Le colloque sur l’économie de la chasse, organisé le 29 septembre dernier par So Chasse à l’Assemblée nationale, vient de produire une première avancée concrète. Depuis le 1er octobre, les éleveurs français de gibier ne peuvent plus acheminer leurs poussins de faisans et de perdrix vers le Royaume-Uni par le tunnel sous la Manche, à la suite d’une décision d’Eurotunnel. Interpellés par Thierry Tabard, dirigeant de l’entreprise Envol de Retz, lors de notre colloque, plusieurs députés se sont mobilisés pour obtenir le rétablissement de ces transports. L’opérateur a finalement accepté de revoir sa décision. Une bonne nouvelle pour les accouveurs français, même si la solution proposée ne permet pas encore de reprendre les transports dans les conditions nécessaires.
Une interdiction qui remonte à dix ans, bien avant le Brexit
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les difficultés rencontrées par les accouveurs français pour exporter leurs poussins de faisans et de perdrix vers le Royaume-Uni ne trouvent pas leur origine dans le Brexit. Elles remontent à une dizaine d’années, lorsque plusieurs compagnies maritimes ont décidé de ne plus accepter le transport de gibier vivant à bord de leurs ferries. Thierry Tabard, dirigeant d’Envol de Retz, entreprise spécialisée dans l’élevage et l’accouvage de gibier en Loire-Atlantique, connaît particulièrement bien le dossier. Selon lui, ces décisions avaient été prises sous la pression d’associations opposées à la chasse et de certaines clientèles britanniques. « Il n’y avait aucune réglementation qui nous interdisait de transporter nos poussins. Mais les compagnies subissaient des pressions énormes et préféraient protéger leur clientèle touristique, quitte à perdre le chiffre d’affaires généré par notre activité », nous explique-t-il. Les professionnels français avaient alors été contraints de renoncer à ces traversées pour leurs poussins, tout en conservant la possibilité d’acheminer des œufs.
Eurotunnel avait trouvé une solution dès 2016
Face à ces difficultés, une alternative avait été trouvée en 2016 avec Eurotunnel. L’opérateur acceptait alors le passage des camions transportant des poussins à bord de ses navettes passagers. Une solution particulièrement adaptée puisque la traversée ne durait qu’une trentaine de minutes, contre plusieurs heures par bateau. Surtout, les chauffeurs pouvaient rester dans leur cabine et surveiller les conditions de ventilation et de température nécessaires au transport des animaux. Pendant près de dix ans, ce dispositif a parfaitement fonctionné. Mais le 7 septembre 2026, les professionnels reçoivent un simple courriel leur annonçant que cette autorisation dérogatoire prendra fin le 1er octobre. « Sans rendez-vous, sans véritable préavis et sans nous expliquer pourquoi », déplore Thierry Tabard. Malgré plusieurs sollicitations, impossible pour les accouveurs d’obtenir une rencontre avec la direction d’Eurotunnel. Une décision lourde de conséquences pour une filière dont le Royaume-Uni constitue un débouché commercial important.
Le colloque So Chasse permet de débloquer la situation
Face à cette impasse, Thierry Tabard décide d’alerter les parlementaires. Il prend notamment contact avec Jean-Michel Brard, qui l’oriente vers le colloque consacré à l’économie de la chasse, organisé le 29 septembre à l’Assemblée nationale à l’initiative du député Daniel Labaronne. Devant près de 200 participants, chefs d’entreprise, représentants de la filière cynégétique et parlementaires, le dirigeant d’Envol de Retz expose les difficultés rencontrées par les accouveurs français. Son intervention ne reste pas sans suite. Marc de Fleurian, député du Pas-de-Calais, décide de se saisir du dossier. Dès le 1er octobre, soit deux jours après notre colloque, il adresse un courrier à la direction d’Eurotunnel pour demander un réexamen de cette interdiction. Le 19 octobre, Yann Leriche, directeur général de Getlink, maison mère d’Eurotunnel, lui répond favorablement. L’opérateur accepte, à titre exceptionnel et sous certaines conditions, de réautoriser les transports concernés à bord de ses navettes fret. En moins de trois semaines, une difficulté soulevée lors du colloque So Chasse a donc fait l’objet d’une intervention parlementaire suivie d’un premier assouplissement de la position d’Eurotunnel.
Une autorisation qui ne règle pas encore le problème
Mais si Eurotunnel a accepté de revenir sur sa décision, les conditions imposées aux transporteurs rendent cette autorisation difficilement applicable. Eurotunnel autorise de nouveau les transports de gibier, mais uniquement sur ses navettes fret, alors que les poussins étaient jusqu’à présent acheminés sur les navettes passagers. Une différence essentielle puisque, sur les navettes fret, les chauffeurs ne peuvent pas rester dans leur cabine pendant la traversée. Or, leur présence permet précisément de surveiller et d’ajuster les conditions de ventilation et de température indispensables aux poussins. « On nous dit que nous pouvons de nouveau transporter nos faisans et nos œufs, mais uniquement sur les navettes fret. Le problème, c’est que nous ne pouvons pas y transporter nos poussins dans les conditions nécessaires », explique Thierry Tabard. Le dirigeant a pourtant rempli les nouveaux documents demandés par Eurotunnel et obtenu un avis favorable. Mais cette autorisation reste, dans les faits, difficilement exploitable. « C’est une autorisation partielle. On nous autorise à transporter nos poussins, mais on ne peut toujours pas le faire en pratique. » Autre difficulté, Eurotunnel se réserve la possibilité de revenir à tout moment sur ces autorisations. Quant aux raisons ayant conduit l’opérateur à interrompre brutalement ces transports, elles restent inconnues.
Une nouvelle audition à l’Assemblée nationale
L’affaire est donc loin d’être terminée. Thierry Tabard doit être auditionné le 4 novembre à 14 h 30 par le groupe d’études consacré à la chasse à l’Assemblée nationale. Il entend y saluer le travail des parlementaires tout en rappelant que la solution proposée par Eurotunnel demeure insuffisante. « Les députés ont fait un excellent travail. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons toujours pas transporter nos poussins. Ce que nous voulons, c’est comprendre ce qui pose problème et savoir précisément ce que nous devons faire pour pouvoir reprendre notre activité. » Dans un courrier adressé à So Chasse le 23 octobre, Marc de Fleurian saluait déjà la réponse de Getlink comme « une victoire concrète pour les professionnels de la filière gibier ». Si cette victoire reste à concrétiser, elle illustre néanmoins tout l’intérêt du colloque organisé le 29 septembre dernier. En permettant à un chef d’entreprise d’exposer directement ses difficultés devant des parlementaires, cette rencontre a contribué à faire évoluer une situation qui semblait jusqu’alors bloquée. Une première retombée concrète pour notre colloque sur l’économie de la chasse, même si le travail engagé doit désormais permettre aux accouveurs français de reprendre effectivement leurs exportations de poussins vers le Royaume-Uni.












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