Ils aiment les oiseaux, installent nichoirs et mangeoires sur leur propriété et s’émerveillent chaque jour de la nature qui les entoure. À 61 et 66 ans, Martine et Michel Belard viennent pourtant de franchir une nouvelle étape en passant leur permis de chasser. Leur motivation mêle apprentissage, proximité avec la nature et une raison qu’ils assument avec gourmandise : ils aiment le gibier et savent le cuisiner. Un parcours qui illustre presque parfaitement le pari fait depuis plusieurs années par le monde cynégétique autour de la venaison.
Un couple de jeunes retraités de la région toulousaine
Il n’y a décidément pas d’âge pour devenir chasseur. Michel Belard a 66 ans, son épouse Martine 61. Originaires de la région toulousaine, ces deux jeunes retraités ont choisi la Vienne pour passer ensemble leur permis de chasser, raconte La Nouvelle République. Et ils n’ont manifestement pas l’intention de faire les choses à moitié. À peine les formations théoriques et pratiques obligatoires terminées, ils se sont inscrits à plusieurs autres formations proposées par la Fédération départementale des chasseurs de la Vienne, notamment pour découvrir la chasse à l’arc ainsi que la chasse à l’approche et à l’affût. « On a besoin de connaissances. Se former, c’est aller au bout des choses », explique Martine Belard à nos confrères.
Des nichoirs, des mangeoires… et bientôt la chasse
Le parcours du couple est d’autant plus intéressant qu’il bouscule quelques clichés tenaces sur les chasseurs. Michel et Martine ne semblent nullement considérer la nature comme un simple réservoir de gibier. Depuis quelques années, ils passent la belle saison à Queaux, où ils disposent d’un peu plus de deux hectares, en grande partie boisés. Ils y ont installé nichoirs et mangeoires pour les oiseaux et racontent leur plaisir quotidien à observer les mésanges et les rouges-gorges ou à écouter chanter le rossignol. C’est précisément cette proximité avec la faune qui conduit Martine vers la chasse à l’arc. Elle y voit une pratique exigeante, imposant de se déplacer silencieusement, de comprendre le vent, les odeurs et le comportement de l’animal. Elle sait également qu’il lui faudra probablement beaucoup de temps avant de parvenir à effectuer son premier prélèvement et ne s’en inquiète pas : l’apprentissage et la patience font partie de ce qu’elle recherche. Voilà une conception de la chasse assez éloignée de certaines caricatures.
Et au bout de la chasse, il y a aussi l’assiette
Michel, lui, pratiquera également la chasse à l’arc, mais compte utiliser le fusil. Et il ne cache pas une autre motivation. « J’ai une épouse qui cuisine très bien le gibier », confie-t-il avec gourmandise à La Nouvelle République. Il garde notamment le souvenir de faisans farcis servis à Noël. Pour sa première saison, il devrait commencer à chasser dans sa région d’origine avant de rejoindre, au printemps prochain, des battues organisées dans la Vienne. La chasse des Belard ne s’arrête donc pas au prélèvement. Elle se prolonge en cuisine et autour de la table. Une évidence pour beaucoup de chasseurs, mais aussi un enjeu devenu considérable pour l’avenir de la chasse française.
« Ce qu’on ne peut pas gagner par le cœur… »
Car l’histoire de Michel et Martine donne finalement un visage particulièrement concret à une conviction que Willy Schraen défend depuis plusieurs années. En novembre 2022, lors d’un atelier national consacré à la venaison, le président de la Fédération nationale des chasseurs résumait déjà sa philosophie : « Manger du gibier, c’est déjà faire un pas vers la chasse et les chasseurs. » Il espérait alors que la viande de gibier française puisse un jour « gagner le cœur des Français par leurs assiettes ». Deux ans plus tard, en janvier 2025, lors de la signature d’une convention entre la Fédération départementale des chasseurs du Pas-de-Calais et la Chambre des métiers et de l’artisanat des Hauts-de-France, Willy Schraen trouvait une formule encore plus directe : « Ce qu’on ne peut pas gagner par le cœur, on peut le gagner par le ventre. ». Le parcours des Belard lui donne aujourd’hui presque raison au pied de la lettre. Ils aiment la nature, apprécient la viande de gibier et ont finalement décidé de devenir eux-mêmes chasseurs.
La venaison au cœur de la stratégie des chasseurs
Depuis, la valorisation du gibier a pris une tout autre ampleur. Le 7 octobre 2025, la FNC a lancé la marque-label « Gibiers de France », destinée à garantir une viande issue de gibier sauvage français, avec des exigences de traçabilité et de qualité contrôlées avec l’organisme Certipaq. L’objectif affiché est aussi de remettre dans les assiettes françaises une ressource produite sur nos territoires alors que, selon la FNC, 51 % de la viande de gibier mise sur le marché en France est actuellement importée. La Fédération nationale cherche également à sortir la venaison de son image de produit réservé aux repas de fête. Burgers de cerf, grillades, saucisses de sanglier, cuisine au brasero : l’idée est désormais de montrer qu’un chevreuil ou un sanglier peut aussi se cuisiner simplement et toute l’année. La stratégie semble commencer à trouver son public. Lors du Salon international de l’agriculture 2026, le comptoir « Gibiers de France » de la FNC aurait distribué environ 60 000 bouchées de venaison en neuf jours et touché près de 15 000 visiteurs.
Faire découvrir la chasse en commençant par la table
Dans le réseau fédéral, d’autres initiatives poursuivent exactement la même logique. C’est notamment le cas de « Gibier pour Tous », projet né dans le Cher à l’initiative de la Fédération départementale des chasseurs et de C2F Concept. La plateforme met directement en relation les responsables de territoires disposant de venaison et des particuliers désireux d’en consommer. Les animaux sont cédés entiers, sous peau et éviscérés, gratuitement ou à un prix solidaire, dans le cadre réglementaire applicable. Dans le Cher, la Fédération annonçait déjà 500 carcasses ainsi cédées en deux ans. Deux démarches différentes, donc, mais un même objectif : éviter qu’une ressource naturelle issue des prélèvements nécessaires à la gestion du grand gibier soit perdue et permettre à davantage de Français de découvrir ce qu’est réellement la venaison.
Une autre porte d’entrée vers la chasse
L’histoire de Michel et Martine Belard est finalement intéressante bien au-delà de leur propre parcours. Ils ne découvrent pas la chasse à 20 ans mais après 60 ans. Ils ne semblent pas y être venus d’abord pour la recherche d’un trophée ou le goût des armes, mais par leur intérêt pour la nature, l’envie d’apprendre et le plaisir de consommer le gibier. Et leur amour des mésanges, des rouges-gorges et du rossignol ne les empêche manifestement pas de considérer qu’un sanglier, un chevreuil ou un faisan peut aussi avoir sa place dans une assiette. Pour ceux qui cherchent depuis des années comment mieux expliquer la chasse à une société de plus en plus éloignée du monde rural, leur histoire mérite probablement d’être méditée. Willy Schraen avait peut-être trouvé la bonne porte d’entrée : parfois, avant de parler de chasse, il suffit de commencer par servir le repas.












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