peuvent être importants sur les jeunes peuplements. Les cervidés consomment bourgeons et jeunes pousses par abroutissement, tandis que les cerfs peuvent également provoquer des dégâts par écorçage ou frottis. Lorsque cette pression devient trop importante, une génération entière de jeunes arbres peut être compromise. L’ONF considère ainsi que le retour à un équilibre avec les ongulés constitue un préalable à la réussite du renouvellement de nombreuses forêts domaniales.

190 hectares de plantations protégées du gibier

À Retz, cette problématique apparaît noir sur blanc jusque dans la programmation des travaux forestiers. Sur les 3 775 hectares constituant le groupe de régénération prévu dans l’aménagement 2013-2032, 190 hectares doivent faire l’objet de plantations assorties de protections contre le gibier. Plus significatif encore, l’arrêté approuvant cet aménagement prévoit que toutes les mesures contribuant au rétablissement de l’équilibre sylvo-cynégétique soient mises en œuvre. Il demande également que les plans de chasse soient réévalués chaque année en fonction de l’évolution des populations de grand gibier et des dégâts constatés sur les peuplements forestiers. Difficile de mieux illustrer le rôle désormais confié aux chasseurs dans le fonctionnement de cette forêt. À l’échelle nationale, cette logique a d’ailleurs conduit la Fédération nationale des chasseurs et l’ONF à conclure en 2024 un accord consacré à l’équilibre forêt-gibier dans les forêts domaniales. Dans les secteurs connaissant de forts enjeux de renouvellement, il prévoit notamment de favoriser l’augmentation des prélèvements et peut permettre en contrepartie une diminution des loyers versés par certains titulaires de baux de chasse.

Le changement climatique rend l’enjeu encore plus important

La difficulté est d’autant plus grande que Retz repose encore très largement sur une essence devenue vulnérable aux évolutions climatiques : le hêtre. Lors de l’établissement de l’aménagement actuel, celui-ci représentait 47 % de la surface boisée, devant le chêne sessile à 17 %, le charme à 13 % et le chêne pédonculé à 10 %. Le renouvellement et la diversification des peuplements vont donc prendre une importance croissante au cours des prochaines décennies. L’ONF poursuit d’ailleurs en 2026 un travail très précis sur l’état du massif : un relevé LiDAR doit notamment permettre de cartographier la hauteur et la densité des arbres, les volumes de bois mais aussi l’état de la régénération naturelle. Or planter des essences plus adaptées ou favoriser la régénération naturelle ne sert à rien si une part excessive des jeunes pousses disparaît sous les dents des cervidés. Dans ce contexte, maintenir des populations de cerfs et de chevreuils compatibles avec les capacités du milieu devient nécessairement l’une des composantes de l’adaptation de Retz.

De François Ier aux chasseurs du XXIe siècle

L’histoire offre ainsi un joli raccourci. Il y a plusieurs siècles, les rois de France ont contribué à préserver la forêt de Retz parce qu’ils voulaient conserver ses arbres, ses ressources et son gibier. François Ier l’a ensuite profondément façonnée pour y pratiquer sa passion de la chasse. Aujourd’hui encore, cerfs, chevreuils et sangliers font partie intégrante de ce patrimoine naturel. Mais le rôle de la chasse a changé. Elle n’est plus seulement un héritage de cette longue histoire cynégétique. Elle constitue désormais l’un des outils permettant aux forestiers de conserver un équilibre entre les animaux et les arbres et, surtout, de faire en sorte que les majestueuses futaies de Retz puissent encore se renouveler. Une forêt que la chasse a contribué à préserver pendant des siècles et qu’elle participe désormais à préparer pour les siècles suivants.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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