Dans les coulisses de BBI : 50 ans d’histoire et de fabrication de fusils Benelli en Espagne

Le mercredi 28 octobre, So Chasse était invité à Vitoria-Gasteiz, au Pays basque espagnol, pour découvrir l’usine Beretta Benelli Ibérica (BBI). Fondée en 1975, cette entreprise a traversé un demi-siècle d’histoire avant de devenir l’un des sites de fabrication de fusils semi-automatiques du groupe Beretta. De ses débuts sous la dictature franquiste aux nouvelles générations de Benelli Bellmonte, retour sur une histoire industrielle méconnue, racontée notamment par Iñaki Guergué, directeur commercial de BBI. Ses propos, initialement tenus en anglais, ont été traduits et adaptés en français.

Une entreprise née sous la dictature franquiste

Pour comprendre l’histoire de Beretta Benelli Ibérica, il faut remonter à 1975, dans une Espagne encore dirigée par Francisco Franco. À cette époque, l’importation d’armes étrangères est soumise à d’importantes restrictions. Pour commercialiser leurs produits sur le marché espagnol, certaines entreprises étrangères choisissent alors de faire assembler leurs armes directement dans le pays. « À cette époque, en Espagne, il n’était pas possible d’importer toutes les armes que l’on souhaitait en raison de la législation. Certaines entreprises ont donc créé des structures locales pour assembler les fusils et pouvoir les commercialiser sur le marché espagnol », explique Iñaki Guergué, directeur commercial de BBI. C’est dans ce contexte que deux associés fondent Benelli Garate y Mendibe, une petite société installée à environ 500 mètres de l’usine actuelle. L’entreprise commence par fabriquer et assembler des fusils, en utilisant notamment des composants importés. Cette organisation permet de répondre à la demande du marché espagnol malgré les restrictions commerciales. Cinq ans plus tard, en 1980, la société rejoint Benelli S.A., une première étape importante dans son développement.

Ander Risco, directeur général de BBI, a commencé la présentation de l’usine avant de laisser le directeur commercial parler de l’histoire de la société.

Le tournant du rachat par Beretta en 1990

En 1990, le rachat de Benelli par le groupe Beretta fait entrer l’entreprise espagnole dans une nouvelle dimension. Elle rejoint alors un groupe familial italien dont les origines remontent à 1526 et qui célèbre, en 2026, ses 500 ans d’existence. « Après 500 ans, Beretta appartient toujours à la même famille. Il n’y a pas d’actionnaires extérieurs. Aujourd’hui, ce sont les quinzième et seizième générations qui dirigent le groupe, et la dix-septième commence déjà à y travailler », souligne Iñaki Guergué. Lors de la présentation organisée à l’usine, le directeur commercial a également rappelé que Beretta emploie plus de 6 000 personnes et rassemble plus de 50 entreprises à travers le monde. En 2000, la société espagnole prend officiellement le nom de Beretta Benelli Ibérica, notamment en raison de ses activités commerciales sur la péninsule Ibérique. Elle assure alors la distribution de produits au Portugal, jusqu’à ce qu’une évolution de la réglementation conduise le groupe à confier ce marché à un distributeur indépendant en 2011. Une nouvelle évolution est déjà annoncée : « En 2027, nous allons changer de nom. Nous ne nous appellerons plus Beretta Benelli Ibérica, mais Outdoor Enterprise Spain », précise le directeur commercial.

