Incendies : « Tirer sur des animaux affaiblis n’a aucun intérêt » déclare Willy Schraen

Willy Schraen

Le gouvernement confirme la ligne annoncée au début du mois d’août : il n’y aura pas de moratoire national sur la chasse dans les territoires touchés par les incendies, la sécheresse ou les fortes chaleurs. Les préfets pourront en revanche décider localement de suspensions lorsque la situation le justifie. Une approche défendue par la Fédération nationale des chasseurs et son président Willy Schraen, qui rappelle une évidence parfois oubliée dans le débat : « Tirer sur ces animaux affaiblis, ça n’a aucun intérêt pour les chasseurs. ». Le principe avait été annoncé dès le début du mois d’août. Il est désormais confirmé et précisé. Alors que plusieurs associations réclament depuis plusieurs semaines des interdictions de chasse dans les territoires touchés par les incendies, la canicule et la sécheresse, le gouvernement refuse de répondre par une mesure nationale et uniforme. La gestion se fera localement, en fonction de la réalité de chaque territoire.

Le gouvernement confirme le cas par cas

Vendredi 21 août, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a adressé une instruction aux préfets afin de leur rappeler les possibilités dont ils disposent pour adapter localement l’exercice de la chasse, notamment concernant le gibier d’eau. Les préfets sont invités à apprécier eux-mêmes l’opportunité d’utiliser l’article R.424-3 du Code de l’environnement en fonction de la situation réellement constatée dans leur département. Ce texte prévoit qu’en cas de « calamité, incendie, inondation, gel prolongé » susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier, le préfet peut suspendre la chasse dans tout ou partie du département, pour toutes les espèces ou seulement certaines d’entre elles. Ces suspensions peuvent être décidées pour une durée maximale de dix jours, renouvelable. Il ne s’agit donc pas d’imposer depuis Paris une même règle à une zone entièrement ravagée par les flammes, à un territoire seulement touché par la sécheresse et à un secteur dans lequel les populations animales n’ont subi aucune conséquence significative. C’est exactement la logique que défend depuis le début la Fédération nationale des chasseurs.

« Il y aura plein d’endroits où il n’y aura pas de chasse »

Et Willy Schraen ne cherche absolument pas à nier les conséquences dramatiques des incendies sur la faune sauvage. Bien au contraire. « Il est évident que l’on tient compte de tout ce qu’il s’est passé cet été. Il y aura plein d’endroits où il n’y aura pas de chasse », affirme le président de la Fédération nationale des chasseurs. Une déclaration qui mérite d’être entendue à l’heure où certains discours donnent parfois l’impression que les chasseurs souhaiteraient absolument maintenir leurs activités jusque dans les secteurs totalement détruits par les flammes. Willy Schraen rappelle également que les adaptations liées à des circonstances exceptionnelles ne constituent nullement une nouveauté. Les suspensions temporaires « ça arrive tout le temps, tous les ans », souligne-t-il, en citant notamment les périodes d’inondation. Même logique pour la gestion du grand gibier : « Les plans de chasse sont sans cesse revus », rappelle le président de la FNC. Autrement dit, la chasse n’est pas une activité figée dans un calendrier que rien ne pourrait modifier. Elle s’adapte déjà aux conditions du terrain, aux populations animales et aux événements exceptionnels.

« Personne ne veut les anéantir »

Mais c’est probablement la suite des déclarations de Willy Schraen qui répond le plus directement aux accusations lancées depuis plusieurs semaines contre les chasseurs. « Tirer sur ces animaux affaiblis, ça n’a aucun intérêt pour les chasseurs. Personne ne veut les anéantir alors qu’ils ont déjà vécu un enfer. ». Difficile d’être beaucoup plus clair. Un animal ayant survécu à un incendie, épuisé, déplacé ou réfugié dans une zone épargnée n’est évidemment pas une cible que les chasseurs auraient intérêt à rechercher. Et Willy Schraen ajoute une autre évidence : « Ça ne nous intéresse pas de nous promener sur des territoires désertiques qui ressemblent à la face de la Lune. ». Car un territoire de chasse n’est pas seulement un endroit où l’on prélève du gibier. Les chasseurs ont besoin d’habitats fonctionnels, de populations en bonne santé et de milieux capables d’accueillir durablement la faune sauvage. Détruire cette ressource biologique n’aurait tout simplement aucun sens pour ceux qui souhaitent continuer à chasser ce territoire dans cinq, dix ou vingt ans.

