Pourquoi certains chasseurs arrêtent-ils de chasser ? Ce que révèle une étude IFOP

Commandée par la FNC pour mieux comprendre les dynamiques d’abandon et les perspectives de développement de la chasse en France, une vaste étude menée par l’IFOP en 2025 auprès de plus de 9 000 anciens chasseurs et 3 000 Français dresse un constat précis : si la pratique de la chasse recule, ce n’est pas par rejet massif, mais sous l’effet de contraintes concrètes. Derrière chaque arrêt, des réalités sociales, économiques et personnelles se dessinent. Et surtout, une surprise de taille : plus d’un ancien chasseur sur deux pourrait revenir.

Une crise mal comprise : les chasseurs ne tournent pas le dos à la chasse

La chasse en France ne disparaît pas, elle se transforme. C’est sans doute la principale leçon à retenir de l’étude IFOP réalisée entre juillet et novembre 2025, qui s’appuie sur un dispositif particulièrement solide : 9 181 anciens chasseurs interrogés, dont plus de 7 600 ayant arrêté la pratique, complétés par des entretiens approfondis et un second volet auprès de 3 000 Français représentatifs de la population. Rarement un travail d’analyse aura été aussi précis pour décrypter les raisons du recul de la chasse.

Premier enseignement majeur : l’abandon de la chasse n’est que très rarement une rupture idéologique. Les chasseurs ne quittent pas massivement la pratique par opposition de principe. L’étude met au contraire en évidence une réalité beaucoup plus pragmatique : les arrêts sont d’abord liés à des contraintes de vie. Le temps, l’argent, la santé ou encore l’organisation familiale apparaissent comme les véritables facteurs déterminants.

Le poids du quotidien : temps, argent et contraintes personnelles

Parmi les profils identifiés, celui du chasseur actif, âgé de 30 à 45 ans, illustre parfaitement cette évolution. Pris entre obligations professionnelles et vie familiale, ce pratiquant se retrouve progressivement contraint de renoncer. Les week-ends, traditionnellement dédiés à la chasse, deviennent des moments réservés à la famille. La garde des enfants, la pression du quotidien ou encore la culpabilité de s’absenter prennent le dessus. Pourtant, ces chasseurs ne tournent pas le dos à leur passion : près des trois quarts d’entre eux envisagent de reprendre un jour. Autre frein majeur mis en lumière : le coût global de la chasse. Pour une partie significative des anciens pratiquants, notamment issus des catégories populaires, la pratique devient difficilement soutenable financièrement. Entre le permis, la validation annuelle, l’équipement, l’entretien d’un chien ou les déplacements, la facture s’alourdit. Cette dimension économique est d’autant plus sensible qu’elle s’accompagne parfois d’un sentiment d’exclusion, certains ayant l’impression que la chasse n’est plus aussi accessible qu’auparavant. Là encore, le désengagement n’est pas définitif : une large majorité se dit prête à revenir si les conditions évoluent. Le vieillissement des chasseurs constitue un autre facteur structurant. Une part importante des abandons s’explique simplement par l’âge et les problèmes de santé. Mobilité réduite, fatigue, pathologies chroniques : autant d’éléments qui rendent la pratique plus difficile, voire impossible. À cela s’ajoute une dimension souvent sous-estimée : la disparition progressive du tissu social autour de la chasse. La perte du chien, le décès des compagnons ou l’isolement contribuent à rompre le lien avec la pratique.

Une pression sociale et un accès parfois difficile à la pratique

Si les raisons matérielles dominent largement, l’étude identifie également des freins plus diffus, mais tout aussi déterminants. Le regard des autres, notamment, joue un rôle croissant. Chez certains profils, en particulier les plus jeunes ou les urbains, la crainte d’être jugé ou de devoir constamment justifier sa pratique devient un obstacle. La chasse, dans certains contextes sociaux, peut apparaître comme une activité difficile à assumer. Ce phénomène ne traduit pas un rejet personnel, mais plutôt une pression extérieure qui pèse sur les choix individuels. Dans le même registre, la question de l’intégration au sein des groupes de chasse ressort comme un point clé. L’entrée dans la pratique se fait très majoritairement par relations personnelles, et rarement de manière spontanée. Pour ceux qui n’ont pas de réseau, la chasse peut sembler difficile d’accès. Il faut être invité, puis accepté, dans des collectifs parfois perçus comme fermés. Cette double barrière constitue un frein réel, notamment pour les nouveaux venus ou ceux qui souhaitent reprendre après une longue interruption. Enfin, une part plus marginale des abandons relève de questionnements éthiques. Ce profil, minoritaire, concerne surtout des personnes issues de milieux plus diplômés, qui expriment un malaise vis-à-vis de certains aspects de la pratique ou de son image. Mais même dans ce cas, le rejet n’est pas systématique ni définitif.

Une crise qui cache une opportunité majeure pour la chasse

Au-delà des raisons d’arrêt, un chiffre résume à lui seul toute la complexité de la situation : 54 % des anciens chasseurs interrogés envisagent de reprendre la chasse dans les prochaines années. Ce résultat change profondément la lecture de la crise actuelle. Il ne s’agit pas d’un désamour généralisé, mais d’un décrochage partiel, souvent temporaire. La chasse se retrouve ainsi confrontée à une évolution plus large de la société. Les rythmes de vie changent, les contraintes s’accumulent, les attentes évoluent. Dans ce contexte, la pratique doit s’adapter pour continuer d’exister. L’enjeu n’est pas tant de convaincre que de faciliter : faciliter l’accès, l’organisation, la compréhension, l’intégration. Car derrière chaque abandon, l’étude le montre clairement, il y a rarement un rejet profond. Il y a surtout des contraintes, des arbitrages, et parfois des obstacles que le monde de la chasse peut encore lever. C’est peut-être là que se joue l’avenir : non pas dans la défense d’un modèle ancien, mais dans la capacité à faire évoluer la pratique pour qu’elle reste compatible avec les réalités d’aujourd’hui.

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Rédacteur en chef, SoChasse

3 réponses à “Pourquoi certains chasseurs arrêtent-ils de chasser ? Ce que révèle une étude IFOP”

  1. Thierry Laroche

    Le budget financier (munitions, cartes de chasse communale, carburant et petits déjeuner) reste certainement le plus important dans le retrait de chasser de certains !!

  2. Kerviloti

    Merci, très bon sujet et bon article.
    À enrichir et actualiser régulièrement.

  3. Bob26

    La législation de plus en plus lourde, complexe, connectée, difficilement compréhensible , interprétée et distillée par l OFB ouvertement anti chasse dans sa grande majorité et surtout sa direction ajoutez le fichier électronique des armes les contraintes
    sécuritaires (nécessaires) la raréfaction du petit gibier et la pression des associations anti chasse qui racontent des mensonges pour ternir notre image ,je félicite les nouveaux prétendants au permis de chasse .
    Ajouter le nouveau fichier FINIADA des interdictions de détenir des armes pour des raisons qui n’ont rien a voir avec la chasse et la boucle est bouclée.
    Mais…
    Prenez votre permis de chasse c’est un droit
    que le « pequin » commun n a pas toujours eu…

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