Du SL-125 au Bellmonte, plusieurs générations de fusils

Au fil des décennies, l’usine espagnole a participé à la fabrication de plusieurs générations de fusils semi-automatiques. Son histoire débute notamment avec le SL-125 en 1975, avant l’arrivée de l’ES-100 en 1992. Ce dernier constitue une étape importante dans le développement de l’entreprise, qui poursuit ensuite sa production avec le Pasion en 2001, puis le Franchi Fast 12 en 2009. Mais c’est surtout l’année 2013 qui marque un véritable changement avec le lancement du Benelli Bellmonte. À cette époque, les responsables de BBI prennent conscience que leurs fusils, bien que mécaniquement fiables, commencent à souffrir d’une esthétique vieillissante. « Nous avions travaillé pendant près de quarante ans avec des produits qui reposaient sur les mêmes principes. Le mécanisme fonctionnait parfaitement, il n’y avait aucune raison de le changer. Mais nous avions besoin d’un nouveau style », raconte Iñaki Guergué. Lors des échanges avec leurs partenaires commerciaux, une remarque revient : le produit est bon, mais il n’est plus suffisamment « sexy ». Le terme, employé à l’époque par l’un de leurs interlocuteurs, est resté dans les mémoires. « On nous avait dit que nous avions un excellent produit, mais qu’il n’était plus sexy. Nous nous en souvenons encore, parce que c’est exactement le mot qui avait été utilisé », sourit le directeur commercial. L’entreprise décide donc de moderniser profondément l’apparence de ses armes, sans modifier inutilement un mécanisme qui a déjà fait ses preuves. L’objectif est de proposer un fusil plus attractif pour les chasseurs et les armuriers, avec une nouvelle identité visuelle.

Bellmonte, un nom inspiré d’un célèbre torero espagnol

Le choix du nom de cette nouvelle gamme n’a rien eu d’évident. Les responsables de BBI racontent avoir étudié plusieurs possibilités avant de retenir une appellation capable de fonctionner sur différents marchés. « Lorsqu’on voit le nom d’un produit, on pense que c’est quelque chose de simple. Mais nous nous sommes rendu compte que trouver un nom qui fonctionne en Espagne, en France, en Allemagne, aux États-Unis ou au Canada n’était pas si facile », explique Iñaki Guergué. C’est finalement Bellmonte qui est choisi, en référence à Juan Bellmonte, célèbre torero espagnol du début du XXe siècle. « Nous avions plusieurs propositions sur la table. Bellmonte était le nom d’un grand torero espagnol. Nous trouvions que cela sonnait bien, y compris lorsqu’on le prononçait dans d’autres langues. Après plusieurs discussions, nous avons décidé de le conserver », poursuit-il. Lancé en 2013, le premier Bellmonte marque ainsi une rupture esthétique avec les générations précédentes. Depuis, la gamme n’a cessé d’évoluer, avec de nouvelles versions, de nouveaux matériaux et des finitions adaptées aux différents modes de chasse.

Une fabrication qui s’appuie sur le savoir-faire basque

Si Beretta Benelli Ibérica appartient aujourd’hui à un groupe international, l’usine continue de s’appuyer sur plusieurs entreprises implantées à proximité. Lors de cette présentation, Iñaki Guergué a notamment expliqué que certaines pièces synthétiques étaient produites par un sous-traitant situé à environ un kilomètre du site. « Les pièces synthétiques sont fabriquées par une entreprise qui se trouve à un kilomètre d’ici. Une autre société, également très proche, réalise les finitions camouflage. Une grande partie de ce travail est donc effectuée localement », précise-t-il. Cette proximité permet à BBI de s’appuyer sur un tissu industriel spécialisé dans les exigences de l’armurerie. L’entreprise insiste également sur la qualité de sa production et sur ses engagements environnementaux. « La qualité est notre priorité, mais nous ne pouvons pas oublier l’environnement. Depuis plusieurs années, nous produisons une partie de notre propre électricité grâce à des panneaux solaires. Cela représente environ 25 % de notre consommation », indique le directeur commercial. BBI affirme également recycler différents matériaux et disposer d’installations destinées au traitement des eaux utilisées dans certains procédés industriels. Parallèlement à son activité de fabrication, l’entreprise assure la distribution de nombreuses marques sur le marché espagnol, notamment Beretta, Benelli, Franchi, Stoeger, Sako et Chapuis, ainsi que des munitions, des optiques, des vêtements et différents accessoires.