Le sanglier montre les limites d’une interdiction générale

Toute la difficulté consiste cependant à ne pas transformer une nécessaire protection des animaux fragilisés en interdiction systématique de toute chasse. Car toutes les espèces ne réagissent pas de la même manière aux incendies et toutes ne présentent pas les mêmes enjeux de gestion. Le sanglier constitue probablement l’exemple le plus évident. Suspendre pendant une longue période toute possibilité de prélèvement, y compris dans les secteurs périphériques parfaitement chassables, pourrait entraîner une augmentation rapide des populations. Avec des conséquences qui seraient alors supportées notamment par les agriculteurs : dégâts aux cultures, concentration des animaux dans certaines parcelles et hausse de la facture d’indemnisation. C’est pourquoi la Fédération nationale des chasseurs défend des décisions prises « au niveau local et au cas par cas ». Protéger une zone incendiée où les animaux se sont réfugiés peut être parfaitement justifié. Interdire simultanément la chasse du sanglier sur l’ensemble d’un département, y compris à plusieurs dizaines de kilomètres de l’incendie, répond en revanche à une logique beaucoup plus difficile à défendre.

Les chasseurs avaient déjà montré qu’ils savaient s’arrêter

Cette position n’est d’ailleurs pas seulement théorique. Comme nous l’expliquions dès le 3 août, la Fédération départementale des chasseurs des Landes avait elle-même demandé à ses adhérents de suspendre temporairement les battues ainsi que les chasses à l’affût et à l’approche alors que le risque d’incendie était particulièrement élevé. Elle était même allée au-delà de certaines restrictions imposées par l’administration. Dans plusieurs territoires touchés par les flammes, des chasseurs ont également participé aux secours, approvisionné des points d’eau ou apporté nourriture et eau aux animaux ayant survécu. L’idée selon laquelle seule une interdiction nationale imposée par l’État pourrait empêcher les chasseurs de tirer des animaux sortant des flammes correspond donc assez mal à ce qui s’est réellement passé sur le terrain.

Une offensive qui se poursuit

Cela n’a pourtant pas empêché les demandes de suspension de se multiplier. Le 17 août, l’ASPAS a ainsi adressé un courrier recommandé aux préfets de 44 départements afin de réclamer des suspensions dans les territoires qu’elle considère comme particulièrement affectés par les incendies, les épisodes de canicule ou la sécheresse. Cette démarche s’ajoute à la pétition « Pas de fusils sur les cendres », qui réclame notamment trois années d’interdiction de la chasse dans tous les massifs forestiers incendiés ainsi que l’instauration de zones tampons autour de ceux-ci. La pétition dépassait les 450 000 signatures vérifiées au 24 août. Le gouvernement n’a donc pas retenu cette logique de moratoire général. Il choisit au contraire de laisser les préfets apprécier la situation territoire par territoire.

Le terrain plutôt que les interdictions de principe

C’est finalement toute la différence entre les deux approches. Personne ne conteste sérieusement qu’un massif ravagé par les flammes puisse nécessiter une période de tranquillité. Willy Schraen lui-même annonce qu’il y aura « plein d’endroits où il n’y aura pas de chasse ». Mais cela ne signifie pas qu’un département entier doive être soumis à la même interdiction, quelle que soit la situation de ses différents territoires et quelles que soient les espèces concernées. Une forêt totalement incendiée, une zone humide affectée par une sécheresse exceptionnelle, une plaine agricole restée intacte et un secteur confronté à une forte population de sangliers ne peuvent pas être gérés de manière identique. En laissant les préfets adapter les mesures aux situations réellement constatées, le gouvernement choisit donc le pragmatisme plutôt que le moratoire national réclamé par les associations. Et les paroles de Willy Schraen ont au moins le mérite de rappeler ce que beaucoup de chasseurs considèrent comme une évidence : préserver les animaux réellement fragilisés par les catastrophes n’est pas contradictoire avec la chasse. C’est précisément ce que signifie une gestion responsable.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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