Sept sangliers ont été retrouvés morts à proximité du refuge de Manganu, dans le secteur du Camputile en Corse. Les animaux auraient été alignés pour être photographiés avant d’être abandonnés sur place. Les deux Fédérations départementales des chasseurs condamnent avec une rare fermeté des actes qu’elles dénoncent, à juste titre, comme contraires à l’éthique de la chasse.
Sept sangliers laissés sur place
La découverte a provoqué colère et écœurement chez les chasseurs corses. Dans le secteur montagneux du Camputile, là où se rejoignent notamment les territoires de Corti, Soccia et Ortu, sept sangliers ont été retrouvés morts. Les animaux avaient été alignés les uns à côté des autres avant d’être abandonnés en pleine montagne. La société de chasse locale ne cache pas son indignation : « Ce sont encore une fois sept sangliers qui ont été découverts morts, alignés les uns à côté des autres, histoire de faire une photo souvenir, puis abandonnés au soleil. Tout cela doit cesser et va cesser. ». Les carcasses se trouvaient à quelques mètres du refuge de Manganu, situé sur l’itinéraire du GR20.
« Un sentiment de dégoût très profond »
Les présidents des deux Fédérations départementales des chasseurs corses ont réagi conjointement. Pour Ange-Dominique Manenti, président de la Fédération départementale des chasseurs de Corse-du-Sud, les faits sont particulièrement graves. « C’est un sentiment de dégoût très profond. Nous avons affaire à des mercenaires, il n’y a pas d’autre mot », déclare-t-il à Corse Matin. Dans leur communiqué commun, Jean-Baptiste Mari et Ange-Dominique Manenti rappellent que ce type de comportement est rejeté par l’immense majorité des chasseurs. « Les Fédérations des chasseurs de Corse ont déjà condamné et condamneront toujours ce genre de comportement qui dégoûte l’immense majorité des chasseurs et offre les meilleurs arguments à ceux qui rêvent d’abolir la chasse. ». Un constat difficile à contester. Tuer un animal sauvage pour ensuite l’abandonner en plein soleil n’a rien à voir avec la conception responsable de la chasse que défendent quotidiennement les chasseurs et leurs représentants.
« Des safaris que nous ne voulons pas voir chez nous »
Les responsables cynégétiques corses vont encore plus loin. Selon Ange-Dominique Manenti, les personnes concernées ne disposeraient d’aucun droit de chasse sur ces territoires et agiraient en dehors des associations locales. « Ils n’ont aucun droit de chasse et agissent en dehors de toute association. Ce sont des safaris que nous ne voulons pas voir chez nous. ». Jean-Baptiste Mari, président de la Fédération départementale des chasseurs de Haute-Corse, invite pour sa part les sociétés de chasse concernées à déposer plainte et à se constituer partie civile. Il regrette également que ce type de comportement puisse perdurer alors qu’il nuit directement à l’image de tous les chasseurs. Les deux présidents écrivent par ailleurs que certains des individus concernés « auraient pourtant même eu, pour certains, déjà en charge de faire respecter les lois ». Une affirmation particulièrement lourde qui devra évidemment être éclaircie si une enquête ou une procédure judiciaire est engagée.
Des carcasses abandonnées en pleine montagne
Au-delà de la dimension éthique, l’abandon de sept sangliers soulève également une question sanitaire. Avec les températures encore élevées de septembre, une carcasse de sanglier peut se dégrader rapidement. Le Parc naturel régional de Corse, qui s’est lui aussi associé aux condamnations, rappelle que ces enjeux sanitaires ne peuvent être ignorés. Certains pourraient avancer que les carcasses profiteront aux animaux nécrophages, notamment aux rapaces. Mais abandonner volontairement plusieurs animaux morts à proximité immédiate d’un refuge fréquenté du GR20 ne saurait être présenté comme une quelconque opération de gestion de la faune. Le PNRC dénonce également le non-respect de la faune sauvage que traduisent de tels faits.
Les chasseurs appelés à ne plus se taire
À ce stade, aucune plainte ne semble encore avoir été déposée. Les responsables des Fédérations corses souhaitent cependant que les chasseurs eux-mêmes contribuent à faire cesser de tels comportements lorsqu’ils en sont témoins, ce qui est bien dans la droite ligne du sens de l’honneur intimement lié à la mentalité de nos amis corses. « Ne rien dire reviendrait à accepter que ces comportements puissent être qualifiés de normaux. Ils ne le sont pas et ils agissent contre la chasse », écrivent Jean-Baptiste Mari et Ange-Dominique Manenti. Le message mérite d’être entendu. Après les trois cerfs retrouvés décapités dans l’Aisne dont nous parlions hier, cette nouvelle affaire rappelle surtout une évidence : défendre la chasse suppose aussi de condamner sans ambiguïté ceux qui utilisent une arme et tuent du gibier en piétinant toutes les règles d’éthique qui accompagnent l’acte de chasse. Prélever un animal implique une responsabilité. Le respecter, valoriser sa venaison autant que possible et ne jamais considérer sa mort comme le simple prétexte à une photographie font partie de cette responsabilité. Sept sangliers tués, alignés puis abandonnés au soleil ne constituent pas un tableau de chasse. C’est précisément le genre de comportement dont les chasseurs n’ont rien à gagner à détourner le regard.












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