Sangliers : peut-on refuser la chasse et faire payer les chasseurs ?

Dégâts des sangliers

À Caulnes, dans les Côtes-d’Armor, les chasseurs tirent la sonnette d’alarme face à une population de sangliers devenue trop importante. Leur président pointe notamment l’existence de zones refuges où les animaux peuvent se reproduire avant d’occasionner des dégâts sur les territoires voisins. Mais derrière le cas breton se pose une question autrement plus large : est-il normal que les chasseurs continuent à supporter financièrement les dégâts lorsque certains propriétaires refusent précisément qu’ils interviennent sur leurs terres ?

36 sangliers prélevés en une saison

Réunis en assemblée générale le dimanche 13 septembre, les membres de la société de chasse de Caulnes ont fait le bilan de la saison écoulée. Et un sujet domine largement les discussions : le sanglier. Pas moins de 36 animaux ont été prélevés sur le territoire au cours de la dernière saison. Malgré ces prélèvements, leur nombre reste suffisamment important pour provoquer des dégâts et peser de plus en plus lourd sur les finances de la société de chasse. Son président, Janick Duffros, résume la situation sans détour : « Il y a trop de sangliers et la société est taxée davantage pour compenser les dégâts causés par les sangliers. ». Jusque-là, rien de très inhabituel. Les chasseurs connaissent parfaitement le système : lorsque les dégâts augmentent, la facture finit tôt ou tard par se répercuter sur les territoires et leurs adhérents. Mais la suite de son constat soulève une question beaucoup plus embarrassante.

Des propriétaires refusent la chasse

Janick Duffros poursuit : « On a des propriétaires qui refusent que l’on chasse sur leurs terres mais on doit quand même payer les dégâts. ». Voilà précisément où le bât blesse. La chasse du sanglier n’est pas une science exacte. On peut multiplier les battues et les prélèvements sur un territoire, mais un sanglier ne connaît évidemment ni les limites cadastrales ni celles d’une société de chasse. Lorsqu’une propriété importante devient inaccessible aux chasseurs, les animaux peuvent y trouver tranquillité, nourriture et couvert. Ils en sortent ensuite pour aller se nourrir dans les cultures voisines avant, éventuellement, de regagner leur refuge. Et la facture des dégâts, elle, ne reste pas nécessairement dans la zone où les sangliers ont passé leurs journées.

Le problème des zones refuges

C’est exactement ce que dénonce le président des chasseurs de Caulnes. « Il y a des zones refuges où les sangliers se reproduisent en toute liberté. Cela pose problème car ils vont causer des dégâts ailleurs. ». Le phénomène est loin d’être une invention des chasseurs bretons. Des travaux officiels consacrés aux territoires non chassés ont déjà identifié différentes catégories de zones susceptibles d’échapper à la pression cynégétique : propriétés privées où le droit de chasse n’est pas exercé, zones périurbaines, infrastructures, réserves ou encore espaces où la chasse est volontairement exclue. Toutes ne jouent évidemment pas le même rôle et une zone non chassée ne devient pas automatiquement un élevage à sangliers. Mais lorsqu’un secteur offre plusieurs dizaines ou centaines d’hectares de tranquillité au milieu de territoires où la population de suidés est déjà importante, la question de son influence sur la régulation ne peut pas être balayée d’un revers de main.

Ceux qui chassent paient

Le paradoxe tient au financement même des dégâts de grand gibier. En France, ce sont les fédérations départementales des chasseurs qui prennent en charge les dépenses liées à leur indemnisation et à leur prévention. Elles répercutent ensuite cette charge sur les chasseurs et les territoires de chasse selon différentes modalités. Autrement dit, plus les dégâts augmentent, plus ceux qui chassent et participent à la régulation peuvent être amenés à payer. C’est précisément ce que dénonce la société de Caulnes : ses chasseurs prélèvent des sangliers, consacrent du temps à leur régulation et voient néanmoins leurs contributions augmenter, alors que certains secteurs restent fermés à leur intervention. La question mérite donc d’être posée : peut-on demander toujours davantage aux chasseurs tout en leur interdisant, sur certains territoires, d’agir sur la cause même des dégâts ?

Refuser la chasse est un droit, mais avec quelles conséquences ?

Un propriétaire dispose de droits sur son terrain et nul ne conteste qu’il puisse avoir ses propres convictions concernant la chasse. Mais la présence d’animaux sauvages ne s’arrête pas à sa clôture, lorsqu’il en existe une. C’est là que les intérêts privés rencontrent une problématique collective. Si un terrain devient durablement un refuge pour des sangliers qui causent ensuite des dommages agricoles à l’extérieur, la question de la responsabilité financière ne peut être totalement dissociée de celle de la régulation. Des rapports publics ont d’ailleurs déjà souligné cette difficulté et envisagé une meilleure responsabilisation des territoires non chassés dans le financement des dégâts. Le débat n’est donc ni nouveau ni théorique.

Moins de lièvres et de chevreuils

Le bilan de Caulnes montre par ailleurs que les chasseurs ne cherchent pas simplement à multiplier les prélèvements. En raison de la sécheresse, l’association a décidé de ne pas atteindre les quotas autorisés pour deux autres espèces. Sur les 18 lièvres et 15 chevreuils qui pourraient être prélevés, les chasseurs ont choisi d’en laisser davantage sur le territoire afin de favoriser leur reproduction. Une décision qui illustre bien la différence entre gestion et simple prélèvement. D’un côté, une espèce devenue trop abondante, le sanglier, doit être davantage régulée pour limiter les dégâts. De l’autre, lorsque les conditions sont moins favorables au lièvre ou au chevreuil, les chasseurs réduisent volontairement leurs tableaux.

La régulation ne peut pas s’arrêter aux limites cadastrales

Le cas de Caulnes résume finalement l’une des difficultés majeures de la gestion actuelle du sanglier. Les chasseurs sont sommés de prélever davantage. Les fédérations doivent contenir une facture de dégâts considérable. Les agriculteurs veulent légitimement protéger leurs cultures. Mais parallèlement subsistent des secteurs sur lesquels toute intervention cynégétique est impossible ou refusée. On ne peut pas prétendre gérer efficacement une population animale extrêmement mobile en raisonnant comme si chaque parcelle constituait un territoire hermétique. Les propriétaires restent libres de leurs choix. Mais lorsque ces choix ont des conséquences sur les terres voisines et sur ceux qui financent la réparation des dégâts, il est légitime que la question de leur participation à l’effort collectif soit posée. À Caulnes, avec 36 sangliers prélevés, les chasseurs ont fait ce qu’ils ont pu de leur part du travail. Leur constat est simple : pour contenir réellement les populations, encore faut-il pouvoir intervenir là où les animaux trouvent refuge

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

Une réponse à « Sangliers : peut-on refuser la chasse et faire payer les chasseurs ? »

  1. Bob26

    Oui ben!!! va falloir que ça change le système.
    Doivent bien rigoler les anti- chasse..
    A l’extrême nous (les chasseurs ) pourrions indemniser les éleveurs pour les maladies des animaux sauvages transmissibles au cheptel agricole genre peste porcine et grippe aviaire… Allez donc savoir ce qu’ils en pensent… Pourquoi s arrêter aux dégâts…

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