Au-delà des freins matériels, l’étude IFOP menée en 2025 auprès de plus de 9 000 anciens chasseurs et 3 000 Français met en lumière un facteur dont nous relevons chaque jour un peu plus son importance : l’image de la chasse. Clichés persistants, pression sociale ou difficulté à assumer la pratique, le regard porté sur les chasseurs influence désormais directement les trajectoires. Une réalité qui pèse particulièrement sur les nouvelles générations et qui interroge l’avenir de la chasse en France.
Une image clivante qui structure la société française
L’étude IFOP apporte un éclairage particulièrement intéressant sur la manière dont la chasse est perçue aujourd’hui. Elle ne se contente pas d’analyser les pratiquants, mais segmente l’ensemble de la société française selon son rapport à la chasse. Le résultat est sans appel : seuls 13 % des Français sont chasseurs ou anciens chasseurs, tandis qu’une large majorité se répartit entre des profils critiques, prudents ou simplement distants. Les “défenseurs de la faune”, qui représentent à eux seuls 45 % de la population, incarnent la principale opposition culturelle à la chasse. À côté d’eux, 25 % des Français adoptent une posture plus nuancée, sans rejet frontal mais avec des réserves. Cette structuration montre que la chasse évolue dans un environnement social de plus en plus contrasté, où elle ne va plus de soi.
Le poids du regard social dans l’abandon de la chasse
Parmi les freins identifiés, le regard des autres apparaît comme un facteur déterminant, notamment chez certains profils. De nombreux témoignages recueillis dans l’étude évoquent une gêne à assumer la pratique, voire une crainte de devoir constamment la justifier. Dans certains milieux professionnels ou urbains, être chasseur peut devenir un sujet sensible. Ce phénomène ne concerne pas tous les publics de la même manière. Les chasseurs plus âgés semblent moins affectés par cette pression, adoptant une posture plus détachée. En revanche, les jeunes générations y sont particulièrement sensibles. La peur du jugement, l’incompréhension de l’entourage ou encore le manque d’arguments pour défendre la chasse peuvent freiner l’engagement ou accélérer le retrait. Cette évolution marque une rupture avec les générations précédentes, pour lesquelles la chasse était davantage intégrée socialement.
Des stéréotypes encore très présents
L’étude met également en évidence le poids des représentations associées à la chasse. Plusieurs stéréotypes coexistent et contribuent à brouiller son image. D’un côté, une vision populaire, parfois caricaturale, de groupes masculins fermés et peu ouverts à la diversité. De l’autre, une image plus élitiste, associée à une chasse mondaine, éloignée du quotidien de nombreux français. Ces représentations peuvent créer un sentiment de décalage chez certains profils. Des femmes, par exemple, s’interrogent sur leur place dans cet univers, tandis que d’autres évoquent une crainte liée à l’ambiance ou aux codes sociaux des groupes de chasse. À cela s’ajoute une perception d’entre-soi, renforcée par la difficulté d’intégrer un groupe sans relation préalable. Cette image de “communauté fermée” constitue un frein puissant pour les personnes extérieures.
Une chasse peu incarnée dans l’espace public
Autre enseignement majeur : la chasse souffre d’un manque de figures incarnées dans l’espace public. Contrairement à d’autres pratiques de loisirs ou de sport, elle dispose de peu d’ambassadeurs visibles capables de porter un discours positif et accessible. En l’absence de relais identifiés, l’image de la chasse repose largement sur des représentations indirectes, souvent construites à partir de clichés ou de controverses. Cette situation entretient une forme de distance, voire de méfiance, chez une partie de la population. L’étude souligne ainsi un déficit d’incarnation, alors même que les nouvelles générations sont particulièrement sensibles à ces figures d’identification, qu’elles soient issues du sport, de la nature ou des réseaux sociaux.
Une image à faire évoluer pour accompagner l’avenir
Au regard de ces éléments, la question de l’image apparaît comme un enjeu central pour l’avenir de la chasse. L’étude ne met pas en évidence un rejet uniforme, mais plutôt une perception fragmentée, influencée par les contextes sociaux et les générations. Dans ce contexte, plusieurs leviers émergent. Il ne s’agit pas tant de défendre la chasse que de mieux la faire comprendre, en valorisant ses dimensions contemporaines : lien à la nature, gestion des territoires, partage, transmission. L’enjeu est également de montrer une pratique plus ouverte, capable d’accueillir de nouveaux profils et de s’adapter aux évolutions de la société. Car au-delà des contraintes matérielles, l’image de la chasse joue désormais un rôle structurant. Et c’est en travaillant sur cette perception que le monde cynégétique pourra espérer réduire certains freins et accompagner son renouvellement.












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