Alors que la France voit ses effectifs de chasseurs s’éroder année après année, d’autres territoires affichent une dynamique radicalement opposée. C’est le cas du Québec, où la chasse continue d’attirer, et même de séduire de nouveaux profils. Selon les dernières données de Sécurité nature, organisme de formation rattaché à la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP), l’année 2025 a enregistré un niveau de participation inédit.
Un record historique de nouveaux pratiquants
Au total, 63 000 personnes ont suivi une formation liée à la chasse ou au tir sportif au Québec en 2025. Dans le détail, 31 800 participants ont pris part aux formations d’initiation à la chasse, que ce soit avec arme à feu, arc ou arbalète. À cela s’ajoutent près de 27 000 personnes formées au maniement sécurisé des armes à feu, en hausse de 8 % sur un an. Des chiffres qui traduisent une réalité simple : la relève est bien là. Pour Marc Renaud, directeur général de la FédéCP, cette dynamique repose notamment sur un travail de terrain mené par les structures locales. Il souligne aussi une évolution sociologique marquante : la chasse devient une activité familiale, accessible et sécurisée aux yeux du grand public.
Une féminisation et un rajeunissement assumés
Autre signal fort : la progression des femmes et des jeunes. Elles représentent désormais 29 % des participants aux formations à la chasse avec arme à feu, tandis que les jeunes comptent pour 23 % des effectifs. Au Québec, la chasse n’est plus seulement une tradition transmise entre générations masculines. Elle s’ouvre, se diversifie et s’adapte à de nouveaux publics. Des groupes de femmes s’organisent même pour chasser ensemble, notamment le cerf ou l’orignal. Une évolution qui contraste fortement avec la situation française.
En France, une lente érosion
Dans l’Hexagone, la tendance est tout autre. Le nombre de permis de chasser validés est passé sous la barre des 1 million pour atteindre environ 960 000 aujourd’hui, contre plus d’un million il y a encore cinq ans. La féminisation, bien qu’en progression, reste marginale : entre 4 et 5 % des effectifs seulement. Autrement dit, là où le Québec attire et renouvelle, la France peine à enrayer une baisse continue.
L’exemple allemand, autre signal inquiétant
La comparaison devient encore plus parlante lorsque l’on regarde du côté de l’Allemagne. Outre-Rhin, le nombre de chasseurs est en augmentation régulière depuis plusieurs années. Là aussi, la pratique attire une nouvelle génération, souvent issue de milieux urbains, avec une image modernisée de la chasse. Deux modèles différents, deux dynamiques positives… et une exception française qui interroge.
Un problème d’image avant tout ?
Difficile de ne pas voir dans cette situation un problème spécifiquement français. Car sur le terrain, les fondamentaux sont les mêmes : territoires riches, traditions fortes, structures fédérales organisées. Pourtant, la perception de la chasse en France reste profondément marquée par un climat médiatique défavorable. Entre faits divers montés en épingle, traitement souvent à charge et relais constant des discours anti-chasse portés par certaines associations écologistes ou véganes, l’image renvoyée au grand public est largement biaisée. À l’inverse, au Québec comme en Allemagne, la chasse apparaît davantage comme une activité encadrée, utile et pleinement intégrée à la société.
Une question d’avenir
Le contraste est donc saisissant. D’un côté, des territoires où la chasse recrute, se féminise et se transmet. De l’autre, une France où elle recule lentement, malgré une base encore solide. Plus qu’un simple écart statistique, c’est bien une question d’image, de transmission et de reconnaissance qui se joue. Et à ce rythme, la question n’est plus de savoir si la chasse va évoluer en France… mais à quelle vitesse elle risque de décrocher.











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