Depuis plusieurs jours, la réforme de la louveterie fait monter la tension dans le monde cynégétique. Ce qui devait initialement permettre de mieux reconnaître les missions des lieutenants de louveterie s’est progressivement transformé en véritable sujet de fracture entre les représentants des louvetiers, la Fédération Nationale des Chasseurs et plusieurs députés. Au cœur des débats : des amendements intégrés au projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, actuellement examiné à l’Assemblée nationale. Alors que le texte doit entrer en séance publique dès le 19 mai avant un vote solennel prévu le 2 juin, les prises de position se multiplient et le dossier prend désormais une dimension hautement politique pour l’avenir de la chasse et de la gestion de la faune sauvage
Des avancées importantes pour les louvetiers
À l’origine, plusieurs amendements visaient surtout à faire évoluer le statut des lieutenants de louveterie afin de mieux reconnaître leurs missions de service public. Protection fonctionnelle automatique en cas de menaces ou d’agressions, facilitation des absences professionnelles lors des missions administratives, remboursement des frais engagés sur le terrain ou encore aides matérielles : ces mesures avaient été globalement saluées, y compris par Julien Nicolas. Dans un entretien accordé à So Chasse, ce dernier rappelait toutefois que les missions de la louveterie avaient énormément évolué ces dernières années : gestion du sanglier, des cervidés, du loup, sécurité publique ou encore problématiques sanitaires.
Les amendements Labaronne déclenchent la crise
Mais rapidement, deux amendements portés par Daniel Labaronne ont mis le feu aux poudres. Ces propositions prévoyaient notamment de renforcer le rôle des fédérations départementales des chasseurs dans la nomination des lieutenants de louveterie ainsi que dans leur formation. Pour Julien Nicolas, cette évolution faisait courir un risque majeur à la neutralité historique de la louveterie. Le président des louvetiers estimait notamment que la louveterie devait rester « au service exclusif de l’État » et ne pas devenir un outil influencé par des intérêts cynégétiques ou agricoles. Selon lui, faire intervenir davantage les fédérations dans les nominations créerait inévitablement un soupçon de conflit d’intérêt. Le député Emmanuel Blairy partageait lui aussi plusieurs réserves, rappelant que la crédibilité de la louveterie reposait précisément sur son indépendance administrative et sa neutralité.
La Fédération Nationale des Chasseurs contre-attaque
Face à ces critiques, la réaction de la Fédération Nationale des Chasseurs ne s’est pas fait attendre. Par la voix de son directeur Nicolas Rivet, la FNC a fermement contesté toute volonté de « mise sous tutelle » de la louveterie. Pour la fédération, les amendements visent surtout à améliorer la concertation entre les différents acteurs de terrain et à éviter certaines tensions locales lors des nominations ou des opérations administratives. Nicolas Rivet rappelait également un point essentiel : les fédérations départementales des chasseurs disposent déjà d’une connaissance très fine des territoires, des profils et des compétences cynégétiques des candidats. « Qui, concrètement, connaît mieux les profils, les compétences techniques, l’expérience du terrain et la capacité d’intervention des candidats que les fédérations départementales elles-mêmes ? », expliquait-il alors à So Chasse.
Daniel Labaronne défend ses amendements
Face à l’ampleur de la polémique, Daniel Labaronne a finalement pris la parole pour défendre directement ses propositions. Le député assure que ses amendements ne remettent absolument pas en cause la neutralité des lieutenants de louveterie et rappelle que les fédérations départementales interviennent déjà dans les procédures de nomination depuis la loi chasse du 26 juillet 2010. Selon lui, l’objectif est avant tout d’améliorer la concertation locale afin d’éviter certaines tensions de terrain et de renforcer la crédibilité des interventions administratives. Le député insiste également sur la nécessité de clarifier le financement futur des nouvelles mesures prévues pour les louvetiers : équipements, frais de déplacement ou protection fonctionnelle.
Willy Schraen sort du silence
Mais ces derniers jours, c’est surtout la prise de position très ferme de Willy Schraen qui a marqué le dossier. Dans un long message adressé aux chasseurs, le président de la FNC affirme avoir découvert « brutalement » l’existence de plusieurs amendements déposés « en toute discrétion » sans concertation préalable avec les fédérations de chasseurs. Willy Schraen critique particulièrement la volonté de transformer progressivement les louvetiers en véritables agents de l’État disposant d’un statut proche de celui de fonctionnaires pleinement soumis à l’autorité administrative. Selon lui, cette évolution ferait disparaître tout dialogue de terrain entre fédérations et louveterie.
Le patron des chasseurs dénonce également la volonté supposée de certains responsables de la louveterie nationale de couper les fédérations départementales de toute influence sur les nominations. « La louveterie doit travailler main dans la main avec la fédération départementale et, en aucun cas, devenir une espèce de contre-pouvoir répressif contre les territoires et les chasseurs », affirme-t-il. Willy Schraen indique enfin que plusieurs amendements ont déjà été retirés en commission et promet que la FNC continuera à intervenir durant les débats parlementaires afin de « revenir à une situation équilibrée qui respecte chacun ». Un dossier particulièrement sensible qui révèle aujourd’hui les tensions grandissantes autour de la gestion du grand gibier, du loup et plus largement du partage des responsabilités entre l’État, la louveterie et les chasseurs dans les territoires ruraux.












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