Le Bellmonte 1 poursuit sa modernisation

Cette visite a également permis de découvrir les dernières évolutions de la gamme Bellmonte. Le Bellmonte 1, fusil semi-automatique fonctionnant par inertie, conserve son principe mécanique, mais bénéficie d’un important travail sur son ergonomie et son esthétique. La crosse a été redessinée, avec de nouvelles surfaces de préhension et une plaque de couche plus généreuse. Le boîtier de culasse évolue également, avec une fenêtre de chargement facilitant l’introduction des cartouches, un nouveau bouton de commande et une finition revue. Le garde-main, de son côté, a été allégé et retravaillé pour améliorer la prise en main. « Nous avons changé l’esthétique, mais aussi plusieurs éléments ergonomiques. Le boîtier a un nouveau dessin, le chargement est plus facile et le garde-main est plus léger. Nous avons voulu améliorer le fusil sans changer ce qui fonctionnait déjà très bien », explique Iñaki Guergué. Proposé en calibre 12 avec une chambre de 76 mm, le Bellmonte 1 se décline en plusieurs versions : bois, synthétique noire, synthétique Slug et trois finitions camouflage baptisées Max 7, Strata et Veil. Selon les configurations, les canons mesurent 66, 71 ou 76 cm, tandis que les versions Slug disposent d’un canon rayé de 61 cm. Le poids annoncé est d’environ 3,15 kg pour la version bois et 3,05 kg pour la version synthétique avec un canon de 71 cm. Le fabricant annonce une garantie mécanique de cinq ans.

Le Bellmonte 3 Astroblack et son traitement inspiré du spatial

L’autre modèle particulièrement mis en avant lors de cette présentation est le Bellmonte 3 Astroblack. Sa principale particularité réside dans son traitement de surface, dont la technologie trouve son origine dans des applications industrielles liées au secteur spatial. « L’Astroblack est un traitement qui a été développé à l’origine pour protéger des composants de satellites. Nous l’avons choisi pour sa résistance à la corrosion, aux rayures et à l’usure », explique Iñaki Guergué. Selon les explications fournies par BBI, ce revêtement repose sur un procédé de traitement par plasma permettant de déposer une fine couche protectrice de quelques microns sur le canon et la partie supérieure du boîtier. Des essais comparatifs ont été présentés pour illustrer son comportement en atmosphère humide et saline face à une finition traditionnelle. « Nous avons réalisé des tests dans des conditions d’humidité et de salinité importantes. Sur une finition classique, la corrosion apparaît rapidement. Avec l’Astroblack, même après quatorze ou quinze heures d’exposition, nous obtenons un résultat très différent », affirme le directeur commercial. L’entreprise précise toutefois que toutes les versions du Bellmonte 3 ne sont pas nécessairement commercialisées avec ce traitement, les configurations pouvant varier selon les marchés. Au-delà de cette finition, le fusil bénéficie d’une crosse retravaillée, d’une joue ajustable en hauteur, de nouvelles surfaces de préhension et d’un boîtier redessiné pour faciliter le chargement. Cinq finitions sont proposées : trois versions bois, en gris, noir et brun, ainsi que deux versions synthétiques, grise et noire. Toujours en calibre 12 et chambré en 76 mm, le Bellmonte 3 est disponible avec des canons de 66, 71 ou 76 cm selon les modèles, ainsi qu’une version spécifique à canon rayé de 61 cm. Il reçoit également des chokes Optima Choke Plus et bénéficie d’une garantie mécanique de cinq ans.

Cinquante ans après, une nouvelle page s’ouvre pour BBI

De la petite entreprise espagnole créée en 1975 à l’usine actuelle intégrée au groupe Beretta, Beretta Benelli Ibérica a profondément évolué. En un demi-siècle, les modèles se sont succédé, les procédés industriels ont progressé et les attentes des chasseurs ont changé. Pourtant, la philosophie défendue par les responsables du site reste sensiblement la même : conserver des mécanismes éprouvés tout en faisant évoluer l’ergonomie, les matériaux et les finitions. « Quand quelque chose fonctionne bien, il vaut mieux ne pas y toucher. En revanche, il faut continuer à faire évoluer le produit pour répondre aux attentes du marché », résume Iñaki Guergué. Les nouvelles générations de Bellmonte 1 et Bellmonte 3 illustrent cette volonté de modernisation sans rupture mécanique majeure. Avec le changement de nom annoncé pour 2027, une nouvelle étape se prépare désormais pour cette entreprise du Pays basque espagnol, qui entend poursuivre une histoire industrielle commencée il y a cinquante ans.

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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